Avec 2 100 milliards d’euros placés, les contrats d’assurance-vie, représentent un véritable poids lourd de l’épargne. Dotée de caractéristiques juridiques et fiscales inégalées et d’un fonds en euros à toute épreuve, elle a su séduire les Français. Le rebond de la collecte observée depuis deux ans montre que ces derniers la plébiscitent toujours (ci-dessous). Cette place à part dans le patrimoine des ménages en fait aussi un produit avec lequel il faut compter du côté des autorités, d’autant qu’il finance à coups de milliards d’euros la dette de l’Etat et ses ambitions dont celles autour de la défense. Ce statut n’est pas sans susciter des convoitises. Courtiers, mutuelles, fintechs… De nombreux acteurs se lancent chaque année avec leur contrat pour essayer de capter une petite part de ce gâteau. Pour un succès variable tant l’offre est désormais abondante et concurrentielle. D’autres préfèrent la fustiger, en mettant l’accent sur son coût. Un tacle mérité mais qui tend à s’améliorer, sous la pression de Bruxelles en particulier.
Pour la troisième année de suite, les bonus sur les fonds en euros vont bon train. Comptez 1 à 2 % de majoration sur l’épargne versée en 2026, de quoi obtenir un rendement compris entre 3,5 et 6 % selon les contrats. Pour qui a une somme rondelette à mettre à placer, l’aubaine est bonne à saisir, d’autant qu’elle concerne aussi 2 027 dans certaines offres. Aucun autre placement garanti ne procure ce niveau de rémunération actuellement. Le fossé se creuse même avec un livret A à 1,50 %. Les assureurs ne sont pas généreux sans raison : ils estiment nécessaire d’attirer la collecte sur les fonds en euros pour acheter du papier obligataire rémunérateur (autour de 3,50 % actuellement pour les titres du Trésor à dix ans) et ainsi nourrir leurs rendements futurs.
Attention à bien faire ses comptes
En réalité, l’affaire apparaît un peu moins juteuse que prévu. Déjà, la publicité le dit rarement, mais des frais pourront être pris sur votre versement, 2 % en moyenne, même si ce taux reste négociable et si, bonne nouvelle, certains contrats se trouvent dénués de cette ponction. Il faut ensuite bien faire ses comptes. Le taux bonifié ne s’appliquera qu’aux versements effectués, pas au stock de votre épargne logée sur le fonds en euros. Et le bonus sera appliqué au prorata temporis à partir de la date d’investissement enregistrée par l’assureur. Enfin, les taxes sociales (17,20 %) vont passer par là : un taux promis de 5 % finira donc à… 4,14 % net.
Attention, des conditions existent presque toujours afin de profiter du bonus. Ainsi tout retrait partiel prématuré vous en fera perdre l’octroi. Idem pour tout arbitrage depuis le fonds en euros vers un autre support du contrat. Par ailleurs, l’octroi de cette prime pourra être lié à une exigence d’investissement sur des fonds risqués, appelés unités de compte. Illustration : Abeille Assurances vous garantit 2 % de majoration si 30 % de votre versement se trouve affecté à ce type de support, à défaut le bonus ne sera que de 1,50 %. Le curseur peut enfin varier selon le montant investi. Ainsi la Carac fixe son bonus à 1 % si vous placez moins de 250 000 euros, à 1,50 % si c’est davantage, la somme étant entendue pour un seul versement (et non leur cumul sur l’année).
L’assurance-vie reste un placement de long terme
Autre point de méfiance : le taux promo demeure un fusil à un coup, le bonus portant sur un an (voire deux). Or, l’assurance-vie est un placement de long terme, conservé treize ans en moyenne par son souscripteur selon France Assureurs. Un taux alléchant mais ponctuel engrangera-t-il des rendements moins glorieux ? Possible, tant ce marché regorge de contrats mis en avant puis délaissés par les assureurs.
Mieux vaut donc se méfier des offres trop alléchantes car le jeu de la concurrence pousse sans doute certaines compagnies à trop tirer sur la corde. « Il n’existe aucun placement miracle permettant de servir du 5 % garanti aujourd’hui, reconnaît un bancassureur. Nous ne faisons que prendre sur le rendement global revenant à tous nos contrats pour payer ces offres spéciales. Pour nous, il s’agit d’une politique nécessaire pour maintenir notre chiffre d’affaires. » La surrémunération des uns, c’est donc autant qu’on ne donne pas aux anciens assurés. Voire à l’assuré lui-même, s’il avait déjà de l’argent sur son fonds en euros. Rien d’illégal ici, puisque le code des assurances laisse l’assureur répartir librement ses bénéfices financiers entre ses produits. Déshabiller Pierre pour habiller Paul, en somme.
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Author : Frédéric Giquel
Publish date : 2026-05-03 09:00:00
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