Partir à l’étranger pour parachever son cursus scolaire ou améliorer son CV, apparaît aujourd’hui comme le plus sûr des accélérateurs de vie mais aussi de carrière. De leur côté, les grandes écoles françaises qui doivent faire face à la chute de la démographie étudiante et à une baisse des financements publics, multiplient les campus au-delà de l’Hexagone pour recruter de nouveaux étudiants. Toutes font le même constat, mais développent des stratégies différentes, persuadées que les classements les plus prestigieux sont désormais mondiaux. Cette course à l’exportation d’une éducation nationale au savoir-faire reconnu n’est pas sans obstacle dans un contexte géopolitique toujours plus tendu où la politique des visas devient une arme. Les implantations ne s’improvisent pas et restent coûteuses dans un marché très concurrentiel. Les élèves, eux, rêvent d’horizons lointains et parfois exotiques comme le souligne le baromètre exclusif réalisé par nos partenaires de L’Express Connect. Ils ont pris le temps de méditer Lamartine : « Il n’y a d’homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé, qui a changé vingt fois la forme de sa pensée et de sa vie. »
L’Express : Comment les diplômes français sont-ils perçus à l’international ?
Léon Laulusa : Très bien ! Depuis une dizaine d’années, nous observons une hausse de leur attractivité. Déjà, parce que la place des établissements français dans les grands classements se révèle aujourd’hui excellente, autant pour nos universités que pour nos écoles d’ingénieurs et de commerce. Dans celui du Financial Times, l’une des références mondiales, parmi les 100 meilleurs « masters in management », se trouve 25 écoles françaises ! Ce qui nous offre une belle visibilité. Au-delà d’un lieu de tourisme, de culture, de mode, la France est aussi vue comme une terre d’excellence académique, pour sa rigueur scientifique, son esprit critique, sa pensée systémique et sa capacité à allier théorie et pratique.
Le contexte américain actuel, moins ouvert à l’accueil d’étudiants étrangers ces dernières années, rebat-il les cartes dans l’enseignement supérieur ?
Cette situation crée des opportunités. Si je prends les chiffres de l’ESCP, par rapport à l’année dernière à la même période, nous comptons 30 % de candidatures internationales supplémentaires. Les étudiants américains, justement, nous montrent de l’intérêt : il y a une décennie, ils représentaient la 20e nationalité dans nos rangs, contre la 7e aujourd’hui. Je constate aussi une croissance de 30 % du nombre de Brésiliens à la rentrée 2025. Et nous ressentons un attrait renforcé de la part des Chinois et des Indiens. À l’issue du diplôme, une majorité de ces jeunes font le choix de s’installer en France, ou en Europe, au moins durant les trois premières années.
Les études françaises restent moins onéreuses que dans la plupart des grandes universités internationales, notamment aux Etats-Unis. Voyez-vous cet état de fait comme un levier d’attractivité ou cela peut-il être perçu comme le signal d’une moindre qualité ?
L’écart de prix s’avère en effet considérable : une année dans une grande université aux Etats-Unis représente quatre, voire cinq ans dans une école de commerce française ! Et dans nos universités, nous observons même une scolarité presque gratuite. Cela peut paraître surprenant pour les étudiants américains et asiatiques, car ils ont pour habitude de calculer le retour sur investissement de leur formation. Forcément, chez nous, ce rapport qualité-prix se révèle excellent ! Certains, qui ne connaissent pas notre système, peuvent se questionner sur ce coût et sur la qualité des cursus qui en découle. Ce que je leur réponds : nous avons ici la chance que notre gouvernement finance les universités et grandes écoles publiques.
Comment faire croître encore davantage cette attractivité ?
Le plus important consiste à proposer une réelle offre de cours et de programmes en anglais, afin d’attirer les étudiants du monde entier, et de ne pas se cantonner aux francophones. Cette offre existe déjà souvent dans les écoles de commerce, mais il faudrait l’étendre au reste de l’enseignement supérieur. Pour apporter davantage de lumière à nos formations, dans toutes les disciplines, il pourrait exister des bourses, destinées à attirer les jeunes les plus brillants. Les grandes écoles et universités doivent aussi poursuivre le travail de création de partenariats internationaux forts dans l’univers académique, car ces liens participent de même à la promotion de notre pays. Ces enjeux ont de l’importance : la venue d’élèves internationaux demeure une richesse énorme, en particulier pour les Français ! Nous vivons dans un monde où il faut connaître et comprendre les différentes cultures. Cet esprit d’ouverture joue un rôle essentiel. Pour nos futurs diplômés, et pour la France.
Source link : https://www.lexpress.fr/campus/leon-laulusa-escp-la-france-est-vue-comme-un-pays-dexcellence-academique-2N4YUSECIBGRHAEYKIFNDGAQSU/
Author : Laure Makary
Publish date : 2026-05-03 08:30:00
Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.
