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Détroit d’Ormuz : comment Donald Trump tente d’asphyxier l’Iran

Détroit d’Ormuz : comment Donald Trump tente d’asphyxier l’Iran

À Téhéran, les hommes forts du régime auraient peut-être dû relire attentivement la seule feuille de route de politique étrangère d’un Donald Trump plus erratique que jamais : la « Stratégie de sécurité nationale », publiée en fin d’année dernière. Dans ce document, le locataire de la Maison-Blanche expose son projet d’asphyxie économique par le lancement « d’une campagne destinée à ramener à zéro les exportations de pétrole de l’Iran ». Et, pour une fois, il a fait ce qu’il a dit. Le contre-blocus américain des ports iraniens mis en place le 13 avril, en réponse à la fermeture du détroit d’Ormuz et à l’instauration d’un « péage » par le régime des mollahs début mars, a fonctionné.

Au point de pousser l’Iran à enclencher, le 23 mai, un « rapprochement » avec les Etats-Unis, prélude à un hypothétique accord qui permettrait de prolonger le cessez-le-feu de 60 jours et de rouvrir cette voie maritime stratégique par où transite un quart du pétrole mondial. Ce pacte à l’envergure potentiellement limitée – nul ne sait encore s’il obligera Téhéran à respecter de véritables engagements sur le nucléaire – aura au moins le mérite de rassurer les marchés inquiets de voir le Brent culminer au-delà des 120 dollars. Mais ensuite ? Pour maintenir une pression maximale sur l’Iran et la contraindre à engager de « vraies » négociations, les forces navales américaines pourraient rester dans la région et ne se retirer qu’après qu’un accord a été conclu.

Un blocus très hermétique

A l’heure où nous écrivons ces lignes, tout peut donc encore capoter. Seule certitude, les Etats-Unis ont mis le paquet pour forcer les discussions. Sur le terrain financier, le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a été chargé en mars de lancer l’opération « Fureur économique » (dans le prolongement de « Fureur épique »), qui comprend de nouvelles sanctions contre des sociétés écrans du régime iranien. Sur le plan militaire, le Pentagone a affiché depuis le 13 avril une fermeté implacable. Le 8 mai, le Commandement central des États-Unis a ainsi publié une vidéo montrant deux pétroliers iraniens en feu, pris pour cible par un chasseur américain après avoir tenté d’entrer dans un port de leur pays.

Même si quelques navires ont pu franchir ce guêpier maritime, la plupart ne sont pas parvenus à passer la ligne du blocus, située entre le golfe d’Oman et la mer d’Arabie. « D’après nos observations, cinq pétroliers avaient réussi à ‘s’enfuir’ mais ils ont été rapidement rattrapés par la marine américaine », précise Homayoun Falakshahi, analyste pétrole chez Kpler. Le constat de Vortexa, une autre agence qui scrute les flux énergétiques mondiaux, est proche. Sur les six pétroliers qui ont tenté de forcer le blocus entre le 13 et le 21 avril, avec, à leur bord, près de 11 millions de barils de pétrole brut iranien, trois au moins auraient été interceptés par la marine américaine, et seul l’un d’eux aurait réussi à quitter la zone en éteignant son transpondeur.

Très insuffisant pour maintenir à flot l’Iran, dont la dépendance pétrolière reste gigantesque. Cette manne, qui lui rapporte entre 60 et 70 milliards de dollars annuels, lui est indispensable pour survivre aux sanctions massives qui frappent la République islamique depuis 1979. « Le blocus américain a rendu plus difficile les tentatives de contournement à grande échelle de ces mesures, tout en accroissant les risques associés à l’assurance et au fret pour les navires qui continuent de circuler », confirme Umud Shokri, spécialiste de l’Energie au sein de l’Université George-Mason, en Virginie.

Une réduction de sa production

Résultat, l’Iran a souffert grandement de ce blocus. Le poursuivre encore plusieurs semaines ferait peser une menace très forte sur tout le secteur pétrolier. Téhéran a déjà dû réduire considérablement sa production, passant de 3 millions de barils à 1 million par jour. Soit près de 500 millions de dollars de recettes quotidiennes en moins, selon Washington. Sans compter le contrecoup à plus long terme. « Rouvrir un puits fermé, ce n’est pas juste tourner une manivelle. Lorsqu’on relance un forage, on n’est pas sûr de retrouver son niveau de production d’antan », détaille Louis Borer, analyste en sûreté maritime à la Risk Intelligence. Face à la baisse de ses exportations, l’Iran a donc été contraint d’accroître ses capacités de stockage, passées d’environ 60 à 75 millions de barils, selon les données de Kpler.

Pour l’instant, l’argent entre encore dans les caisses iraniennes. Anticipant un nouveau conflit, le régime a, par exemple, réalisé un mois de ventes record en février dernier (2,2 millions de barils contre 1,5 million en temps normal), notamment vers la Chine, son principal client. Et certains tankers iraniens ne sont toujours pas arrivés à destination. Actuellement à l’est de Singapour, ils sont en route pour la province de Shandong, épicentre de l’industrie pétrochimique de la Chine. « Selon nos estimations, l’équivalent de 86 millions de barils dort dans les bateaux partis avant la mise en place du blocus. Les raffineurs chinois en importent 1,3 million de barils par jour. À ce rythme, les revenus pétroliers de l’Iran tomberont à zéro d’ici deux à trois mois », prévient Homayoun Falakshahi, chez Kpler. Le récent rapport de la CIA, qui a fuité dans la presse américaine le 7 mai, donnait sensiblement le même horizon : « L’Iran peut survivre au moins trois ou quatre mois au blocus naval des États-Unis avant de subir des difficultés économiques plus graves ».

Une forte crise économique

Même si elle donne le sentiment d’avoir le temps pour elle, il y a donc urgence, pour Téhéran, à mettre un terme au blocus américain, tant la situation économique du pays est dramatique : flambée des prix, dévaluation de la monnaie, pertes d’emplois massives. « L’Iran peut tenir un certain temps en s’appuyant sur le rationnement alimentaire, l’économie informelle et le recours à des routes terrestres alternatives pour ses importations. Mais si le blocus dure, la pression sur l’économie va encore augmenter », analyse Mohammad Reza Farzanegan, professeur d’économie au Centre d’études sur le Proche et le Moyen-Orient de l’université de Marbourg en Allemagne.

Suffira-t-elle à faire craquer le régime ? Son histoire passée – la guerre Iran-Irak a duré 8 ans ! – et récente a prouvé le contraire. Téhéran a une forte capacité à supporter la douleur économique et la coercition. Au plus fort du blocus, elle a lancé « l’Autorité du détroit du Golfe persique », une façon d’officialiser son contrôle sur le goulet d’étranglement ; elle a aussi créé « Hormuz Safe », sa propre assurance maritime, payable en Bitcoin, censée générer jusqu’à 10 milliards de dollars de revenus ; et elle a menacé de taxer les géants du numérique américains (Google, Amazon, Meta et Microsoft) pour l’utilisation des câbles sous-marins qui passent dans la zone…

Englué dans ce brouillard diplomatique qui s’étend sur le Golfe Persique, Donald Trump veut surtout éviter que le piège iranien se referme sur lui. Il a, déjà, laissé une partie de son crédit politique dans la bataille. Les sondages lui pronostiquent un sévère retour de bâton aux prochaines élections de mi-mandat, en partie à cause de cette guerre très impopulaire. Il lui faut donc des résultats, et vite. Même si les critiques sur les imperfections de cet éventuel accord fusent déjà, y compris dans son propre camp, le plus important, pour lui, est de faire redescendre le prix de l’essence – qui a bondi de plus de 50 % depuis le début du conflit. « La pression électorale a réduit la patience stratégique des Etats-Unis. Mais une reprise du conflit serait encore plus coûteuse », conclut Mohammad Zahid, chercheur spécialiste du Moyen-Orient. Quitte à baisser ses exigences sur le nucléaire et que l’Iran puisse, à tout moment, déstabiliser à nouveau le détroit d’Ormuz ? Il est à craindre que le président américain, tout à sa hâte de sortir de ce bourbier, se dise qu’il vaut mieux signer un accord imparfait que pas d’accord du tout. Ce qui, de chaque côté de l’Atlantique, donnerait à beaucoup le sentiment d’avoir perdu une décennie et de se retrouver avec un texte bien moins abouti que celui négocié en 2015 par Barack Obama.



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Author : Charles Carrasco

Publish date : 2026-05-26 11:46:00

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