L’Express

Guerre en Ukraine : ce que contient la contre-proposition des Européens au plan américain

Guerre en Ukraine : ce que contient la contre-proposition des Européens au plan américain

L’offensive européenne se dessine. Selon l’agence Reuters, Londres, Paris et Berlin ont rédigé une contre-proposition au plan de paix américain pour l’Ukraine, dévoilée dimanche 23 novembre. La première ébauche de Washington – rédigée sans les alliés européens – avait été rejetée en l’état par Kiev et jugée par nombre d’observateurs bien trop favorable à Moscou. La nouvelle mouture européenne publiée en intégralité sur le site de l’agence, ne rompt pas avec l’approche américaine, puisqu’elle en reprend la structure point par point. Mais le texte apporte quelques modifications.

Alors que les Etats-Unis et l’Ukraine ont affirmé dans la nuit de dimanche à lundi qu’un « futur accord » de paix « devra pleinement respecter la souveraineté » ukrainienne – après des pourparlers qualifiés de « constructifs » à Genève – la copie révisée du camp européen s’aligne sur ce principe en le réaffirmant explicitement : « La souveraineté de l’Ukraine doit être réaffirmée », déclare ainsi le premier point.

Vient ensuite une autre proposition : la conclusion d' »un accord de non-agression complet » entre la Russie, l’Ukraine et l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan) destiné à lever les zones grises des trente dernières années. Une formulation proche de celle du plan américain, mais avec un glissement notable : là où Washington mentionnait « l’Europe », les Européens inscrivent clairement « Otan ».

Autre point très important : la troisième proposition du plan américain – qui suggérait que la Russie n’envahisse pas ses voisins et que l’Otan ne s’étende pas davantage – disparaît du texte européen. Dans cette version, l’intégration de l’Ukraine à l’Alliance n’est plus exclue, mais explicitement conditionnée au consensus des alliés : « L’adhésion de l’Ukraine à l’Otan dépend du consensus des membres de l’Alliance, qui n’existe pas », rappelle le document. Celui-ci demande un dialogue direct Russie-Otan, immédiatement après la signature d’un accord de paix, pour ouvrir un cycle de « désescalade » et de clarification stratégique.

Un important volet économique

Par ailleurs, les garanties de sécurité à offrir à Kiev sont renforcées par le projet européen : limitation des effectifs militaires ukrainiens à 800 000 hommes en temps de paix (au lieu de 600 000 dans le plan américain), absence de troupes de l’Otan en Ukraine mais stationnement d’avions de chasse de l’Alliance en Pologne, comme le prévoyait le plan de Washington.

L’Europe introduit aussi un important volet économique. Comme le prévoyait déjà le plan américain, Kiev sera éligible à l’adhésion à l’UE, avec un accès préférentiel au marché européen dès la phase d’évaluation. Bruxelles confirme aussi un paquet mondial de mesures pour reconstruire l’Ukraine, incluant la création d’un fonds de développement pour l’Ukraine, la réhabilitation des zones touchées par la guerre ou encore la reprise de l’extraction de minéraux et de ressources naturelles. Ce qu’elle ajoute à ce vaste plan de reconstruction ? Un partenariat entre les Etats-Unis et l’Ukraine « pour restaurer, développer, moderniser et exploiter les infrastructures gazières ukrainiennes (pipelines et installations de stockage) ».

Un allègement des sanctions russes « par phases »

Concernant la Russie, les Européens se montrent moins conciliants que leurs alliés américains. Alors que ces derniers prévoient une réintégration de la Russie dans l’économie mondiale, Bruxelles rajoute une temporalité : « l »allègement des sanctions discuté et convenu par phases et au cas par cas. » Les deux versions s’accordent cependant sur un retour de la Russie au sein du G8.

Cependant, sur les questions territoriales, les Européens rompent avec la ligne maximaliste de Kiev. L’Ukraine s’engagerait ainsi à ne pas récupérer militairement les territoires occupés. De futures négociations commenceraient à partir de la « ligne de contact actuelle », avec une interdiction de modifier ultérieurement tout accord par la force. Le plan modifié par les Européens comprend une task force conjointe de sécurité – incluant Etats-Unis, Ukraine, Russie et Européens – qui garantirait la mise en œuvre de l’accord.

Une amnistie totale qui disparaît

Et sur l’après ? Dans le projet européen, la question de l’amnistie totale pour toutes les parties impliquées dans ce conflit disparaît. A la place, une vision assez large : « Des mesures seront prises pour répondre aux souffrances des victimes du conflit. »

Reste que tout ne fait pas consensus au sein du camp européen. La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a défendu dimanche l’idée que le plan américain « contient déjà de nombreux points acceptables » et qu’il n’était « pas nécessaire de présenter une contre-proposition complète ». Selon elle, la discussion porte davantage sur certains nœuds — territoires, reconstruction, armée ukrainienne — que sur le cadre général proposé par Washington. Reste à savoir si les différentes parties trouveront un terrain d’entente.



Source link : https://www.lexpress.fr/monde/europe/guerre-en-ukraine-ce-que-contient-la-contre-proposition-des-europeens-au-plan-americain-75TZPYQAINGJJMMQ7D5Q2QCGDA/

Author : Audrey Parmentier

Publish date : 2025-11-24 09:14:00

Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

Tags : L’Express