La leçon d’Alain Lancelot, à Sciences Po, est entrée dans les mémoires. « Le seul vrai avantage de la démocratie, disait le politologue, c’est l’alternance. » Incontestable, imparable. Aujourd’hui, lourd de conséquences. « Oui, j’ai décidé d’être candidat à la présidence de la République » : dans un propos retransmis sur toutes les chaînes d’infos, Gabriel Attal est venu ce vendredi 22 mai rejoindre la liste des prétendants à l’Elysée au sein de ce bloc central qui n’a jamais aussi mal porté son nom : il n’a rien d’un bloc, il est de moins en moins central. Et l’alternance ne passe pas par lui.
Or en face, voire devant, les deux extrêmes sont là, soudés, puissants, menaçants : Marine Le Pen et Jordan Bardella semblent portés par une vague qui se soucie peu de connaître le nom du candidat, Jean-Luc Mélenchon use d’une stratégie dénuée de tout scrupule républicain mais efficace électoralement pour installer sa campagne sur des bases solides. La colère gronde, elle est rarement bonne conseillère, notamment dans l’isoloir ; le danger ne se dissimule même pas.
Pour la première fois, donc, deux anciens Premiers ministres d’un même président – Edouard Philippe a annoncé ce jour dans Le Parisien son plan contre le narcotrafic – s’affrontent dans une primaire qui ne dit pas son nom. Il est vrai qu’on a déjà vu, dans une vraie primaire, un président se confronter à son chef de gouvernement, c’étaient Nicolas Sarkozy et François Fillon en 2016. Difficile pour ce camp-là de théoriser que compétition et concurrence sont des mots qui commencent mal – alors que ce sont des aventures qui finissent mal, en général…
Bien sûr, Gabriel Attal n’a pas oublié la manière dont François Bayrou, Edouard Philippe ou Gérald Darmanin avaient critiqué Emmanuel Macron, avant de le rallier en 2017 : « Nous avons encore un peu de marge ! », sourit-il. Bien sûr, Edouard Philippe a une conscience très aiguë du risque d’un second tour Bardella-Mélenchon, mais « l’organisation n’est pas au diapason, admet l’un de ses amis.
C’est long, un an de campagne. Déjà monte une petite musique : il n’y aurait pas trop de candidats dans la pièce, simplement il n’y aurait pas le bon… Après les plans A viendraient les plans B – méfiance, l’alphabet est riche et l’imagination ambitieuse aussi. Les signataires d’un texte paru en mars dans La Tribune pour appeler à « un sursaut d’unité » et « une candidature unique », emmenés par les ministres Maud Bregeon, Stéphanie Rist, Vincent Jeanbrun et Mathieu Lefèvre, avaient prévu de se revoir en mai et d’élargir la liste aux élus locaux, mais ils ont reporté leur rendez-vous.
Gabriel Attal et Edouard Philippe, comme l’a raconté L’Express, sont convenus de s’accorder en février 2027. Bruno Retailleau tente de trouver son chemin, lui aussi, et les trois se veulent intelligents et raisonnables. Il est, à ce stade, difficile de donner tort à Edouard Philippe lorsqu’il remarque dans Le Parisien : « La campagne électorale n’est pas un concours de beauté, c’est un moment important où chacun dit ce qu’il croit bon pour la France, puis les Français choisiront. »
Sauf que, cette fois, dans un paysage politique en ruines, les choses se présentent différemment. Les uns et les autres ont-ils pleinement mesuré que tout a changé ? Qu’ils sont non seulement les sortants, qu’ils sont surtout les perdants – perçus comme tels, en tout cas, par une grande partie du pays. Il faut avoir la liberté de ceux qui ne sont pas (encore ?) candidats pour le reconnaître : « Il y a une raison à la colère, et c’est notre échec, confie Bruno Le Maire. On ne peut plus revenir en disant : on est bon. »
Ils ne peuvent pas non plus fuir leurs responsabilités devant l’histoire. Certes, ils ont déjà entendu Emmanuel Macron expliquer en petit comité : « Vous savez, si le RN gagne en 2027, ce ne sera pas mon échec car je l’ai battu à chaque fois. » Si Marine Le Pen, Jordan Bardella ou Jean-Luc Mélenchon entrent à l’Elysée, si des millions de Français sont privés d’un second tour permettant un vrai choix politique en raison d’une querelle d’ego, le choc sera traumatique. Est-il encore possible d’échapper à « l’incroyable frivolité des mourants » ?
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Author : Eric Mandonnet
Publish date : 2026-05-22 11:56:00
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