Qui faut-il croire ? Manon Aubry, qui s’inquiète du nouveau statut du Canada, « membre associé » de l’UE ? Ou Jean-Luc Mélenchon, qui s’en réjouit ? A 13h30, ce jeudi 17 septembre, juste après le discours du Premier ministre canadien Mark Carney au Parlement européen, la première écrit sur son compte X : « Bientôt un CETA XXL qui va toujours plus détruire notre agriculture ? Je sonne l’alerte : au Parlement européen, le 1er ministre canadien et von der Leyen envisagent de lever encore plus de nos protections commerciales. Coopérer, oui. Mettre en concurrence les agriculteurs, non. » A 15h57, le second rétorque : « Le discours du Premier ministre canadien devant le Parlement européen est un événement dans le contexte de l’émergence d’un nouvel ordre international insoumis aux Etats-Unis. Un troisième ensemble est le point de départ possible d’un non-alignement efficace et influent. Le Canada, dont nos cousins québécois, nous tend la main. Il faut s’en saisir. » Peu après, Younous Omarjee, vice-président du Parlement européen et eurodéputé The Left – il siège dans le même groupe que Manon Aubry – abonde : « Nous sommes en solidarité avec le Canada et œuvrerons pour le renforcement d’une coopération stratégique avec ce grand pays transatlantique et de l’arctique. » LFI rime parfois avec cacophonie.
Dans les couloirs de l’institution européenne, à Strasbourg, on raille une « belle gaffe » de l’insoumise, qui préside le groupe The Left, et l’on rappelle sa violente charge, la veille, contre Ursula von der Leyen. « La vérité, c’est que vous êtes en train de faire disparaître l’Europe de l’Histoire », tançait-elle, accusant la présidente de la Commission européenne de n’avoir « aucun mandat » pour proposer au Canada de devenir le premier « membre associé » de l’UE ? L’élue a trop d’expérience pour ignorer le fonctionnement de nos institutions : la Commission propose, le Parlement et les Etats membres disposent. L’insoumise, fidèle à la doctrine de « non-alignement » de LFI, pensait-elle bien faire en se dissociant nettement de cette initiative ? Ou n’était-elle pas au courant du message transmis par Jean-Luc Mélenchon à l’ambassadrice du Canada lors de leur rendez-vous, la semaine dernière ? Il lui exprimait notamment son soutien « face aux menaces de Trump contre le Québec ». « A force de s’opposer à tout, tout le temps, on finit par ne plus voir très clair », raille-t-on chez les socialistes. Le premier d’entre eux, Olivier Faure, appuie d’ailleurs là où ça fait mal, s’adressant ainsi sur X aux Canadiens : « Bienvenue chez vous. »
L’entourage de Manon Aubry jure que nous avons mal compris. Qu’elle et le candidat à la présidentielle française « ne parlent pas de la même chose » et qu’ils soutiennent un rapprochement entre l’Europe et le Canada mais « pas aux conditions de la Commission ». Reste que la dissonance des voix et le timing – Jean-Luc Mélenchon semble reprendre Manon Aubry – posent, pour LFI, un enjeu de lisibilité de leur programme. Quand Jean-Luc Mélenchon se réjouit du rapprochement avec le Canada, se souvient-il qu’il déclarait ceci en juin, à l’institut La Boétie, qu’il copréside : « Il ne peut pas être question de se maintenir dans des alliances militaires du passé, comme l’Otan. » Le Canada, membre fondateur de l’organisation, appréciera. En matière de politique étrangère, faut-il prendre pour argent comptant ce que dit Manon Aubry au Parlement européen ou se fier à la position exprimée par Manuel Bompard à la réunion organisée à l’Elysée ce vendredi en « format Saint-Denis » ? En juin, Mélenchon disait également ceci : « Le non-alignement sera structurel à notre diplomatie. » Il arrive aussi que les insoumis soient « non-alignés » entre eux.
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Author : Sébastien Schneegans
Publish date : 2026-09-18 14:00:00
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