L’Express

« Les entreprises de taille intermédiaire sont en première ligne » : l’avertissement de Christopher Dembik face à la crise de la dette

« Avant même de parler de l’OAT, il faut avoir à l’esprit une autre hausse : celle des taux directeurs de la Banque centrale européenne (BCE) qui pénalise les entreprises, à travers l’Euribor. Ce taux de court terme est attendu pour le printemps prochain en augmentation de près de 100 points de base par rapport au niveau actuel, tout simplement parce que le marché anticipe que la BCE va durcir durablement sa politique monétaire. A l’échelle européenne, les petites et moyennes entreprises sont directement concernées, car elles sont tributaires de crédits de trésorerie. En France, les deux tiers sont à taux variables, et fluctuent donc avec l’Euribor.

Les entreprises tricolores doivent en outre composer avec l’envolée de l’OAT, qui sert de référence aux taux longs. A cette base, s’ajoute un écart de crédit – le spread – appliqué selon la prime de risque exigée par les investisseurs. On parle ici de groupes de plus grande taille, ceux qui dépendent de financement de long terme sur les marchés obligataires. Certains géants comme LVMH, Axa ou L’Oréal émettent des obligations à des taux inférieurs à celui de l’Etat français, mais ce sont des exceptions. Pour les autres, en l’occurrence souvent des entreprises de taille intermédiaire (ETI), le coût d’emprunt va s’alourdir avec la hausse du taux souverain français. Aujourd’hui, pour les mieux notées d’entre elles, l’écart de taux est assez faible. Elles peuvent ainsi se financer autour de 6 à 7 % sur dix ans. Mais les tensions actuelles sur l’OAT ne vont pas tarder à se propager au marché du crédit et se matérialiser par un élargissement du spread : les entreprises verront leur rendement obligataire monter encore plus vite que celui de l’Etat. Celles qui sont mal notées par les agences – et il y en a beaucoup – devront se refinancer à 10 %, ce qui est loin d’être indolore. Aujourd’hui, le marché du crédit tient le choc, la prime est limitée. Mais si le taux auquel emprunte la France se tend pour atteindre 6 %, scénario probable d’ici le début de l’année prochaine, on change de paradigme.

Sans compter qu’une hausse du spread traduit un accès de défiance, avec d’autres conséquences. Il affecte les conditions de crédit de l’ensemble des entreprises, y compris celles qui sont solides financièrement. Mais il pèse également sur l’euro, qui a d’ailleurs touché 1,12 dollar le 5 octobre, son plus bas depuis 17 mois. Un tel affaiblissement de la monnaie unique pénalise les importateurs. Ce paramètre « taux de change » vient aussi accentuer les effets de la crise énergétique. En résumé, le portrait-robot de l’entreprise la plus vulnérable est une ETI – qui a recours à la fois aux prêts variables pour le court terme et aux marchés obligataires pour le long terme – dépendante des importations et opérant dans des secteurs très consommateurs d’énergie.

Pour les très petites entreprises, qui s’appuient sur le crédit bancaire, les répercussions seront moins immédiates. Il faut plutôt s’attendre à davantage de restrictions sur l’accès au crédit qu’à un enchérissement du taux d’emprunt. Les banques, dont les cours de Bourse ont chuté ces derniers jours avec la montée rapide de l’OAT, vont être amenées à réduire leur exposition pour consolider au maximum leur bilan. Cette prudence accrue va se répercuter dans l’investissement des entreprises, déjà au ralenti et bien inférieur à la moyenne de la zone euro, depuis la dissolution de juin 2024 et les élections législatives qui ont suivi. L’attentisme des chefs d’entreprise s’est déjà traduit dans la hausse du taux de chômage, et pèse sur la croissance. Il n’y a aucun intérêt pour eux à investir dans ce contexte. »

*Christopher Dembik est conseiller en stratégie d’investissement chez Pictet Asset Management



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Author : Christopher Dembik

Publish date : 2026-10-07 05:40:00

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