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Pourquoi le PSG est encore loin d’avoir égalé l’influence culturelle d’Arsenal

Pourquoi le PSG est encore loin d’avoir égalé l’influence culturelle d’Arsenal

La finale de la Ligue des champions entre le Paris Saint-Germain et Arsenal promet, selon les connaisseurs, une pure opposition de styles footballistiques. En dehors du terrain, les deux clubs n’ont pas beaucoup plus en commun. C’est même un choc entre deux stratégies de développement bien distinctes. « On est face à deux modèles différents qui disent beaucoup de l’évolution de l’économie du football depuis vingt ans », estime Jean-Baptiste Guégan, enseignant à Sciences Po Paris et auteur de La guerre du sport, une nouvelle géopolitique (Tallandier, 2024).

Le PSG, de Nenê à Neymar

Le destin du club français a basculé en 2011, avec le rachat par le fonds souverain qatarien dont les millions ont depuis permis de collectionner 41 trophées. « Les Qataris voulaient faire du Paris Saint-Germain l’une des plus grandes marques de sport au monde, en s’inspirant d’équipes comme les Los Angeles Lakers ou les New York Yankees », explique Arnaud Hermant, grand reporter à L’Equipe et auteur de 50 ans dans les secrets du PSG (L’Archipel, 2020). Pour y parvenir, le PSG a d’abord misé sur un projet sportif ambitieux, avec une stratégie de recrutement très agressive. En 2010, les « stars » parisiennes s’appelaient Ludovic Giuly, Christophe Jallet et Nenê, recruté en grande pompe pour 5 millions d’euros. Une opération « coûteuse », prenait alors la peine de souligner Le Figaro. Sept ans plus tard, le PSG arrachait Neymar au FC Barcelone pour 222 millions d’euros, et offrait aux spectateurs français l’occasion unique de voir évoluer un trio d’attaque composé de la vedette brésilienne, de l’octuple Ballon d’or Lionel Messi, et du jeune prodige français Kylian Mbappé.

Il n’en fallait peut-être pas moins, tant le club partait de loin. Evoluant dans un championnat souvent jugé plus faible et moins attractif que ses homologues anglais, allemands, italiens ou espagnols, le PSG n’appartenait pas aux meilleures équipes d’Europe. A cette époque, il faisait presque figure de Petit Poucet à côté d’Arsenal qui, malgré des résultats sportifs décevants, jouissait d’une image de respectabilité et d’un statut bien installé. « Il y a toujours eu une forme de complexe pour les clubs français par rapport aux clubs anglais, continue Arnaud Hermant, que ce soit du point de vue des résultats sportifs, des moyens financiers ou de l’image à l’étranger ». Une quinzaine d’années plus tard, c’est peu dire que le rapport de force s’est inversé. « Le PSG a éliminé dans les dernières années quasiment tous les clubs anglais qui se sont présentés face à lui en Ligue des champions », souligne le journaliste.

Sur et en dehors du terrain, le PSG s’est progressivement imposé comme l’une des plus grandes marques du football mondial. Considéré par beaucoup comme la meilleure équipe d’Europe – les sites de pari sportif le donnent favori contre Arsenal -, jouant un football salué pour sa fluidité et son côté divertissant, le club a su consolider sa puissance économique et commerciale en l’attachant à l’image de la Ville lumière et de son luxe. « Le PSG se veut un club lifestyle« , nous dit Arnaud Hermant : « Grâce à leur collaboration avec Jordan, des stars de NBA ont porté des maillots du Paris Saint-Germain, ce qui a contribué à faire connaître la marque auprès d’autres publics ». La stratégie est gagnante : sur la saison 2024-2025, le PSG est le quatrième club à avoir généré le plus d’argent (837 millions d’euros de revenus) derrière le Real Madrid, le FC Barcelone et le Bayern Munich. Portées par le sacre en Ligue des champions la saison dernière, les ventes de maillots ont explosé, avec plus d’un million d’exemplaires écoulés, comme le rapporte L’Equipe.

« North London for ever »

A première vue, Arsenal semble pâtir de la comparaison. Contraints économiquement par la construction d’un nouveau stade en 2006, ses dirigeants ont dû limiter les dépenses du club sur le marché des transferts, au moment même où leurs concurrents cassaient la tirelire. En 2012, alors que le Paris Saint-Germain recrutait Zlatan Ibrahimovic et Marco Verratti, Arsenal voyait son attaquant star, Robin van Persie, prendre la direction du grand rival Manchester United. Conséquence : le club n’a pas remporté de trophée majeur pendant vingt-deux ans.

Une longue traversée du désert qui a pris fin le 19 mai dernier : 8 059 jours après les « Invincibles » de Thierry Henry, le club a retrouvé les sommets du championnat anglais, considéré comme étant le plus compétitif du monde. Des pavés d’Islington, quartier londonien où se dresse l’Emirates Stadium, aux artères de Nairobi, capitale du Kenya, des vagues de maillots rouge et blanc ont déferlé dans les rues, aux chants de « North London Forever », l’hymne du club. Ces scènes de liesse populaire, aux quatre coins du monde et partagées sur les réseaux sociaux, témoignent de l’assise culturelle des « Gunners ». Cet engouement a même étonné l’éditorialiste star du Financial Times Janan Ganesh, grand fan d’Arsenal : comment expliquer un tel rayonnement « malgré une période décevante sur la pelouse » ?

Peut-être parce qu’à l’heure où le football moderne est souvent accusé d’être « sali » ou « perverti » par des sommes d’argent jugées indécentes, les supporters d’Arsenal tirent beaucoup de fierté de ne pas appartenir au groupe des « clubs-Etats » comme le PSG (Qatar) ou Manchester City (Emirats arabes unis). Un « village gaulois » certes détenu par un milliardaire américain, Stan Kroenke, et ayant généré 821,7 millions d’euros de revenus sur la saison 2024-2025 – seules six équipes font mieux -, mais qui continue malgré tout de bénéficier d’une image de club ayant gardé sa boussole morale dans un football moderne qui en manquerait cruellement. Une manière, aussi, de trouver une explication flatteuse aux vingt-deux années de contre-performance sportive. Car cette adversité, souligne à juste titre Janan Ganesh, a paradoxalement renforcé et consolidé les liens entre les supporters et leurs clubs. Les fans parisiens ayant vécu la « remontada » le savent mieux que quiconque.

Arsenal profite aussi d’une longue histoire – sa fondation remonte à 1886 – et d’un ancrage social dans une ville et un pays où le football est une affaire sérieuse. Dans son éditorial, Janan Ganesh souligne à raison l’immense diversité des supporters d’Arsenal. Le club attire les élites mondiales, comme l’actrice Anne Hathaway, le Premier ministre Keir Starmer, la chanteuse Dua Lipa et le maire de New York Zohran Mamdani. Selon les rumeurs, c’était même l’équipe de cœur de la reine Elizabeth II et… du terroriste Oussama ben Laden.

Mais Arsenal a aussi une assise forte au sein des classes populaires et des minorités. Dans Black Arsenal (Weindenfeld & Nicolson, 2025), le chercheur Clive Chijioke Nwonka a étudié la manière dont le club aurait joué un rôle dans l’expression d’une culture noire britannique intégrée. « Pour beaucoup de gens de la communauté noire, mais pas seulement, le club est bien plus que l’expérience sportive qu’on a quand on se rend au stade. C’est un point de référence culturelle qui se joue autant dans les rues, les écoles, les salons de coiffure, les églises et tous les lieux où le soutien au club se transmet comme un héritage familial ou communautaire », nous explique ce professeur au University College of London. Dans Carton jaune (1992), un récit très largement autobiographique, le romancier britannique Nick Hornby raconte comment sa passion dévorante pour Arsenal lui a été transmise par son père, et témoigne de la manière dont les résultats de l’équipe conditionnent son humeur.

À des milliers de kilomètres du nord de Londres, en Afrique, l’amour pour le club n’en est pas moins puissant. Car si Arsenal n’est pas la seule équipe anglaise à avoir eu dans son effectif des joueurs noirs, c’est l’un des seuls à avoir compté autant de « figures pionnières », comme Paul Davis : « certains joueurs d’origine ou d’identité africaine ont joué un rôle très important, comme Nwankwo Kanu, qui a beaucoup compté pour la diaspora nigériane. Sous Arsène Wenger [NDLR : entraîneur entre 1996 et 2018], ces joueurs ont joué un rôle très important et ont clairement contribué à installer Arsenal en Afrique », assure Clive Chijioke Nwonka.

En nombre d’abonnés sur les réseaux sociaux, le PSG (200 millions) domine Arsenal (114 millions). Mais la base de fans loyaux et engagés du club londonien est certainement plus étendue. Car l’impressionnante croissance du Paris Saint-Germain ces dernières années ne dit pas grand-chose du niveau d’engagement réel des nouveaux arrivants. Lorsque la signature de Lionel Messi a été annoncée, en août 2021, le compte Instagram du PSG est passé de 37,6 millions à 47,4 millions d’abonnés en un peu moins de deux semaines. Mais quand, après deux années de bons et loyaux services, l’attaquant argentin a plié bagage, de nombreux fans ont copié leur idole : en moins de 48 heures, près de 1,5 million de personnes se seraient désabonnées du compte Instagram. Ce phénomène de « bandwagon fans », ou « supporters opportunistes », est bien connu des sciences sociales. Une étude publiée en 2021 sur les communautés de fans en ligne de NBA a ainsi montré que les équipes les mieux classées et les plus performantes ont plus de chance d’attirer des « supporters opportunistes », sans garantie de loyauté profonde où d’engagement dans la vie communautaire et culturelle du club. Au contraire, la file d’attente pour décrocher un précieux abonnement annuel permettant d’assister à tous les matchs à domicile d’Arsenal, ne s’est jamais désemplie. Selon The Guardian, il y aurait plus de 100 000 personnes qui patienteraient encore dans l’espoir d’obtenir ce Graal, ce qui équivaudrait à une quinzaine, voire une vingtaine d’années de patience.

A Paris, ces fans inconditionnels existent aussi. Dans les rues de la capitale, on les reconnaît à leurs maillots vintage des années préqataries, floqués au nom de joueurs aujourd’hui oubliés du grand public. Mais cette base de supporters loyaux et actifs n’est probablement pas aussi étendue que du côté du nord de Londres, où des générations se transmettent le virus Arsenal depuis près de 150 ans. A contrario, le PSG est un jeune club [NDLR : fondé en 1970], encore plus si l’on parle de l’ère Qatari. Comme le dit un proverbe célèbre, Rome ne s’est pas faite en un jour.



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Author : Baptiste Gauthey

Publish date : 2026-05-29 15:00:00

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