L’Express

Présidentielle 2027 : Gérald Darmanin, né pour se faire désirer

Présidentielle 2027 : Gérald Darmanin, né pour se faire désirer

« Sébastien et Gérald, ils me suivront, ce sont des copains. » On a connu Édouard Philippe moins rempli de certitudes. Il y a quelque temps, le candidat à l’élection présidentielle a glissé cette petite confidence à un parlementaire LR qu’il connaît depuis une vingtaine d’années. Était-ce une subtile façon de démontrer à son interlocuteur anti-Bruno Retailleau que sa campagne, elle, allait monter en puissance ? Ou bien une conviction acquise depuis belle lurette, tant ces ralliements lui paraissent naturels ? Les deux, sans doute, et cela n’a pas manqué de faire sourire l’élu de droite : « Il parle d’eux un peu comme des petits garçons qui finiront bien par rentrer un jour à la maison », se gausse-t-il, étonné néanmoins par le ton péremptoire du maire du Havre. Car il y a deux types de « petits garçons » : les Premiers ministres, en poste, suffisamment brassés dans la lessiveuse du quotidien pour ne pas se préoccuper des candidats pour 2027 ; et les ministres de la Justice du genre turbulents et provocateurs, alors qu’ils avaient pourtant promis de se tenir loin de la bataille.

Gérald Darmanin. Édouard Philippe. « Tu veux, ou tu veux pas ? Si tu veux pas (encore), tant pis, j’en ferai pas une maladie. » Le même refrain se répète depuis plusieurs mois maintenant, si ce n’est plusieurs années : alors que les troupes d’Horizons attendent patiemment qu’il fasse enfin un pas vers leur champion, le garde des Sceaux prend un malin plaisir à souffler le froid et le très froid lorsqu’on lui demande ses projets pour l’élection présidentielle. Ce mercredi encore, au micro de France Inter, il n’y a pas eu d’épiphanie : « Chacun connaît ma sympathie, mon amitié particulière pour Édouard Philippe […] Mais pour l’instant, pour l’instant, comme beaucoup de citoyens, je constate qu’il y a beaucoup de candidats et peu d’idées. »

Trop piqué de politique pour ne pas s’impliquer

À quoi joue-t-il donc ? Puisque Gérald Darmanin est trop piqué de politique pour ne pas s’impliquer dans l’élection présidentielle à venir, et que l’hypothèse d’une primaire, qu’il appelle de ses vœux, tombe chaque jour un peu plus à l’eau, quels choix s’offrent à lui pour les mois qui viennent ? Se ranger derrière Bruno Retailleau est bien sûr parfaitement exclu. Se mettre au service de Gabriel Attal ? Plutôt ouvrir un bar à vin au cœur de la Toscane, même si le ministre de la Justice « respecte évidemment » le patron de Renaissance, comme il l’a rappelé sur la radio publique ; tellement évident que cela méritait d’être précisé.

Pour Gérald Darmanin, l’arbre des possibilités n’a que deux branches. Se présenter lui-même ? Il y a pensé. En octobre dernier, entre le fiasco Lecornu 1 et le gouvernement Lecornu 2 dont il devait être exclu par son ami Sébastien Lecornu, n’a-t-il pas mis en branle les membres de son parti, Populaires!, pour préparer sa mise sur orbite et commencer à récolter des fonds ? Puis le président l’a réinstallé place Vendôme : comme celui-ci le dit souvent, « dehors, il fait froid » ; sous Michel Barnier, Darmanin avait attrapé un gros rhume. Pourtant, ce ne sont pas les idées qui manquent. Elles maturent depuis longtemps. Un ministre issu des Républicains, qui a sondé plusieurs aspirants à l’Élysée sur leur projet pour réinstaurer un climat de concorde dans le pays, se souvient d’avoir été séduit par la préparation et l’allant du Nordiste : « Édouard Philippe m’avait fait comprendre que la France était un vieux pays, qu’il ne fallait pas le brusquer… Gérald était, de tous, celui qui m’avait donné les réponses les plus construites et les plus courageuses pour améliorer la situation », confie-t-il. Aujourd’hui, même s’il compte bien demeurer encore dans le chapeau des présidentiables, le quadragénaire semble avoir fait une croix sur l’Élysée. Pour 2027, du moins.

« Le problème d’Edouard est qu’il ne laisse pas de trace »

Ne reste donc qu’Édouard Philippe. Par défaut ? Gérald Darmanin s’emploie souvent à dessiner le portrait-robot idéal du candidat de la droite et du centre pour 2027 : « Un Jacques Chirac sur le profil, et un Philippe Séguin sur le projet ». Certes, Édouard Philippe est comme Jacques Chirac diplômé de Science Po Paris et de l’ENA, il a planté un pommier dans les jardins de Matignon, ses frigos sont remplis de Corona et il a installé son parti dans le QG de campagne de l’ancien président de la République en 1995, avenue de Iéna. Au-delà de ça… Le maire du Havre n’a pas encore prouvé qu’il savait tâter le fessier des vaches, ni qu’il avait la rondeur et le sens du contact de l’ex-locataire de l’Élysée. Il y a une poignée d’années, Darmanin, alors ministre de l’Intérieur, avait soufflé cette inquiétude à un député LR au sujet de son ami normand : « À Tourcoing, on allait voir les gens, on frappait à leur porte et on se faisait retoquer, mais au moins on laissait une trace. Le problème d’Edouard est qu’il ne laisse pas de trace. »

Et pour ce qui est du programme séguiniste… Gérald Darmanin peine à trouver chez Édouard Philippe un petit quelque chose qui lui rappellerait l’un de ses maîtres à penser. Il serait orphelin. Sa ligne, absente des débats. Ses idées ? « Je ne les trouve nulle part, a certifié le ministre de la Justice sur France Inter. Et donc mon travail d’homme politique, c’est de pouvoir influencer une ligne politique. » En quelques mots, faire entendre à son ami énarque, conseiller d’État, que la France est divisée entre un bloc élitaire et un bloc populaire : ne pas convaincre une part de ce dernier serait synonyme de défaire assurée.

Pourtant, Édouard Philippe fait des efforts. Un stratège du candidat fait remarquer que son discours de victoire aux élections municipales havraises, le 22 mars dernier, était largement teinté d’accents sociaux. Tout comme il était tourné autant vers ses administrés que vers les Français en vue de 2027 : « Les Havraises et les Havrais m’ont dit qu’ils voulaient que nous trouvions des solutions pour que l’accès à un médecin soit plus facile. Ils m’ont dit qu’ils voulaient que le vieillissement progressif de notre société soit mieux pris en compte et qu’il fallait aider les aidants. Ils m’ont dit que faire tourner un hôpital, même quand il fonctionne bien, était un exercice épuisant (…) », a notamment clamé l’édile réélu.

« Il finira par se raccrocher »

Plus récemment encore, les soutiens d’Édouard Philippe prenaient bien soin de préciser que leur champion se distinguait de Gabriel Attal – pour mieux se rapprocher de Gérald Darmanin – par sa position sur le travail le 1er mai, respectueuse, dit-on, du symbole que constitue cette journée particulière : « Ce n’est pas une posture, le maire du Havre a une culture assez proche de celle du maire de Tourcoing », chuchote audacieusement un proche de Philippe. Ce n’est pas encore une danse du ventre, mais les hanches du Normand commencent à frétiller. Ce n’est visiblement pas suffisant, loin de là, pour le Tourquennois.

« L’atterrissage de Gérald chez nous se prépare, mais il est devenu un pro de la scénarisation de son ralliement, analyse un ancien ministre Horizons. Cela s’accompagne de petites méchancetés : fut un temps, il disait dans les médias qu’il doutait de ‘l’envie’ d’Édouard, aujourd’hui il dit douter de la qualité de ses idées… Mais il finira par se raccrocher et ce sera un vrai plus pour nous. » La patience des lieutenants de l’Ex de Matignon plie, plie, mais ne rompt pas. Ils savent que tôt ou tard, Darmanin viendra combler en partie les angles morts de Philippe. Au fond, ils comprennent qu’incarner une ligne politique n’est pas à la portée de tout le monde et ne se monnaie pas pour un plat de lentilles.

Il y a quelques semaines, certains cadres du parti Horizons ont, comme le racontait Politico, imaginé que Gérald Darmanin pourrait se voir attribuer le poste de directeur de campagne d’Édouard Philippe. On en vient à se demander si les trublions ne se sont pas amusés à leur tour à piquer l’orgueil de celui qui se refuse à eux. Mission réussie. S’il y a bien une chose que Gérald Darmanin ne supporte pas, c’est d’être considéré comme un N-1, un collaborateur. Un autre haut gradé du parti se gondole : « Je ne suis pas sûr que dans son esprit, la fonction de directeur de campagne est compatible avec le job de Premier ministre ! » Édouard Philippe sait ce qu’il a à faire.



Source link : https://www.lexpress.fr/politique/presidentielle-2027-gerald-darmanin-ne-pour-se-faire-desirer-AG4MN7PS4NE4TMQIGSYOZVJ7JA/

Author : Erwan Bruckert

Publish date : 2026-05-15 05:30:00

Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

Tags : L’Express