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Sécheresse en Europe : le mauvais été des centrales nucléaires

Les petits ruisseaux font les grandes rivières, encore faut-il qu’ils ne soient pas à sec : en Hongrie, trois des quatre turbines de la centrale nucléaire de ville de Paks sont à l’arrêt, faute d’une quantité d’eau suffisante pour alimenter les circuits de refroidissement ; en Serbie, deux grandes centrales hydroélectriques ne produisent plus qu’à 20 % et 30 % de leurs capacités. Même semaine, même problème : le Danube manque d’eau alors que les températures dépassent les 40 °C et que les climatiseurs réclament précisément davantage d’électricité.

Face à la crise, les soirées hongroises ont commencé à s’organiser autrement : entre 17 heures et 22 heures, le fret ferroviaire est suspendu, plusieurs monuments restent éteints et entreprises comme ménages sont appelés à réduire leur consommation. Les importations d’électricité, elles, augmentent. « Des jours plus critiques nous attendent », a prévenu le Premier ministre Péter Magyar ce mercredi, alors que le pic de chaleur n’est pas encore passé.

Pour Paul Dorfman, président du Nuclear Consulting Group, interrogé par L’Express, personne ne peut vraiment plaider la surprise : « Ce qui se passe sur le Danube cette semaine est une vulnérabilité parfaitement connue, sans l’ombre d’un doute. Des gens comme moi alertent là-dessus depuis des décennies. » Le spécialiste cite « la Loire, la Meuse, la Garonne, le Rhin, le Danube », tous confrontés selon lui à des niveaux critiques. Le problème n’est donc pas nouveau, mais son ampleur cette année le rend difficile à ignorer.

Le nucléaire à l’épreuve du niveau d’eau

À Paks, inutile de convoquer un débat énergétique : il suffit, pour l’instant, d’une règle graduée. La centrale de la ville, la seule du pays, fournit jusqu’à 40 % de l’électricité de celui-ci. Dans la nuit de lundi à mardi, selon Péter Magyar, quelques millimètres séparaient encore le site de l’arrêt complet avant que le Danube ne remonte de 1,5 centimètre. Trois turbines sont déjà coupées, la dernière fonctionne encore à puissance réduite. Or, rappelle Paul Dorfman, l’un des grands arguments du nucléaire tenait justement à sa disponibilité : « Le nucléaire a toujours été présenté un peu comme quelque chose qui sera toujours disponible, peu importent les circonstances. Eh bien, la réalité aujourd’hui, c’est qu’on voit très clairement qu’à mesure que le climat se dérègle, le nucléaire deviendra de plus en plus intermittent. »

À la centrale de Cernavoda, qui couvre environ un cinquième de la consommation électrique roumaine, un réacteur sur deux est déjà arrêté. Lundi, la marine a dynamité un affleurement rocheux qui freinait le passage de l’eau vers la centrale. Pour Paul Dorfman, l’épisode roumain confirme surtout que les installations ont été conçues pour un autre environnement. « La majorité des capacités nucléaires ont été construites avant que le climat ne devienne un sujet, même si, évidemment, nous connaissions déjà le problème il y a trente ou quarante ans. Il est clair que l’infrastructure nucléaire européenne n’a pas été construite pour les effets du changement climatique. »

L’expert ajoute une autre unité de mesure : le dollar. « La mise à l’arrêt des centrales nucléaires hongroises va coûter jusqu’à 632 millions de dollars », avance-t-il. La crise dépasse les frontières de la région : « 34 % des réacteurs européens sont aujourd’hui à l’arrêt en raison des effets du climat. » Pour savoir où regarder d’abord, Paul Dorfman fait simple : « La Hongrie est un énorme problème, la Roumanie aussi, l’Europe de l’Est tout autant. La France, pas tellement pour le moment, mais regardez les prix de l’électricité et voyons ce qui se passe si la vague de chaleur continue… »

Le double effet de la chaleur

Pour ce qui est du présent : « Les impacts climatiques deviennent plus fréquents et plus destructeurs. Les événements extrêmes deviennent la norme, et les mesures de protection existantes sont aujourd’hui obsolètes. Le nucléaire se retrouve donc directement exposé aux effets du changement climatique. » Toute la difficulté tient dans ce concours de circonstances : les climatiseurs réclament davantage d’électricité au moment même où certains réacteurs peuvent en fournir moins.

Paul Dorfman pousse plus loin la conclusion : « L’argument nucléaire a largement reposé sur l’idée que le nucléaire pouvait aider face au climat. Malheureusement, qu’on soit pour ou contre, c’est beaucoup trop tard, beaucoup trop cher et beaucoup trop risqué pour répondre aux risques climatiques que nous connaissons. » Faudrait-il alors fermer les vieux réacteurs ? Sur ce point, la réponse de l’expert est nettement moins définitive : « Il ne faut pas simplifier à l’excès quelque chose de complexe. Nous savons que nous sommes en difficulté, mais ce qu’il faut retenir, c’est qu’il existe des voies de sortie. »

L’Europe au bout du fil

La plus grande tient aux voisins. « La solidarité entre pays européens et la mutualisation de leur système électrique sont un moyen très important de réduction des aléas de ce type », souligne Yves Marignac, expert en énergie et nucléaire et porte-parole de négaWatt. La France en avait elle-même eu besoin lorsque la corrosion sous contrainte avait immobilisé une quinzaine de réacteurs. En Hongrie, le développement massif du photovoltaïque permet également de produire beaucoup pendant les heures les plus chaudes. « Cet épisode montre peut-être pour la première fois à ce point le rôle que les renouvelables peuvent jouer dans cette solidarité », ajoute-t-il. Bref, lorsque Paks produit moins, Budapest ne se retrouve pas seule avec sa calculatrice.

À défaut de faire remonter le Danube, l’été 2026 aura fait remonter le sujet : « On peut au moins espérer que les gens se soient enfin réveillés sur le fait que nous faisons face à quelque chose de très, très, très difficile et qu’il faut nous organiser », note Paul Dorfman. Jusqu’ici, les vagues de chaleur étaient surtout un problème de consommation ; cet été, elles deviennent aussi un problème de production. Pour l’Europe, c’est une petite différence de vocabulaire et un très gros changement de calcul.



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Publish date : 2026-08-05 10:33:00

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