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Marine Le Pen : la probité à deux vitesses, par Jean-François Copé

Aussitôt condamnée, aussitôt candidate et toujours favorite ! La voilà désormais créditée de 36 % au premier tour et donnée gagnante au second. Depuis des années pourtant, on nous explique que les Français se détournent de la politique parce qu’ils ne supporteraient plus le manque de probité de leurs responsables publics. Les chiffres servent d’ordinaire à nourrir cette démonstration : 78 % des Français ne font pas confiance à la politique et 76 % jugent les élus et dirigeants plutôt corrompus. Autant dire que le terrain sur lequel Marine Le Pen vient d’être condamnée aurait dû être particulièrement dévastateur sur le plan politique. D’ailleurs la cour d’appel souligne « la gravité des détournements de fonds » : 2,8 millions d’euros de préjudice sous l’ »impulsion déterminante » de Marine Le Pen.

Comment interpréter un tel décalage ? La première explication tient à une profonde – mais hélas classique – inégalité du traitement médiatique entre partis de gouvernement et partis populistes. Depuis des années, et il faut s’en féliciter, l’exigence de probité est absolue pour les premiers ; elle devient soudain plus relative pour les seconds.

Des costumes de François Fillon aux photos de langouste de François de Rugy, du plus sévère au plus cocasse, les exemples de condamnation en place publique avant même que toute décision ne soit prononcée par la justice sont innombrables. Un bûcher médiatique d’ailleurs savamment alimenté par les populistes, Marine Le Pen en tête. Dès 2004, elle m’affirmait lors d’un débat qui nous opposait : « Tout le monde a piqué de l’argent dans les caisses sauf le FN ». En 2013, elle jurait : « Quand je réclame éthique et morale, je me l’applique à moi-même », et réclamait « l’inéligibilité à vie » pour les élus condamnés, y compris pour « détournement de fonds publics ». Il fallait oser. Au même moment, le parti qu’elle présidait depuis 2011 était déjà engagé dans les pratiques que deux juridictions viennent de condamner.

Mais lorsqu’il s’agit des partis populistes, le mécanisme s’inverse. Parfois sous la menace de la fachosphère, les commentateurs sont innombrables à s’interroger sur ces juges qui commettraient une atteinte à la démocratie en l’empêchant de se présenter pour une banale condamnation…

Les trois techniques du RN

La deuxième explication tient à la stratégie du Rassemblement national. Elle repose sur trois techniques. D’abord, le RN cesse évidemment d’alimenter le bûcher des leçons de morale lorsque celui-ci menace de le brûler lui-même. Ensuite, il met la justice sous pression : quelques jours avant l’arrêt de la cour d’appel, Marine Le Pen présentait l’hypothèse d’une campagne sous bracelet électronique comme « une autre manière de [l]’empêcher d’être candidate ».

Enfin, il déplace le débat en transformant la condamnation en persécution. Après la première instance, Marine Le Pen dénonçait une « décision politique » qui « viole l’Etat de droit », affirmait que « la Cour suprême, c’est le peuple » et évoquait des pratiques « réservées aux régimes autoritaires ».

Le procédé est clair : ne plus parler des faits, contester la règle, puis faire passer le cours normal de la justice pour une manœuvre politique. Cette séquence aura au moins une utilité : révéler la conception étrange qu’a le RN de l’Etat de droit. Louis Aliot en donne une première illustration : lorsque la première instance menaçait Marine Le Pen, il fallait que l’appel soit jugé vite. Dès lors que l’arrêt d’appel lui permet de se présenter, il explique qu’il n’y a « plus urgence » à ce que la Cour de cassation tranche. Laurent Jacobelli en donne une deuxième, en affirmant que Marine Le Pen serait aujourd’hui « présumée innocente » : un pourvoi en cassation n’efface pourtant pas deux condamnations sur le fond. Mais c’est sans aucun doute Jean-Philippe Tanguy qui a le mieux résumé la définition de la justice selon le RN : « Marine Le Pen est la mieux placée pour savoir si elle est innocente ou coupable. » Tout est dit. A ceux qui se demandaient ce que sont l’arbitraire et la négation de l’Etat de droit, la réponse est là : être à la fois juge et partie.



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Author : Jean-François Copé

Publish date : 2026-07-13 09:45:00

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