Une mine d’or pour les pourfendeurs de la complexité administrative et un terrible désaveu pour nos gouvernants successifs. Depuis 2002, le secrétariat général du gouvernement tient les comptes de l’activité normative dans un riche rapport annuel. Une batterie de graphiques illustre parfaitement l’inflation législative continue des deux dernières décennies. En 2026, le droit français en vigueur compte 366 999 articles, en hausse de 1,55 % sur un an et de plus de 55 % depuis 2005. En nombre de mots, les résultats sont aussi vertigineux : plus 48,8 millions, soit plus du double du volume du début du XXIe siècle.
C’est à cette montagne que les auteurs de Simplifier ! (Editions Télémaque), paru ce jeudi 21 mai, veulent se frotter. Michel de Rosen et Bertrand Mabille ont été confrontés aux réalités de l’administration publique – après des passages en cabinet ministériel – ainsi qu’à celles du monde de l’entreprise. Leur constat est sans appel : « Tous les présidents de la République et tous les Premiers ministres ont annoncé qu’ils allaient s’attaquer au sujet de la simplification, et pourtant chaque année la France est plus complexe que l’année précédente », regrette le premier.
Pour tenter de comprendre pourquoi ces blocages persistent d’année en année, les deux dirigeants ont interrogé des personnalités du public et du privé, allant du politique au haut fonctionnaire, en passant par des spécialistes sectoriels. Ces nombreux échanges sont compilés sous la forme d’entretiens fleuves où la nécessité d’engager une véritable simplification fait l’unanimité.
La présidentielle en ligne de mire
A un an de la présidentielle, Michel de Rosen et Bertrand Mabille espèrent avec ce livre apporter leur pierre à l’édifice et faire pencher un peu la balance. « C’est un sujet qui spontanément n’est pas dans les priorités immédiates de la plupart des candidats, reconnaît Bertrand Mabille. Il nous a semblé utile de mettre dans le débat public de la période pré-présidentielle cette question cruciale. » Car outre le philosophe Gaspard Koenig, l’entrepreneur Guillaume Poitrinal, le PDG de l’INRAE Philippe Mauguin ou encore Laurent Guillot, le directeur général d’Emeis – ex-Orpea -, les auteurs ont recueilli le ressenti de quatre prétendants à l’Elysée déclarés ou potentiels sur le sujet : Marine Le Pen, Edouard Philippe, David Lisnard et François Hollande. Malgré des positionnements différents, « les points de convergence entre nos interlocuteurs sont plus nombreux que les points de divergence », assure Bertrand Mabille.
L’ancien président de la République connaît bien la question. Durant son mandat, il avait promis un « choc de simplification » et missionné le secrétaire d’Etat Thierry Mandon ainsi que Guillaume Poitrinal pour identifier les mesures à mettre en œuvre. Après les attentats du 13 novembre 2015, François Hollande avait fini par délaisser ce dossier. « C’est le chef d’Etat qui s’y est le plus intéressé », salue néanmoins Michel de Rosen. Désormais, le député de Corrèze, dont l’ambition de retrouver ses anciennes fonctions semble intacte, dénonce une production législative excessive. « La loi devrait être courte et percutante, laissant aux dispositions réglementaires le soin d’en préciser les modalités. Aujourd’hui, c’est l’inverse : la loi est devenue bavarde », affirme François Hollande. Sa recommandation : réduire le nombre de ministres et la taille des cabinets afin de diminuer le nombre de projets de loi, tout en rétablissant une discipline des décrets d’application afin que des lois entières ne restent pas lettre morte.
La simplification, le maire de Cannes, David Lisnard, en a fait son cheval de bataille. « Il a la vision qui est sans doute la plus radicale sur le sujet. Il joue assez clairement sur les deux leviers : aller puiser dans le stock de normes et rationaliser ce stock », commente Bertrand Mabille. Celui qui appelle à s’inspirer du président argentin Javier Milei, distingue « la complexité » de « la complication ». Selon lui, la première « n’est pas nécessairement mauvaise » et « peut être un progrès » notamment les normes qui concernent les jouets ou les exigences anti-incendie. La seconde, en revanche, tient davantage à l’organisation administrative, à l’empilement des procédures et au manque de coordination entre les différents échelons de décision. Pour un projet de construction, il faut par exemple l’aval de plusieurs services. « Aucun d’entre eux ne peut à lui seul autoriser votre projet, mais chacun peut à lui seul l’entraver », souligne le président de l’Association des maires de France. Ses mesures sont tout aussi drastiques que son approche : suppression des agences – ARS, Dreal, MRAE, Dreets – pour n’avoir qu’un seul interlocuteur déconcentré de l’Etat en la personne du préfet ou du sous-préfet.
Une révolution culturelle à venir ?
S’il concède qu’elle ne sera pas sa priorité première en cas d’accession au pouvoir, Edouard Philippe préconise de réformer le droit d’amendement. « Sous la présidence de François Hollande, le Parlement français aurait débattu de plus d’amendements que le Bundestag allemand sur l’ensemble de son histoire », se désole l’ancien Premier ministre. Il souhaite que le législateur résume l’esprit de chaque loi en une page, pour guider l’interprétation et redonner une vraie responsabilité aux décideurs administratifs. Le candidat Horizons reconnaît toutefois que « le mot ‘simplification’ est devenu aussi incantatoire que ‘décentralisation’ ou « différenciation’. On leur attribue la capacité de résoudre tous les problèmes, alors même qu’on ne s’accorde pas sur ce qu’ils recouvrent réellement. »
De son côté, Marine Le Pen, si elle n’est pas assurée de pouvoir se présenter à la présidentielle, s’en prend à la surtransposition des normes européennes et à la complexité des textes, qui favorisent les grands groupes et tuent les indépendants. L’élue du Rassemblement national entend conduire une revue sectorielle des normes avec les professionnels, munie d’un code couleur : rouge – à supprimer -, orange – à simplifier – ou vert – à conserver -, avec un chiffrage. « La complexité normative entraîne une perte de 3,5 à 4,5 points de PIB par an. En 2024, cela correspond exactement à ce que recherche le gouvernement : 130 milliards de PIB disparus », soutient Marine Le Pen.
Les auteurs, eux, ont pioché dans cet inventaire de plus de 300 pages. « Aucun de nos interlocuteurs ne nous a présenté un paquet complet de mesures. C’est ce que nous proposons en reprenant chez chacun l’idée la plus pertinente », précise Michel de Rosen. Bertrand Mabille le reconnaît bien volontiers, « ce n’est pas une transformation simple, parce qu’elle passe par une véritable révolution culturelle au sens propre du terme. On est dans un pays hypercentralisé qui a beaucoup délégué à la puissance publique. Il s’agit maintenant de restaurer une relation entre le politique d’une part et l’entreprise et les citoyens d’autre part, qui soit moins infantilisante et paternaliste. Une relation fondée sur la confiance. » Un défi de taille pour le prochain chef de l’Etat… qui figure peut-être dans ces pages.
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Author : Thibault Marotte
Publish date : 2026-05-21 04:30:00
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