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Pourquoi l’Arabie saoudite ne paiera jamais pour les parcs d’attractions promis par Emmanuel Macron

Emmanuel Macron, Mohammed ben Salmane, Dragon Ball Z et les montagnes russes : ce n’est ni le titre d’un film d’auteur pop, ni celui d’une œuvre littéraire douteuse, mais bien le résumé, précis, de l' »énorme giga projet économique », martèle-t-on à l’Élysée, qui unit officiellement, depuis le 24 août, la France et l’Arabie saoudite.

Révélées par Politico fin juillet, des négociations conduites depuis le printemps 2025 entre le président français et le prince héritier saoudien ont abouti, à l’occasion de la venue de ce dernier à Paris, à la signature d’un accord entérinant la construction, dans le Val-d’Oise, de trois parcs de loisirs, de milliers de logements destinés à leurs salariés et la création de 22 000 emplois. Le tout, intégralement financé par 6 milliards d’euros d’investissements saoudiens. Qu’il est doux de « célébrer ainsi notre attractivité » (source Elysée), « la centralité de la France dans le domaine du tourisme » (source Elysée), le succès « des efforts déployés par le président depuis neuf ans pour assurer notre rayonnement » (source ? Elysée) ; quel esprit bougon pourrait trouver à redire devant une telle déferlante de bonnes nouvelles ?

Rabelais aux oubliettes

Un premier nuage, pourtant, obscurcit le ciel de Cergy-Pontoise où doivent prendre vie les grands huit à l’effigie de Son Goku. Selon Le Monde, l’Arabie saoudite n’a pas encore obtenu l’autorisation d’utiliser les personnages et la marque Dragon Ball. Une négociation qui, d’après les sources du quotidien, n’a rien d’une simple formalité. Et si la précieuse licence était obtenue ?

Bien sûr, il faut compter avec les nostalgiques rabougris, ceux qui regrettent déjà que ces mastodontes prennent vie en lieu et place de feu Mirapolis, étonnant et génial parc d’attractions dédié à la littérature française, et dont la mascotte, un Gargantua gigantesque, n’aura terrifié et ravi les jeunes visiteurs que durant quatre petites années (de 1987 à 1991), faute de fréquentation. Emmanuel Macron, le président qui avait promis de renouer avec le récit national, de restaurer la fierté de notre histoire et de notre culture, et finit par troquer Rabelais et La Fontaine contre des mangas, sa « passion », contradictoire ? « Il n’y a pas besoin d’opposer la culture française et la culture manga, et je vous renvoie à Villers-Cotterêts pour la littérature française (NDLR : la Cité internationale de la langue française, inaugurée par le chef de l’Etat en 2023) », répond-on audacieusement autour de lui. L’économie l’emporte et quel mal y a-t-il à cela quand le projet, « l’énorme giga projet », promet emplois, tourisme, expansion ?

A cet instant, les sceptiques haussent un sourcil. Pourquoi cette annonce s’accompagne-t-elle d’un tel flou concernant, par exemple, la date d’ouverture ? Et cette somme, gigantesque, de 6 milliards d’euros, qui inquiète autant qu’elle agace dans un moment de tension budgétaire croissante en Arabie saoudite… « Le pays a abandonné plusieurs de ses ambitions liées au divertissement faute de fonds nécessaires pour les concrétiser, ils sont beaucoup plus sérieux dans les armes et l’intelligence artificielle », étaye Bernard Haykel, professeur d’études du Proche-Orient à l’université de Princeton.

Revenus manquants

Parmi les projets avortés ou revus à la baisse : The Line, la ville zéro carbone dont le coût initial était estimé à 500 milliards de dollars, ou encore, le partenariat avec le Metropolitan Opera de New York qui a volé en éclat au printemps dernier « en raison de la situation économique actuelle en Arabie saoudite », selon le communiqué du Met. Autant de preuves de la capacité de l’Arabie saoudite à reculer malgré des engagements même faramineux. Et la santé financière du régime ne va pas en s’améliorant. « Deux types de revenus ne sont pas au rendez-vous : ceux du pétrole, pour commencer – tout le plan Vision 2030 est construit sur un pétrole autour de 100 ou 110 dollars le baril alors qu’il atteint péniblement les 80 dollars, analyse un fin connaisseur du dossier. Deuxièmement, les investissements étrangers qui sont encore loin des prévisions car l’attractivité du pays reste à construire. »

D’autres doutes étreignent les observateurs avisés. « Quand les Saoudiens réalisent de gros investissements, ils le font aux Etats-Unis ou en Chine, mais pas en Europe », pointe Bernard Haykel. Sans compter qu’injecter 6 milliards d’euros en France peut apparaître comme un choix étonnant au moment où le régime renonce à certaines constructions sur son territoire. De quoi faire craindre au président une volte-face de son partenaire saoudien ? Si autour du chef de l’Etat, on balaie cette prédiction de Cassandre, les spécialistes que nous avons interrogés estiment ce scénario hautement probable. Pourquoi dans ces conditions signer cet accord ? Selon Bernard Haykel, l’Arabie saoudite joue là un jeu de « public relationship ». « Les parcs d’attractions sont les témoins du passage à la modernité », décrypte un expert du régime. Un accord en forme d’opération de communication pure et simple donc et qui a également le mérite, côté français, de détourner les regards de la partie militaire, deux semaines après que l’Arabie saoudite a scellé avec la Turquie et le Pakistan un pacte de défense inédit.

Mais qui imagine le président agir, parfois, par malice ?



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Author : Laureline Dupont

Publish date : 2026-08-26 12:20:00

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