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Présidentielle : Chirac 1995, référence miracle pour candidat en recherche d’ancrage ?

Présidentielle : Chirac 1995, référence miracle pour candidat en recherche d’ancrage ?

Gabriel Attal a un nouveau modèle politique. Il ne s’appelle pas Emmanuel Macron. « Je regarde beaucoup la campagne de Jacques Chirac en 1995, confie le futur candidat à l’élection présidentielle à La Tribune Dimanche. Il partait de loin au départ, mais a su déjouer tous les pronostics en parlant au cœur des Français. » Attal-Chirac. La ressemblance ne saute pas aux yeux. Quoi de commun entre le volubile fondateur du RPR et le reservé patron de Renaissance ? Gabriel Attal n’a pas l’appétit ogresque de l’ancien président ou la tape dans le dos facile. Il a mené sa jeune carrière politique en Ile-de-France quand Jacques Chirac – né dans la capitale – a construit sa légende corrézienne dans les années 1960.

Cessons ici le jeu des sept différences. Gabriel Attal convoque à dessein la mythologie de la campagne présidentielle de 1995. L’histoire d’un challenger terrassant le chouchou des sondages, Edouard Balladur. 32 ans plus tard, l’ancien Premier ministre aimerait faire endosser à Edouard Philippe ce costume du favori trop vite désigné. Après tout, qui aime les scénarios écrits d’avance ? 1995 est surtout l’histoire d’une relation affective nouée entre un candidat et les Français, symbolisés par cette fameuse pomme. Gabriel Attal ne peut observer qu’avec envie ce récit, lui qui tente de se libérer de son image d’enfant des beaux quartiers parisiens. « On ne peut pas se décréter homme du peuple qui va au contact des gens, raille un fidèle d’Edouard Philippe. Cette tentative me paraît vaine. »

« Il faut un Chirac sur le profil »

Elle n’est pas la première. Plusieurs responsables politiques exploitent le souvenir de la campagne victorieuse de 1995 pour s’humaniser. Laurent Wauquiez n’a cessé de citer cette course lors de sa campagne malheureuse face à Bruno Retailleau pour la présidence des Républicains. « Il y a une autre partie de moi, qui est la partie chiraquienne, qui aime le Cantal, qui est de Haute-Loire, bon vivant, qui aime la liqueur de verveine congelée », assurait en mars 2025 le député de Haute-Loire, soucieux de se départir d’un vieux procès en insincérité. Et quoi de mieux que cette analogie pour y parvenir ?

Valérie Pécresse, conseillère technique à l’Elysée entre 2000 et 2002, s’y est aussi essayée. « Chirac m’a appris que la politique, c’était d’abord aimer les Français », assurait-elle au Monde lors de la dernière campagne présidentielle. De Jacques Chirac, c’est ainsi davantage une image qu’une ligne politique qui est convoquée au fil des années. « Notre candidat devra parler en 2027 au bloc populaire, note en privé Gérald Darmanin. Il faut un Jacques Chirac sur le profil et un Philippe Séguin sur le projet. »

Une allusion ambivalente

Le 11 mars 2007, Jacques Chirac déclarait sa flamme aux Français lors de sa dernière allocution présidentielle. « Je n’ai cessé d’agir pour servir cette France magnifique. Cette France que j’aime autant que je vous aime », lançait le chef de l’Etat. Suffit-il de citer le nom de l’ancien président pour nouer une telle relation ? Si ce lien charnel était évident, pourquoi se réfugier derrière lui ? Les allusions fréquentes à Jacques Chirac mettent en lumière la difficulté de la classe politique à construire ce lien avec les Français.

Ce mythe du Chirac de 1995 souffre de quelques oublis. Le candidat RPR avait n’avait obtenu que 20 % des voix au premier tour, loin du raz-de-marée sarkozyste en 2007. Sa relation affective – en partie construite après son départ de l’Elysée – avec les Français ne s’est jamais observée de manière impressionnante dans les urnes : faut-il rappeler qu’il n’a d’ailleurs jamais dépassé 21 % des suffrages lors du premier tour des quatre élections présidentielles auxquelles il a participé. « Il est élu avec un socle limité et il ne s’est pas passé grand-chose derrière », note un ancien ministre. Cette campagne de 1995, articulée autour de la lutte contre la fracture sociale, est enfin devenue le symbole de la trahison des engagements électoraux. À l’automne, Jacques Chirac met l’accent sur la lutte contre les déficits pour préparer l’arrivée de l’euro. Avant de dissoudre l’Assemblée nationale deux ans plus tard. Après 1995, il y a 1997.



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Author : Paul Chaulet

Publish date : 2026-05-20 14:30:00

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