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De l’élevage au produit fini : comment décarboner les chaînes de production

Portées aux nues ces dernières années, les politiques des entreprises sur la responsabilité sociétale des entreprises ont connu un vaste coup de frein. La faute à un contexte politique, économique et géopolitique international toujours plus tendu. Qu’il paraît lointain le temps ou les grands patrons rivalisaient de promesses pour lutter contre le changement climatique, que les Comex se dotaient de « responsables RSE », que les cabinets de conseils spécialisés en la matière pullulaient et que les grandes nations rivalisaient de textes réglementaires ambitieux.

Pour autant, coup de frein ne veut pas dire coup d’arrêt et les graines plantées ont germé : rares sont les entreprises qui ont définitivement arrêté leurs programmes de durabilité. Disons que les discours sur la RSE – aux tonalités souvent morales voire trop prescriptives -, se veulent aujourd’hui plus discrets. Côté actions, après la phase des mesures et des bilans (carbone), vient celle de la mise en place des bonnes pratiques (voir ci-dessous), selon les secteurs d’activité comme l’automobile ou l’habillage. Autant d’initiatives qui montrent que la transformation, inéluctable est bien en marche. Cet été, tout particulièrement, les preuves tangibles du réchauffement climatiques (incendies, canicules) ont montré qu’il n’existe pas d’autre option pour les acteurs de l’économie que celle de l’adaptation.

Après le « Nutri-Score », place à l’affichage du « coût environnemental » ! Ce nouvel indicateur, conçu par l’Ademe et le ministère de la Transition écologique, devrait progressivement apparaître sur les étiquettes courant 2027 afin d’éclairer les consommateurs sur les impacts environnementaux globaux des denrées alimentaires. Sa spécificité ? Il comptabilise l’intégralité du cycle de vie du produit, des ingrédients à la distribution en passant par la transformation et les emballages. De la ferme à l’assiette. Une méthode similaire à celle utilisée depuis 2023 par Positive Solutions. À une nuance près : la société montpelliéraine ne se contente pas d’aider les entreprises à mesurer l’impact carbone de leur production. Elle met à leur disposition une plate-forme, appelée Food Pilot, véritable outil de pilotage pour améliorer la performance environnementale. Autrement dit, elle permet d’identifier les activités qui ont l’impact le plus élevé, en collectant une multitude de données réelles, fournisseurs inclus (consommation énergétique, pratiques agricoles, conditionnement, distribution, etc.). Puis de suivre la mise en place de plans d’actions dans le temps. Un exemple ? Une tranche de jambon est la résultante de 180 pratiques professionnelles successives (alimentation, transport, emballage…). Mais une douzaine seulement concentre 90 % des effets environnementaux. « En supprimant ainsi le soja brésilien – principal responsable de la déforestation – de l’alimentation des porcs et en couvrant leur fosse à lisier, on divise déjà de moitié les émissions de gaz à effet de serre de la filière », assure Didier Livio, le président de Positive Solutions. Le diable se niche dans les détails.

Doublement de l’activité

Pour le cofondateur de la start-up, la transition écologique passe en effet par des transformations infimes. Changer une matière première, revoir un mode de cuisson… Encore faut-il arriver à déceler ces pratiques problématiques au sein de chaînes de production souvent longues et complexes. Une finesse d’intervention rendue possible avec Food Pilot qui élabore des modèles détaillés du cycle de vie de chaque production (blé dur, blé tendre, poulet, soie, coton…).

Un travail d’orfèvre qui justifie son développement actuel par une équipe de scientifiques qui représentent le tiers des 27 salariés de la jeune entreprise. En un an, le chiffre d’affaires a plus que doublé (de 800 000 euros à 1,7 million d’euros). Et devrait atteindre 3,5 M€ en 2027, avec la signature de nombreux clients comme Lustucru, Aoste, les pommes Pink Lady ou la coopérative du sud-ouest Maïsadour (200 sites à travers le monde).

L’exemple payant de la viticulture

Double lauréat du programme d’investissement France 2030, Positive Solutions a même développé une plate-forme spécifique pour la viticulture, Wine Pilot, utilisée notamment par le bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne. L’objectif de ces quelques 3 500 domaines viticoles : réduire de 60 % leurs émissions carbone entre 2025 et 2035. Ainsi, ils ont notamment décelé que la réduction du poids des bouteilles contribuerait à un tiers de l’effort à mener. « Nous nous concentrons, pour l’heure, sur les secteurs qui ont la terre pour origine, source du gros des impacts : l’agriculture, l’agroalimentaire, l’hôtellerie-restauration, les vins et spiritueux ainsi que la beauté et le textile », détaille Didier Livio. Une sorte de retour aux sources pour ce sexagénaire qui fut le premier à mesurer le bilan carbone de restaurants McDonald’s en France en 1981. En 2015, ce pionnier de la RSE a vendu son cabinet d’ingénierie au géant mondial du conseil Deloitte pour y bâtir son département développement durable. Avant, de lancer l’aventure Positive Solutions avec trois associés. Et d’envisager un déploiement en Europe à partir de l’année prochaine.



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Author : Kévin Deniau

Publish date : 2026-10-31 09:00:00

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