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Alireza Akbari, le ministre iranien qui espionnait pour le MI6 

Deux frères discutent dans un jardin de Téhéran, un après-midi d’août 2006. L’aîné, Mehdi, rêve tout haut d’un cabinet de conseil en famille sur le pétrole et le gaz. Alireza décline. Il est « extrêmement occupé », explique-t-il, lui tendant la carte d’une entreprise du secteur de l’énergie basée en Autriche. Cette occupation va bien plus loin que ce qu’imagine son aîné. Son employeur n’est probablement pas autrichien, mais anglais : le MI6.

La scène, racontée par son frère au New York Times, tranche avec l’image que renvoie alors Alireza Akbari. De l’extérieur, il est l’un des cadres les plus dévoués du régime iranien. Pieux, décrit comme fanatique des mollahs par sa propre famille, il est décoré commandant de la Garde révolutionnaire après la guerre d’Irak. Il devient même vice-ministre de la Défense, et conseille jusqu’en 2008 plusieurs responsables, dont Ali Shamkani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale. Proche aussi de Mohsen Fakhrizadeh, le physicien du nucléaire iranien, Akbari a tellement la confiance du régime qu’il a été chargé, en 2004, de faire le tour des ambassades occidentales, chinoises et russes, pour rassurer sur les intentions nucléaires de Téhéran.

Entre Londres et Téhéran, une relation historique

Est-il alors approché par les espions de sa Majesté ? Sa motivation reste inconnue (argent, sécurité familiale, conviction ?), mais son recrutement témoigne de la profondeur des réseaux du MI6 en Iran. « Les Anglais bénéficient de leur relation historique avec l’Iran, comme la France l’a avec la Syrie : une histoire commune, des liens académiques et familiaux, des possibilités de s’établir au Royaume-Uni. Cela donne des avantages relatifs pour approcher quelqu’un comme lui », explique un ex-agent chargé de la contre-prolifération à la DGSE.

Pendant quinze ans, Akbari mène une double vie : côté pile, il offre un visage de zélote fidèle au pouvoir, partisan du nucléaire militaire ; côté face, il est l’un des informateurs les plus précieux des Occidentaux sur le sujet. En 2008, il souffle à Londres l’existence de Fordo, l’usine d’enrichissement nucléaire, pilier stratégique du programme. Mais le jeu est dangereux : la même année, Akbari est arrêté pour soupçons d’espionnage pour le Royaume-Uni et détenu pendant quatre mois.

Ses appuis et son passé lui valent d’être libéré, puis consulté plusieurs années par le régime. Installé à Londres en 2010, naturalisé Britannique deux ans plus tard, Akbari poursuit ses allers-retours à Téhéran… jusqu’à son arrestation en 2019. Les Gardiens de la révolution ont fini par identifier la source de l’information sur Fordo, aidés par le renseignement russe. Cette fois, les puissantes connexions d’Akbari sont inutiles. Il est placé à l’isolement et torturé dans la prison souterraine d’Evin. Son seul contact avec l’extérieur est un ordinateur utilisé pour communiquer de fausses informations au MI6. Sa captivité durera trois ans, jusqu’à son exécution, le 14 janvier 2023.



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Author : Alexandra Saviana

Publish date : 2026-07-28 05:00:00

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