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« Donald Trump cherche le coup décisif face à l’Iran » : les scénarios de Clément Therme

« Donald Trump cherche le coup décisif face à l’Iran » : les scénarios de Clément Therme

Dans le golfe persique, le brouillard diplomatique comme horizon. Depuis le 23 mai, Téhéran et Washington font planer l’imminence d’un accord qui permettrait de prolonger le cessez-le-feu de 60 jours et de rouvrir le détroit d’Ormuz, cette voie maritime stratégique par où transite un quart du pétrole mondial. Paradoxalement, alors que rien ne dit qu’un tel texte aborderait la question de l’atome iranien, le président américain continue de faire de la destruction du programme nucléaire de Téhéran l’objectif principal du conflit.

Parallèlement, et à la surprise de ses alliés, Donald Trump a exhorté, le 25 mai, l’Arabie saoudite et le Qatar, à normaliser leurs relations avec Israël, dans le cadre de ce potentiel accord de paix avec l’Iran. Une annonce tonitruante – mais très peu réaliste dans le contexte actuel – qui ne risque pas de faciliter les négociations avec Téhéran. Le locataire de la Maison-Blanche cherche visiblement à « s’appuyer sur ce qu’il considère comme le principal succès de son premier mandat : les Accords d’Abraham » au Moyen-Orient, analyse Clément Therme, chercheur à l’institut international d’études iraniennes (Rasanah), un think tank basé en Arabie saoudite et auteur de Iran – Israël, la guerre idéologique, de 1979 à nos jours (Editions Tallandier, 2026). Pour ce grand spécialiste de l’Iran, l’objectif de Téhéran – si un accord est trouvé – est aussi de fracturer l’alliance entre Donald Trump, qui privilégie « une solution d’attente jusqu’aux élections de mi-mandat », et Benyamin Netanyahou, qui souhaite accélérer le démantèlement de l’influence iranienne dans la région. Entretien.

L’Express : Dans votre livre, vous expliquez que pour ce régime iranien, « la rhétorique guerrière s’arrête dès que le risque stratégique devient trop important ». Est-ce la raison de ce récent « rapprochement » avec Washington ?

Clément Therme : Concernant la rhétorique guerrière, il s’agit simplement, pour la République islamique, d’une application pragmatique de principes idéologiques. Il ne faut pas oublier que, dans cette logique, l’Iran a, par le passé, déjà acheté des armes à Israël ! La priorité absolue demeure la survie du système, qui prévaut sur tout autre principe. Cette logique s’est notamment manifestée à la fin de la guerre Iran-Irak, en 1988, lorsque Rouhollah Khomeini a déclaré qu’il « buvait le poison » en acceptant de signer avec Saddam Hussein, son principal adversaire. Elle s’est également retrouvée en 2015, lors des négociations sur le nucléaire. On pourrait également ajouter le rapprochement avec l’Arabie saoudite en 2023, qui constitue lui aussi un acte de pragmatisme, puisqu’il contredit certains principes idéologiques de Khomeini.

Reste à savoir si cette logique pragmatique peut de nouveau s’appliquer aujourd’hui. Il faudra voir si le régime acceptera un compromis en sacrifiant, une nouvelle fois, certains principes idéologiques au nom de sa survie. La réponse demeure difficile, car plusieurs facteurs freinent ce type de décisions, qui restent exceptionnelles. En quarante-sept ans d’histoire, cela ne s’est produit qu’à trois reprises.

Quels sont les freins ?

Sur le plan intérieur, la question est de savoir si le blocus maritime provoquera une vulnérabilité économique suffisamment grave pour que le régime estime sa survie menacée et accepte de sacrifier une partie de son idéologie au profit de sa stabilité économique. Du côté de la République islamique, la question centrale est donc la suivante : comment préserver l’idéologie du régime – illustrée par la nomination de Mojtaba Khamenei [comme Guide suprême] après le 28 février – avec des impératifs tactiques, pragmatiques et économiques liés à la survie du système ?

S’ajoute enfin un autre objectif de l’Iran : tenter de diviser Israël et les États-Unis. La stratégie de désescalade avec Washington ne peut fonctionner qu’à cette condition. Or, depuis 1979, cette tentative de fracture de l’axe israélo-américain a connu très peu de succès. L’exemple de 2015 l’illustre : Barack Obama avait signé l’accord nucléaire malgré l’opposition d’Israël.

Donald Trump, qui a déchiré en 2018 l’accord sur le nucléaire, se retrouve-t-il aujourd’hui dans une situation de négociation moins favorable ?

Si l’on parle d’un accord global et structurant – un « Grand Bargain » pour reprendre la formule de Tim Guldimann, alors ambassadeur suisse à Téhéran – sa probabilité demeure extrêmement faible, de l’ordre de 5 à 10 %. En revanche, un accord à court terme serait une solution d’attente jusqu’aux élections de mi-mandat. Deux variables principales détermineront la position du président américain. La première concerne l’acceptabilité des pertes humaines. Jusqu’à présent, le conflit n’a entraîné « que » treize morts parmi les soldats américains, que Donald Trump a publiquement présentés comme des martyrs tombés au combat. Or, toute escalade militaire supposerait une capacité politique à accepter un coût humain beaucoup plus élevé. À ce stade, l’administration américaine ne semble pas disposée à assumer un tel niveau de pertes.

La seconde variable tient à la capacité des États-Unis à absorber les conséquences d’un choc sur l’économie mondiale. En cas d’escalade militaire, les Gardiens de la Révolution pourraient viser les infrastructures énergétiques du Golfe. Le risque ne se limiterait donc pas à une interruption des exportations iraniennes : il pourrait également inclure la destruction de capacités de production régionales, dans un contexte où le marché énergétique mondial est déjà sous tension.

C’est dans ce contexte que le scénario d’un accord temporaire apparaît aujourd’hui comme le plus plausible. Deux variantes doivent toutefois être envisagées : soit la poursuite du statu quo actuel, caractérisé par une forme de trêve armée, soit une levée simultanée des mesures de blocus — le blocus maritime américain d’un côté et la fermeture du détroit d’Ormuz de l’autre. Dans les deux cas, il ne s’agirait toutefois que d’une pause dans le conflit, et non d’un règlement durable.

Toutes les parties semblent d’ailleurs se préparer à une nouvelle phase d’escalade militaire, y compris les Etats de la région et Israël…

Il faut ainsi comprendre que, sous l’administration Trump, l’option diplomatique et l’usage de la force ne constituent pas deux démarches distinctes. Ils progressent simultanément et se renforcent mutuellement. Cette articulation entre pression militaire et négociation a surpris de nombreux observateurs et médias, qui tendent à présenter diplomatie et escalade comme des alternatives exclusives. Or, dans cette approche, les deux logiques coexistent en permanence. C’est l’une des spécificités de l’administration Trump.

Sommes-nous entrés dans un cycle durable de confrontations récurrentes, correspondant à ce que les stratèges israéliens qualifient de « tonte de la pelouse » ?

Cette logique demeure valable aujourd’hui. Du point de vue américain, les républicains interventionnistes, tels que Ted Cruz ou Lindsey Graham, expriment une ligne politique largement alignée sur celle de Donald Trump. Du point de vue du gouvernement israélien, la survie de la République islamique implique le maintien d’une capacité d’influence extérieure, ce qui constitue un enjeu central. L’objectif initial de cette politique semblait être un changement de régime en Iran, mais cette stratégie n’a pas produit les résultats escomptés. En conséquence, l’approche a évolué vers une logique de « refoulement » de l’influence iranienne, ce que l’on désignait durant la guerre froide par le terme de rollback.

D’après la presse américaine, l’Iran aurait conservé près de 70% de ses capacités balistiques. Cela contredit-il la version d’une victoire militaire éclatante des Etats-Unis ?

Les capacités tactiques sont quand même très affaiblies à court terme. Mais un État disposant de ressources importantes comme l’Iran conservera toujours la capacité de reconstituer ses moyens militaires, notamment balistiques. Le véritable enjeu n’est donc pas uniquement la réduction ponctuelle des capacités par la force, mais la possibilité d’empêcher leur reconstitution dans le temps. C’est précisément ce qui conduit à envisager des cycles de confrontation.

Concernant la question des drones, je ne suis pas particulièrement surpris : par nature, ce sont des systèmes mobiles, difficiles à neutraliser de manière complète et durable.

Donald Trump cherche-t-il à détourner l’attention en proposant à de nombreux pays du Golfe de signer les accords d’Abraham, alors qu’il sait qu’il n’y a aucune chance que cela se produise dans le contexte actuel ?

Il cherche en réalité à s’appuyer sur ce qu’il considère comme le principal succès de son premier mandat : les accords d’Abraham. À l’époque, il est vrai que ces accords avaient été perçus comme un tournant diplomatique majeur au Moyen-Orient, comparable, dans une certaine mesure, aux accords de Camp David en 1978. Pour lui, les textes signés en 2020 démontrent que des évolutions diplomatiques inattendues peuvent survenir malgré le scepticisme des experts, puisque peu d’observateurs anticipaient leur signature.

Cette démarche s’inscrit également dans le débat politique intérieur américain. Depuis la présidence de Barack Obama, la question du Moyen-Orient est devenue un sujet de polarisation interne aux États-Unis. Lorsque Donald Trump évoque la région, il s’adresse souvent autant à l’opinion américaine et à ses adversaires démocrates qu’aux acteurs du Moyen-Orient eux-mêmes. Dans cette logique, il cherche à opposer son bilan diplomatique à celui des démocrates, en affirmant qu’aucune administration n’a obtenu de résultat comparable aux accords d’Abraham.

En régionalisant le conflit, Téhéran n’a-t-il pas accéléré son isolement diplomatique vis-à-vis des pays du Golfe, notamment l’Arabie saoudite qui avait opéré un rapprochement ? Dans votre livre, vous utilisez le terme de « suicide diplomatique régional »…

À moyen et long terme, l’acceptation de l’influence régionale iranienne était déjà devenue difficilement soutenable. Cette dynamique était apparue de manière particulièrement visible au moment du Printemps arabe, lorsque les tensions avec l’Arabie saoudite se sont accentuées. À cette période, plusieurs États de la région ont commencé à considérer l’expansion de l’influence iranienne comme une menace devenue intolérable.

Aujourd’hui, les représailles iraniennes contre les pays voisins – et pas uniquement contre les bases militaires américaines – rendent la coexistence régionale beaucoup plus complexe. Plusieurs exemples illustrent cette évolution : des arrestations ont eu lieu au Bahreïn, où certaines cellules liées aux Gardiens de la Révolution ou à des groupes pro-Téhéran ont été démantelées. Des opérations similaires ont également été menées au Koweït.

Les Émirats arabes unis qui, eux, font partie des accords d’Abraham, ont directement frappé l’Iran en avril. Quel message ont-ils voulu envoyer ?

L’exemple des Émirats arabes unis est révélateur. Malgré des tensions croissantes, ils demeurent le principal partenaire commercial régional de l’Iran. Il existe donc un paradoxe : le pays le plus exposé aux pressions et aux risques liés à l’escalade régionale est aussi celui qui entretient les relations économiques les plus importantes avec l’Iran.

Concernant Téhéran, on retrouve ici la même tension que celle observée à l’intérieur du pays, entre survie idéologico-sécuritaire et vulnérabilité économique. À l’échelle régionale, la logique est similaire : la nécessité de maintenir une capacité de dissuasion politique pousse l’Iran à cibler les intérêts américains dans la région, puisqu’il ne peut frapper directement le territoire des États-Unis.

Mais cette stratégie a des conséquences économiques importantes. Les Émirats arabes unis constituaient notamment une plateforme essentielle de contournement des sanctions internationales, ainsi qu’un lieu d’investissements importants pour des acteurs liés aux Gardiens de la Révolution. Aux Emirats, mais plus généralement dans le Golfe, il existe un débat stratégique sur la manière de gérer l’hostilité avec l’Iran. Certains États considèrent que cette hostilité doit être contenue principalement par la voie diplomatique, combinée à une capacité de dissuasion militaire. Cette approche correspond davantage à celle d’Arabie saoudite, notamment à travers ses coopérations sécuritaires régionales, y compris avec le Pakistan. À l’inverse, les Émirats arabes unis ont davantage choisi un rapprochement avec Israël et accordent une plus grande crédibilité à l’usage de la pression militaire comme instrument permettant d’atteindre des objectifs politiques.

Pourquoi Benyamin Netanyahou privilégie-t-il actuellement le front libanais ?

Cela tient essentiellement à un facteur de proximité géographique. Le Liban constitue en effet une préoccupation sécuritaire majeure pour Israël. L’invasion du Liban par Israël en 1982 a favorisé l’émergence du Hezbollah, dans le contexte de la guerre Iran-Irak. À partir des années 2000, et plus encore après 2003, la continuité territoriale entre l’Iran et le Liban – via des relais régionaux – est devenue un enjeu stratégique pour Israël. Cela contribue à expliquer des épisodes tels que la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah. Il ne s’agit donc pas d’une problématique nouvelle. Le Hezbollah occupe ainsi une position particulière : à la fois le principal relais de l’influence iranienne et l’acteur le plus proche du territoire israélien. Cette combinaison en fait, du point de vue israélien, la menace prioritaire à neutraliser.

Les services de renseignement israéliens ont déjà signalé la possibilité d’un 7-Octobre « bis », possible depuis l’Irak. Est-ce pour cela qu’Israël y a installé des bases secrètes ?

Pendant la guerre de quarante jours, l’Irak est devenu un front actif, avec des affrontements entre les forces américaines et des groupes armés irakiens. Cette évolution s’explique notamment par la présence militaire des États-Unis en Irak, pays qui est également perçu comme un allié d’Israël. Ce facteur distingue clairement la situation irakienne d’autres théâtres régionaux, comme le Liban, où aucune présence militaire américaine comparable n’existe.

Mais la présence de bases israéliennes illustre la fragilité de l’État irakien qui a facilité l’extension du conflit sur son territoire. L’Irak est ainsi devenu un espace d’affrontement indirect entre puissances et acteurs régionaux, marquant un échec de la stratégie du gouvernement al-Soudani, visant à maintenir le pays en dehors de la confrontation. Par ailleurs, durant la période de cessez-le-feu, le territoire irakien a également servi de base de transit ou de projection pour des opérations visant l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, attribuées à des groupes pro-iraniens.

Donald Trump dit-il vrai lorsqu’il affirme que le régime iranien « a déjà changé » ?

Le système fonctionne en réalité de manière largement autobloquante, avec des arbitrages permanents entre plusieurs logiques internes. D’un côté, des courants qui privilégient la préservation de la pureté idéologique et la lutte contre ce qu’ils qualifient « l’infiltration culturelle ». De l’autre, certaines institutions élues, notamment autour du président Masoud Pezeshkian et du vice-président Mohammad Reza Aref, privilégient la survie économique du pays. Cela s’est illustré récemment par la décision de rétablir partiellement l’accès à Internet, après une période de coupure nationale. Cette mesure a été prise à l’initiative de ces responsables, malgré l’opposition de courants plus durs, qui considèrent au contraire que la coupure d’Internet devrait être durable, voire permanente, au motif qu’il constituerait un vecteur d’influence culturelle occidentale.

Sur ce point, les courants pragmatiques ont donc prévalu, notamment pour éviter d’aggraver les conséquences économiques liées aux tensions extérieures, y compris dans un contexte de pression maritime et de sanctions. Cette mesure vise à redonner de l’oxygène à l’économie iranienne. La levée de cette coupure s’explique aussi par son coût économique important : les pertes directes sont estimées entre 30 et 40 millions de dollars par jour, auxquelles s’ajoutent des pertes indirectes comparables, soit au total environ 80 millions de dollars par jour. Ces pertes ont notamment affecté de nombreux services numériques et plateformes locales, entraînant licenciements et perturbations économiques.

L’Iran a connu des cycles ininterrompus de manifestations. La population va-t-elle à nouveau redescendre dans la rue ?

La question centrale porte sur la capacité à transformer des manifestations pacifiques en formes d’insurrection armée. Dans un contexte marqué par une répression très forte – notamment lors du mouvement « Femmes, Vie, Liberté » en 2022-2023, qui a fait 537 morts, puis à nouveau lors des événements de janvier 2026 – les acteurs contestataires font face à un problème stratégique majeur : comment convertir une colère sociale en projet politique structuré et efficace. Cette expérience répétée de manifestations pacifiques réprimées dans le sang conduit à une remise en cause du mode d’action non violent. La question de son efficacité politique est désormais largement débattue au sein de la population, compte tenu des épisodes de tirs à balles réelles et du nombre très élevé de victimes, qui pourrait se compter en milliers, voire davantage selon certaines estimations. Cette mémoire de la répression pèse fortement sur les choix stratégiques.

Deux options sont alors envisagées, du point de vue des opposants internes : soit un changement de régime induit par une intervention extérieure, notamment une opération terrestre américaine après les élections de mi-mandat ; soit une évolution vers des formes d’insurrection armée, en rupture avec la logique des mobilisations pacifiques de masse.

La guerre a-t-elle ressoudé le régime ?

Elle a fragilisé certaines institutions de la République islamique, en raison de pertes de cadres et de dirigeants ainsi que de coûts économiques importants pour certains soutiens du régime. Mais elle a également renforcé l’activisme des partisans du système, qui agissent dans une logique de préservation de leur propre survie politique et sociale.

Il ne s’agit donc pas d’un ralliement massif au régime, mais d’une intensification de l’engagement des acteurs déjà intégrés au système. Cela se traduit par un durcissement des pratiques répressives, une augmentation du recours à la peine de mort et un renforcement global du contrôle sécuritaire.

Aucun président américain n’a voulu faire la guerre à l’Iran. Pourquoi Donald Trump a-t-il rompu ce que vous appelez dans votre livre « la prudence stratégique » face à Téhéran ?

Dans sa trajectoire politique, Donald Trump a développé une doctrine sur l’Iran qui s’inscrit en opposition directe avec celle des démocrates. Là où ces derniers placent la diplomatie au centre de leur approche, lui adopte une posture inverse, visant à en souligner les limites. Le retrait de l’accord nucléaire et les critiques répétées des politiques de Barack Obama puis de Joe Biden s’inscrivent dans cette logique. À force de mettre en avant les faiblesses supposées de l’option diplomatique, et dans le cadre de cette confrontation politique interne, il en est progressivement venu à accorder davantage de crédibilité à l’idée d’une option militaire. Le premier facteur est donc clairement domestique : il relève de la compétition politique avec les démocrates.

Le deuxième élément est d’ordre régional. On observe un affaiblissement progressif de « l’axe de la résistance » structuré autour de l’Iran, ce qui est perçu à la fois aux États-Unis et en Israël. Cette dégradation des capacités régionales de la République islamique a contribué à rendre l’option militaire plus envisageable. Enfin, un troisième facteur tient à une logique plus stratégique et symbolique : la tentation du « coup décisif », c’est-à-dire l’idée d’obtenir un résultat historique majeur, là où les précédentes administrations n’ont pas réussi. Il existe enfin une dimension d’expérimentation politique, consistant à tester une option longtemps jugée irréalisable : puisqu’elle n’a pas été tentée ou n’a pas abouti auparavant, l’idée est précisément de l’essayer pour en vérifier les effets.

Afghanistan, Irak, Libye… Les tentatives américaines de changement de régime se sont souvent soldées par des échecs. L’Iran est-il en train de suivre la même trajectoire ?

Il ne faut pas surinterpréter ce type de scénario, car sans déploiement de troupes au sol, un changement de régime par la force reste difficilement envisageable. Les moyens militaires actuellement mobilisés ne permettent pas d’atteindre un tel objectif, ce qui constitue une différence majeure avec des interventions comme celles de l’Irak en 2003 ou de l’Afghanistan, où des forces terrestres importantes avaient été engagées.

Par ailleurs, l’expérience des « guerres sans fin » a conduit à une certaine prise de distance avec l’idée d’engagements terrestres massifs, ce qui s’est reflété dans les positions de Donald Trump lors de ses campagnes présidentielles, marquées par le refus d’envoyer des dizaines de milliers de soldats à l’étranger. Sur le plan strictement opérationnel, une invasion terrestre de l’Iran poserait des difficultés considérables.

L’objectif, d’ici la fin du second mandat de l’administration Trump, serait au minimum de régler la question de l’influence régionale iranienne et, si possible, d’obtenir un changement de régime, selon une logique comparable à celle longtemps poursuivie à l’égard de Cuba. L’ambition est de laisser une empreinte historique durable, en inscrivant cette politique dans le bilan de l’administration Trump.



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Author : Charles Carrasco

Publish date : 2026-05-28 15:00:00

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