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Prompts, modèles, tâches… Ethan Mollick, le prof d’IA dont on rêvait tous

Prompts, modèles, tâches… Ethan Mollick, le prof d’IA dont on rêvait tous

Trois nuits blanches. C’est le temps qu’il faut pour apprivoiser l’intelligence artificielle, promet Ethan Mollick. 49 ans, regard enjoué, style discret, ce professeur de management de la prestigieuse Wharton School (Philadelphie) est le prof d’IA dont on rêvait tous. Depuis plus de deux ans, il raconte sur X et son blog One Useful Thing avec clarté et humour les expériences qu’il mène avec ChatGPT et ses héritiers. Un travail qui l’a propulsé dans le classement des 100 personnalités les plus influentes de l’IA du vénérable Time. Son livre Co-Intelligence. Vivre et travailler avec l’IA, qui paraît en France le 13 mars chez First Editions, est déjà un best-seller aux Etats-Unis.

« L’intelligence artificielle générative est l’exact opposé de ce que les livres et les films de SF avaient décrit, confie-t-il avec amusement. On pensait que les IA seraient précises, froides, douées en mathématiques. Finalement, elles sont créatives, imprévisibles et bavardes. Elles peuvent chanter vos louanges ou s’énerver contre vous sans que vous ne sachiez pourquoi. » Il suffit de dire à une IA qu’elle se trompe pour mesurer l’irrationalité de l’animal. Elle est capable de changer d’avis en s’excusant platement, même si vous lui dites une bêtise. Ou de camper, au contraire, avec véhémence sur sa position quand elle se trompe.

Rien d’étonnant à ce que tant de personnes hésitent à approcher cette étrange créature. La clé pour la dompter ? « Tester l’IA sur un domaine que l’on maîtrise bien, conseille Ethan Mollick. Cela permet de comprendre très vite ce qu’elle sait bien faire et ce sur quoi elle échoue. » Vous êtes électricien, avocat ou chercheur ? Posez-lui des questions pièges. Demandez-lui des brouillons de rapport, de devis, d’e-mail. L’exercice créé un sentiment de vertige, suivi en général d’un grand soulagement. Vertige à la vue des tâches que l’IA exécute avec brio. Apaisement lorsqu’on la voit tomber dans des pièges enfantins ou répondre des banalités.

Dompter l’IA générative

Pour bien utiliser l’IA générative, plaisante Ethan Mollick, « il faut commettre un terrible péché : lui parler comme si elle était consciente ». Cet expert dont Reid Hoffman, cofondateur de LinkedIn et d’Inflexion AI, chante les louanges sait pertinemment que consciente, l’IA générative ne l’est pas. Ces outils ne sont, in fine, que des systèmes de calculs probabilistes formidablement sophistiqués. Après avoir ingurgité quantité de nos productions (textes, images…), ils identifient des récurrences, des schémas. C’est pour cette raison que l’IA semble si bien comprendre nos questions. Et lorsqu’elle affirme être « amoureuse » de nous ou « vouloir rayer les humains de la carte », cela ne montre qu’une chose : nos textes, qu’elle a étudiés, contenaient des interactions similaires.

Il est cependant utile de « faire semblant », explique Ethan Mollick. Les IA génératives ayant été entraînées sur des productions humaines, c’est en effet en leur parlant de manière naturelle qu’on les amène à faire les corrélations les plus pertinentes. « Leur attribuer un avatar clairement défini donne de très bons résultats, explique-t-il. Demander à une IA de se mettre dans la peau d’un professeur répondant à des étudiants en MBA ne produira, par exemple, pas du tout les mêmes résultats que si on lui demande d’incarner un clown de cirque. »

Faut-il parler poliment à son IA ? C’est préférable, confirme l’enseignant mais « sans circonlocutions. Si vous pensez que la demande que vous faites à l’IA – ce qu’on appelle un « prompt«  – serait jugée nébuleuse par un humain, il est probable que l’IA la comprenne également mal. » Les internautes gagneront aussi à expliquer aux IA, étape par étape, ce qu’ils veulent les voir faire. Et pour les tâches importantes ou récurrentes, à étoffer leur prompt en donnant des exemples mais aussi des contre-exemples.

L’auteur exhorte les novices à essayer, dès le début, les IA les plus puissantes du marché. « Un monde sépare les dernières versions de celles de l’an passé. Ceux qui testent des modèles bas de gamme passeront complètement à côté de ce que l’IA sait réellement faire aujourd’hui. » Des préceptes qui aident ses étudiants à imaginer d’ingénieux usages de l’IA, tels que la création de « persona de clients », ces représentations fictives que les services marketing de beaucoup d’entreprises utilisent pour guider le développement de leurs produits.

Déléguer les tâches inutiles

Où l’IA s’avère-t-elle le plus utile ? Mollick en a désormais une idée assez nette. Et encourage à l’employer dans les domaines où l’on peut contrôler l’exactitude de la réponse de l’IA promptement. Les IA se trompant régulièrement, cette étape est en effet clé. ChatGPT et ses congénères excellent également dans les taches créatives. On peut ainsi leur demander 30 idées de slogans marketing. Et répéter la manœuvre jusqu’à ce qu’une proposition tape dans le mille ou fasse germer une bonne idée. « Ces nouvelles IA savent aussi très bien décliner des contenus dans différents formats : une entreprise qui met en place une nouvelle politique interne pourra, ainsi, produire rapidement des douzaines de documents de formation adaptés à différents publics, avec des exemples, des styles d’écriture et des degrés de complexité adaptés à chacun d’eux. »

Ethan Mollick encourage également les internautes à déléguer, au moins en partie, à l’IA toutes ces tâches inutiles qui polluent leurs agendas, comme ces pompeux rapports que personne ne lit. « L’IA peut aussi donner un deuxième avis utile. Vous lui donnez accès aux données de votre problème et vous voyez si elle arrive à la même conclusion que vous. »

S’il étudie de près l’impact de cette technologie sur l’économie, ce professeur est surtout aux premières loges de la révolution éducative qu’elle enclenche. « C’est l’apocalypse des devoirs à la maison, observe-t-il, sourire en coin. Nous y sommes : l’intelligence artificielle a atteint un niveau qui lui permet de réaliser à la place de l’élève la plupart des exercices. » En 2023, déjà, 82 % des étudiants américains de premier cycle avaient utilisé cette technologie pour des tâches scolaires. Un bouleversement trop souvent interprété de travers, déplore Mollick

« Beaucoup de professeurs pensent, à tort, qu’on peut régler ce problème avec des détecteurs de contenus artificiels. Ces outils ne marchent pas bien. Ce sont les modes d’apprentissage et d’évaluation qu’il faut entièrement repenser. » Les étudiants, de leur côté, n’ont pas toujours le sentiment ni l’intention de tricher, observe l’expert. Mais ils ne réalisent pas que l’IA entretient chez eux un sentiment de compétence illusoire. « Ils obtiennent des conseils, des réponses qui les aident à faire leurs devoirs, ce qui leur donnent le sentiment de maîtriser la discipline, mais en supprimant l’effort mental, ils passent à côté de l’objectif réel de l’éducation, et n’impriment pas de manière pérenne, les connaissances qu’ils souhaitent pourtant ardemment acquérir. » La clé, selon lui, est de ne pas utiliser l’IA pour « remplacer » la réflexion, mais la stimuler. « En demandant à l’IA d’agir comme un tuteur, un coach qui guide vos pas, plutôt que comme une machine à fournir des réponses ‘prêtes à l’emploi’. »

Ethan Mollick a d’ailleurs mis à disposition des enseignants du monde entier une panoplie de prompts IA à vocation pédagogique. On y trouve, en vrac, un simulateur qui nous apprend à négocier, des mentors qui piquent notre réflexion, une IA « critique » qui évalue la qualité d’un travail ou encore une IA « élève » à qui un étudiant peut s’entraîner à apprendre ce qu’il pense avoir retenu. De quoi inspirer les élèves les plus léthargiques. Parole d’honneur, Ethan Mollick ne laisse pas l’IA noter leurs copies.

Co-Intelligence. Vivre et travailler avec l’IA. Ethan Mollick, chez First Editions. Parution le 13 mars.



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Author : Anne Cagan

Publish date : 2025-02-25 18:00:00

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