L’Express

Le fort Sainte-Agathe, la sentinelle de Porquerolles

Le fort Sainte-Agathe, la sentinelle de Porquerolles


C’est un veilleur de pierre posé au-dessus du village à 60 mètres d’altitude. Le fort Sainte-Agathe domine Porquerolles comme un rappel constant de son passé stratégique – et, aujourd’hui, de ses nouveaux défis. Quand il est construit au XVIe siècle sous l’impulsion de François Ier, l’édifice répond à une urgence : protéger les côtes des attaques venues de la mer. Son architecture, compacte et austère, en dit long sur sa fonction première avec ses murs épais, sa silhouette ramassée, sa terrasse tournée vers l’horizon offrant une vue à 360°. Ici, tout est conçu pour voir sans être vu, résister plutôt que séduire. Même si derrière cette rigueur militaire se cache le plus beau panorama de l’île.

Ces dernières années, le regard porté depuis le fort a changé. L’ennemi n’est plus au large, il est diffus, invisible, et bien réel – le surtourisme. Comme l’ensemble du Parc national de Port-Cros, qui gère le bâtiment, Porquerolles doit composer avec une fréquentation estivale en forte hausse. Erosion des sols, pression sur les ressources, fragilisation des écosystèmes : les enjeux écologiques sont désormais au cœur des préoccupations. Le patrimoine, lui aussi, est mis à l’épreuve, sommé de s’ouvrir sans se dégrader. Dans ce contexte, le fort Sainte-Agathe devient un symbole d’équilibre à trouver entre préservation et attractivité.

Julian Charrière, « Les Géologies du rêve », 2024.

C’est aussi un lieu qui s’ouvre à ces problématiques à travers l’art contemporain dans le sillage de la Villa Carmignac. Cet été, il accueille une installation de Julian Charrière, un artiste suisse qui offre, avec Les Géologies du rêve, une lecture sensible des transformations de notre planète. Sous l’austère coupole du fort, un cylindre incandescent flotte au-dessus d’un massif d’onyx dont il semble avoir été arraché. Installé sur une plateforme enveloppée de brume, l’élément pivote lentement, laissant filtrer à travers ses ouvertures verticales des faisceaux lumineux qui balaient la pièce. Julian Charrière invite alors les visiteurs à s’étendre autour de la roche, la tête posée sur des coussins taillés dans le charbon, pour s’abandonner, les yeux clos, à une expérience presque méditative. Dans une pénombre traversée de vibrations sourdes, émergent les respirations lointaines de deux volcans : Geldingadalir (Islande) et Erta Ale (Ethiopie).

Entre mémoire guerrière, urgence écologique et création artistique, le fort Sainte-Agathe incarne ainsi une nouvelle manière d’habiter la pierre chargée d’histoire : non plus comme un décor figé, mais comme un espace vivant, traversé par les tensions du présent.



Source link : https://www.lexpress.fr/culture/le-fort-sainte-agathe-la-sentinelle-de-porquerolles-ABWW6RGTMFCNNPLRZRF3VKXBSQ/

Author : Letizia Dannery

Publish date : 2026-06-07 08:18:00

Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

Tags : L’Express
Quitter la version mobile