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« Il n’y a plus de place » : en Russie, les civils évincés des hôpitaux par la guerre

« Il n’y a plus de place » : en Russie, les civils évincés des hôpitaux par la guerre

Ils arrivent parfois accompagnés de leurs proches, mais se heurtent à la même réponse à l’accueil : il n’y a plus de place. Dans plusieurs hôpitaux russes, les patients civils doivent désormais composer avec l’afflux de blessés du front ukrainien, dans des services déjà sous tension. À mesure que les pertes s’accumulent, le système de santé, fragilisé par une pénurie chronique de soignants, se réorganise dans l’urgence : montée en puissance des services militaires, reconversion de maternités, et civils progressivement relégués. Un basculement documenté notamment par Novaïa Gazeta Europe, repris par Courrier international.

Selon le média en exil, les hôpitaux militaires « ne parviennent plus à faire face au flux de patients blessés au front ». Face à cette pression, les autorités russes accélèrent également la création de nouvelles infrastructures. Le ministre de la Défense, Andreï Belooussov a ainsi annoncé fin 2025 l’ouverture de six établissements militaires supplémentaires en 2026, rapporte l’agence TASS.

Dans le même temps, des bâtiments civils sont réaffectés. À Rostov-sur-le-Don, une maternité accueillant auparavant des femmes enceintes de toute la région a été transformée en mars 2024 en centre de soins pour combattants blessés. À Omsk, en Sibérie, une clinique pour femmes a été convertie, fin 2025, en hôpital pour anciens combattants après sa rénovation financée par l’État fédéral, écrit Courrier International. À Moscou, les autorités auraient transformé le seul hôpital du pays spécialisé dans le traitement de la mucoviscidose en un établissement pour les soldats blessés, ajoute le Kyiv Independant

Un cadre légal

Cette reconfiguration du système de santé s’inscrit dans un cadre légal qui permet aux militaires d’être soignés dans des hôpitaux civils lorsque les structures du ministère de la Défense sont saturées. Résultat : dans de nombreux établissements, civils et soldats sont pris en charge côte à côte, notamment à Saint-Pétersbourg, toujours selon Novaïa Gazeta Europe. A noter aussi que le budget des hôpitaux militaires reste « noyé dans l’ensemble du budget militaire », qui atteint 16 000 milliards de roubles en 2025, soit environ 194 milliards d’euros.

Mais cette cohabitation pèse sur un système déjà sous tension. Une ancienne infirmière, dans le média Kyiv Independant évoque des patients militaires ayant consommé « la quasi-totalité des antibiotiques et des fournitures médicales » destinées aux soins civils. Le ministère russe de la Santé estime, par ailleurs, un déficit de 23 300 médecins et 63 600 personnels paramédicaux. De son côté, Viatcheslav Volodine, président de la Douma (la chambre basse du Parlement russe), a renchéri, parlant d’un manque pouvant atteindre 80 % hors des grandes villes.

Derrière cette organisation sous tension se dessine l’ampleur du bilan humain de l’invasion russe en Ukraine. Selon un rapport du CSIS, cité par Kyiv Independent et publié en janvier 2026, les forces russes auraient subi environ 1,2 million de pertes — tués, blessés ou disparus — entre février 2022 et décembre 2025, dont 275 000 à 325 000 morts. Des chiffres qualifiés d’inédits pour une grande puissance depuis la Seconde Guerre mondiale. Cette pression sur le système de santé russe fait également écho à un autre constat régulièrement documenté par les organisations internationales : l’Organisation mondiale de la Santé a recensé plus de 3 000 attaques contre les infrastructures médicales ukrainiennes depuis 2022.



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Author : Audrey Parmentier

Publish date : 2026-05-23 13:14:00

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