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Ventes de livres : les best-sellers sont-ils solubles dans l’IA ?

Ventes de livres : les best-sellers sont-ils solubles dans l’IA ?


Semaine après semaine, on suit avec effarement l’effritement constant des ventes de livres. Malgré une bonne visibilité en presse, de nombreux ouvrages n’atteignent pas les 1 000 exemplaires. Pour un roman très littéraire, 5 000 exemplaires en viendraient presque à rimer avec best-seller. Même des vedettes voient leurs chiffres s’amenuiser titre après titre. Comment expliquer ce phénomène plus que préoccupant dont les auteurs eux-mêmes ne semblent pas tous prendre la mesure ? De nombreux facteurs s’accumulent : baisse de la lecture, coût trop élevé des livres (dû notamment aux prix du papier), hausse du marché de l’occasion… Là-dessus, les avancées des intelligences artificielles génératives ajoutent une dimension supplémentaire à la crise : en démocratisant et en démonétisant la production de textes, ChatGPT et autres Claude vont-ils avoir la peau des écrivains ?

Passé par Canal +, Le Monde, Télérama, France Culture, France Télévisions et Arte, Bruno Patino avait déjà un succès de librairie à son palmarès d’essayiste : en 2019, son livre La Civilisation du poisson rouge. Petit traité sur le marché de l’attention s’était vendu à 70 000 exemplaires en grand format (et à plus de 80 000 en poche). Il vient de récidiver avec Le Temps de l’obsolescence humaine (Grasset), sorti fin mars et bientôt écoulé à 15 000 exemplaires – encore 18e des essais cette semaine. Faut-il garder espoir et penser comme Bruno Patino que, si l’IA peut cloner au kilomètre, elle ne créera jamais rien de nouveau ? Cela voudrait dire que les purs stylistes et quelques philosophes vraiment inventifs survivront. Mais, dans ce processus darwinien, qu’adviendra-t-il, par exemple, d’un biographe laborieux ou d’un auteur de polars dont les romans ont tendance à répéter les mêmes recettes ? L’avenir (un avenir proche) nous dira comment la littérature et l’édition surmonteront cette nouvelle révolution technologique…

Loin des écrans (encore qu’il soit très présent sur les réseaux sociaux), disons un mot de Gabriel Attal, qui vient d’annoncer qu’il sera candidat à l’élection présidentielle de 2027. Son témoignage En homme libre (L’Observatoire), qui le positionne en 15e des essais, flirte avec les 10 000 exemplaires. En notre époque de méventes, cela paraît très bien. Rappelons pour relativiser cette bonne réception que Nicolas Sarkozy avait vendu plus de 200 000 exemplaires de son Journal d’un prisonnier en décembre. Quant à Eric Zemmour, qui vendait jadis des centaines de milliers d’exemplaires de ses livres, il n’avait pas réussi en 2022 à convertir dans les urnes son lectorat en électorat. La prudence devrait donc être de mise pour l’ambitieux ancien Premier ministre.

Que dire des romans ? Presque rien à signaler. Loin derrière Freida McFadden, Virginie Grimaldi, Fred Vargas, Franck Thilliez et Guillaume Musso, l’entrée la plus notable est celle de Siri Hustvedt, 14e avec Ghost Stories (Gallimard), son livre sur Paul Auster. L’amour, les souvenirs et la nostalgie : autant de choses que les intelligences artificielles ne nous voleront jamais, à nous humbles humains ?



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Author : Louis-Henri de La Rochefoucauld

Publish date : 2026-05-22 15:28:00

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