L’Europe connaît un réchauffement sans précédent : les températures y augmentent plus de deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Les vagues de chaleur sont plus longues, plus fréquentes et plus meurtrières. Elles menacent aussi la productivité du travail, les chaînes d’approvisionnement, les rendements agricoles ou encore le tourisme, moteur économique de plusieurs pays européens.
Elles mettent également à l’épreuve des bâtiments et des infrastructures largement conçus pour des climats froids. L’isolation, historiquement pensée pour protéger les logements des rigueurs de l’hiver, peut désormais aggraver l’inconfort thermique lors des épisodes de forte chaleur.
Face à cette nouvelle réalité, l’Europe peut tirer des enseignements de pays habitués depuis longtemps aux températures extrêmes. L’Inde en fait partie. Entre mars et juin, les températures dépassent régulièrement 40 °C dans le Nord, le Centre et l’Est du pays. Depuis longtemps, les populations s’y adaptent par l’architecture, les habitudes quotidiennes et de solides mécanismes d’entraide communautaire.
Politiques spécifiques
L’architecture traditionnelle en offre une illustration. Dans des villes comme Jaisalmer ou Jodhpur, le tissu urbain dense et peu élevé, les rues ombragées, les cours intérieures, les vérandas ou encore les murs épais permettent de limiter l’exposition au soleil, de mieux isoler les habitations et de favoriser la ventilation naturelle. Ces dispositifs offrent un meilleur confort thermique sans recourir systématiquement à une climatisation artificielle, coûteuse et énergivore. Au-delà des techniques employées, c’est une conception de l’habitat et de la ville fondée sur la résilience dont la planification urbaine contemporaine peut s’inspirer.
Mais l’expérience indienne ne se résume pas à des savoir-faire architecturaux anciens. Face aux effets croissants du changement climatique et à l’urbanisation rapide du pays, les pouvoirs publics ont progressivement développé des politiques spécifiques de gestion de la chaleur. La National Disaster Management Authority (NDMA) accompagne notamment les autorités des Etats dans l’élaboration de plans d’action régionaux et locaux et dans la prévention des risques.
Plus d’une vingtaine d’Etats, 195 districts et 64 villes ont ainsi élaboré des Heat Action Plans pour faire face aux températures extrêmes. Une attention particulière est portée aux populations les plus vulnérables, notamment aux vendeurs de rue et aux travailleurs de l’économie informelle. Le ministère du Travail recommande également d’adapter les horaires, de prévoir des espaces de repos et de garantir un accès aux soins d’urgence. Face à l’intensification du phénomène, les vagues de chaleur ont été officiellement reconnues comme une catastrophe naturelle par la NDMA.
Prévisions
Cette politique s’appuie aussi sur des capacités de prévision météorologique considérablement améliorées. L’India Meteorological Department fournit désormais des prévisions fiables, précises géographiquement et quasiment en temps réel, particulièrement utiles aux populations rurales et aux agriculteurs. Des alertes émises jusqu’à une semaine à l’avance permettent aux autorités d’anticiper : les écoles peuvent fermer ou modifier leurs horaires, tandis que les collectivités et les associations installent des points d’eau et de petits abris pour les vendeurs de rue, les travailleurs journaliers et les usagers des transports. Des campagnes de sensibilisation sont également menées au plus près des populations.
L’approche indienne est ainsi passée d’une logique essentiellement tournée vers l’urgence à une politique de résilience de long terme, associant les différents échelons de gouvernement et les communautés locales.
Des étés plus longs et plus intenses sont appelés à devenir la nouvelle normalité en Europe. De la même manière que les Européens ont appris à se préparer aux rigueurs de l’hiver, les Indiens ont développé, au fil des générations, une culture de l’adaptation aux chaleurs extrêmes. Face à cette nouvelle réalité climatique, l’Europe n’a pas besoin de réinventer la roue. Elle peut aussi apprendre de l’Inde.
*Siddhartha Ayyagari est urbaniste de formation et travaille sur les politiques publiques et les réformes de la gouvernance.
Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/canicules-ce-que-leurope-peut-apprendre-de-linde-pour-vivre-avec-la-chaleur-KJS7MWBZLJAG7HXLINOWHRZGVM/
Author :
Publish date : 2026-09-07 12:58:00
Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.