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Quand le siège de la DGSE était un camp d’internement du régime de Vichy


C’est un geste symbolique qui rappelle une histoire méconnue : le 16 juillet dernier, Nicolas Lerner, le directeur général de la sécurité extérieure (DGSE) a dévoilé une plaque au siège des services secrets, boulevard Mortier à Paris, rappelant l’histoire tragique des lieux.

Une plaque commémorative au siège de la DGSE

En effet, de 1940 à 1944, la caserne des Tourelles, dans le 20e arrondissement, a servi de camp d’internement sous l’autorité de l’administration française de Vichy. Gardé par la gendarmerie, c’était le seul camp de ce genre à Paris intra muros.

Le camp des Tourelles

Environ 8 000 hommes et femmes y ont été internés : « indésirables » étrangers ou français, juifs, communistes et politiques, républicains espagnols, récidivistes de droit commun ou pour infractions économiques, réfractaires au STO… Selon la DGSE, « ce camp a joué un rôle clé dans la persécution antisémite dès son ouverture, servant de premier lieu d’internement des Juifs en région parisienne avant la création du camp de Drancy. » Symboliquement, la plaque a été dévoilée le jour de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv en 1942.

Le camp des Tourelles a été un lieu de déportation pour les femmes juives. Ainsi, le 22 juin 1942, 66 femmes juives de moins de 40 ans ont été envoyées directement depuis la gare du Bourget vers Auschwitz – la première déportation de femmes organisée depuis la France.

Plusieurs personnalités ont été détenues aux Tourelles, dont l’ancien ministre EEdgard Pisani l’écrivain Jean Genet, les résistants Jean de Hauteclocque, cousin du maréchal Leclerc, ou encore Hélène Pages Fernandez. Ainsi Dora Brudern jeune adolescente juive, morte à Auschwitz, qui deviendra un personnage de Patrick Modiano.

80e anniversaire

Ouvert dès octobre 1940, le camp ferme le 17 août 1944, quelques jours avant la libération de Paris. Au début de l’année 1946, le SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage), qui deviendra la DGSE en 1982, s’y installe. Cet épisode tombe alors dans l’oubli, avant la publication, en 2019, d’un livre de Louis Poulhès Un camp d’internement en plein Paris : les Tourelles (1940-1945)(Éditions Atlande). Depuis 2012, la DGSE a entrepris un travail mémoriel, pour renouer avec son passé, revendiquant sa filiation avec le BCRA, les services secrets de la France libre.

Cette année 2026 marque donc le 80e anniversaire de l’installation des services secrets boulevard Mortier. Inaugurées en 1881, les Tourelles sont typiques des casernes de la IIIe République, construites au moment de la reconstruction de l’armée après la défaite de 1870. A l’étroit dans ses vieux locaux, la DGSE acquiert, en 1997, la caserne située de l’autre côté du boulevard, lors de la dissolution du 1er régiment du Train. Les deux sites, « Tourelles » et « Mortier » sont reliés par un passage souterrain.

La DGSE devrait quitter le boulevard Mortier en 2031 pour s’installer dans des locaux flambant neufs, au Fort Neuf de Vincennes. Trop complexes à déménager, quelques installations sensibles devraient toutefois rester dans le 20e arrondissement, en attendant leur renouvellement. L’avenir du site, après le transfert à Vincennes, n’a pas encore été tranché. La plaque commémorative devrait toutefois être conservée, en mémoire des 8 000 personnes qui ont été détenues dans ce camp.



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Author : Jean-Dominique Merchet

Publish date : 2026-07-31 11:00:00

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