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Présidentielle 2027 : cachez cette Europe que l’on ne saurait voir

Présidentielle 2027 : cachez cette Europe que l’on ne saurait voir

« Oui, le président français est l’ami du chancelier allemand » ; « Les relations franco-allemandes constituent le fondement de l’Europe » ; « Nous voulons tout changer sans rien détruire » : c’est beau comme de l’antique. Classique comme du catéchisme de parti de gouvernement. C’est du Jordan Bardella. Dans une interview au Frankfurter Allgemeine Zeitung, le président du RN montre patte blanche européenne, même s’il réclame la démission d’Ursula Von der Leyen de la tête de la Commission – taper sur l’Allemande relève toutefois plus du sport national que du clivage politique.

Un entretien de deux pages dans Le Parisien pour exposer ses quatre chantiers prioritaires (école, salaires, frontières et IA), un 20 Heures de TF1 : Gabriel Attal lance sa candidature à l’Elysée et ne souffle mot de l’Europe. Bien sûr, le secrétaire général de Renaissance, qui tient son premier meeting samedi, se revendiquera pro-Européen dans sa campagne et fera de ce sujet l’une de ses différences avec Bruno Retailleau. Dans son livre En homme libre, il écrit : « J’assume d’avoir l’Europe comme cadre de pensée, quand bien même il n’est pas populaire de le dire aujourd’hui. »

Il n’empêche : la bataille de 2027 se lance à fronts renversés. Les plus critiques changent de pied, ou de sujet – jusqu’à Eric Zemmour, qui déclare dans le JD News que l’UE « n’est plus le problème central » : « Tout simplement parce qu’elle évolue à une vitesse spectaculaire sous la pression des réalités, de nouvelles majorités qui s’échafaudent au Parlement européen et de nombreux pays qui font basculer les décisions de l’Union. » Et les plus militants d’hier sont les plus contrariés d’aujourd’hui, donc les plus sévères.

C’est l’histoire d’un « amour déçu », selon la formule de Bruno Le Maire, qui incarne mieux que beaucoup d’autres cette désillusion, lui dont les convictions européennes ont longtemps été un étendard, en même temps qu’une ligne sur son CV (secrétaire d’Etat à l’Europe dans un gouvernement Fillon). Une histoire qui pose une question : comment convaincre quand on est à ce point critique, comment aimer quand on est à ce point désenchanté ? La lucidité est peut-être « la blessure la plus rapprochée du soleil », l’heure est à la tempête et non au ciel bleu, même orné d’étoiles jaunes.

10 décembre 2016, Emmanuel Macron est Porte de Versailles pour présenter son projet. A la fin de son discours, il ironise : sur l’Europe, il n’aura pas trop de concurrence : « Face aux risques de la mondialisation, seule l’Europe peut nous protéger. Nous devons à nouveau oser rêver à l’Europe, c’est notre chance. » De fait, il fera de cette conviction un fil rouge de ses deux quinquennats, qu’il conclura avec un 14 juillet dont la coloration européenne est déjà actée par l’Elysée. « L’euro enthousiasme d’hier est désormais une euronécessité, remarque un proche du président. Y a-t-il d’autre choix que de penser cela quand on est dans le camp des modérés ? Mais il n’y a pas de techniciens de l’Europe parmi ces candidats, c’est le petit défaut de tous : Gabriel Attal, Edouard Philippe, Bruno Retailleau. Quand on ne connaît pas, c’est assez difficile… »

Par les temps qui courent – à cause du Mercosur par exemple -, la seconde difficulté consiste à ne pas avoir l’Europe honteuse. « Tous les candidats pro-européens vont porter comme un boulet le fait qu’ils sont soupçonnés de vouloir perpétuer le système, d’incarner une élite distante qui a échoué et sert des intérêts qui ne sont pas nationaux », confie Raphaël Glucksmann.

Lui comme Gabriel Attal proposera l’élection du président de la Commission européenne au suffrage universel. Edouard Philippe, dont les amis rappellent qu’il a rejoint Emmanuel Macron en 2017 notamment au nom de l’Europe, devra se positionner sur la dispute qui enflamme la droite : norme européenne contre norme nationale, qui gagne ? On a connu sujet plus susceptible de faire rêver les foules.

A moins que la crise soit moins technique qu’essentielle, moins politique qu’existentielle. Bruno Le Maire, revenons-y. Dans Le temps d’une décision, constatant une sorte d’éclipse sans équivalent depuis les débuts de l’aventure, l’ancien ministre de l’Economie éreinte l’Union européenne actuelle et appelle donc à changer de « matrice », pour conclure par la nécessité d’organiser un référendum : « Il faut décider, ou disparaître. » L’Europe n’échappera peut-être pas au rendez-vous des urnes.



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Author : Eric Mandonnet

Publish date : 2026-05-29 14:00:00

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