L’Express

Crise migratoire : le deux poids, deux mesures du RN envers ses voisins européens

Au Rassemblement national, on a la réaction à géométrie variable en matière migratoire. Il y a quelques jours, la crise qui secouait l’enclave espagnole de Ceuta en Afrique du Nord, avec un afflux de plusieurs dizaines de milliers de migrants en quelques heures, a poussé les dirigeants frontistes à sortir de leur réserve estivale pour pointer du doigt le dirigeant socialiste Pedro Sanchez. Sur son compte X (ex-Twitter), Marine Le Pen a critiqué le gouvernement espagnol qui « encouragerait » ces entrées illégales tout en ajoutant : « La France doit sans délai renforcer les contrôles à ses frontières. Et en 2028, nous stopperons cette folie en réservant la libre circulation Schengen aux nationaux de l’UE ».

Jordan Bardella, quant à lui, adressait un courrier à la présidente du Parlement européen Roberta Metsola, pour demander la tenue d’une session plénière extraordinaire pour évoquer la question des frontières. « Nos nations et nos peuples n’ont pas à subir les conséquences de la complicité passive du gouvernement socialiste espagnol face à ce qui relève d’une véritable invasion migratoire coordonnée du territoire européen », a-t-il déclaré sur X, sans préciser que l’enclave espagnole ne fait pas partie de l’espace Schengen.

« Qui peut croire qu’aucune de ces personnes qui ont violé une frontière ne se retrouvera pas en France ? », réagissait, mardi 4 août, au micro de France inter, la députée RN de Gironde Edwige Diaz. Au RN, l’épisode permet surtout de dénoncer la politique espagnole d’ouverture en matière migratoire, en affirmant que la situation se répercuterait inévitablement sur le territoire français.

Silence pour Nigel Farage

Les déclarations de Nigel Farage, elles, n’ont pas suscité les mêmes réactions. Dans un plan présenté lundi, le dirigeant du parti britannique Reform UK annonçait sa volonté de « lancer la plus grande opération militaire dans la Manche depuis la Seconde Guerre mondiale », en déployant notamment la Royal Navy pour empêcher l’arrivée de bateaux de migrants et les reconduire vers les côtes françaises. Réagissant auprès de l’AFP, le ministère de l’Intérieur a assuré qu’il s’agirait d’une « violation de la souveraineté française autant qu’une violation du droit de la mer et du droit international. » Silence, toutefois, du côté du Rassemblement national, dont aucun dirigeant ni cadre n’a commenté le plan de Nigel Farage, qui aurait pour conséquence de voir affluer des dizaines de migrants à la frontière française.

Interrogé par Politico, un proche de Marine Le Pen indiquait, sans grande virulence, qu’une telle décision impliquerait la signature d’un accord bilatéral avec la France. Mais ni Marine Le Pen ni Jordan Bardella n’ont jugé utile de réagir aux propos du leader britannique. Pour cause, en décembre dernier, Jordan Bardella dînait avec celui qui avait toujours refusé de rencontrer Marine Le Pen, et le qualifiait de « futur Premier ministre ». Il est d’ailleurs attendu, le 4 septembre prochain, à l’événement de rentrée du parti Reform UK à Birmingham, où il devrait prendre la parole aux côtés de celui dont il partage la vision politique en matière migratoire. Mais une vision commune peut parfois entraîner des intérêts contraires. Et dans ces cas-là, le silence est d’or pour le RN.



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Author : Marylou Magal

Publish date : 2026-08-05 14:00:00

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