L’Express

Réforme électorale : Giorgia Meloni redessine les règles à son avantage

Réforme électorale : Giorgia Meloni redessine les règles à son avantage

La Première ministre d’extrême droite italienne Giorgia Meloni prévoit de réformer le système électoral afin de renforcer les chances de réélection de sa coalition de droite aux prochaines élections prévues en 2027, selon le Financial Times. Son parti, Frères d’Italie, souhaite supprimer le scrutin majoritaire uninominal à un tour, qui représente environ un tiers des sièges, et passer à un système proportionnel modifié. Cela diminuerait les chances qu’une alliance de gauche n’obtienne plus de sièges.

La volonté de la cheffe du gouvernement est défendue d’une seule voix par son parti. Selon le sénateur Lucio Malan, whip (député chargé de coordonner et d’unifier les votes des parlementaires de son parti) des Frères d’Italie, « nous pensons que ce serait dans l’intérêt de tous d’avoir une loi qui assure la stabilité… Avec le système actuel, le grand risque est d’avoir un parlement bloqué, sans majorité — ou des coalitions artificielles », a-t-il affirmé au quotidien américain.

L’unification de la gauche change la donne

Le système électoral mixte actuel nommé le « Rosatellum » adopté en 2017, attribue 37 % des sièges de la chambre haute et basse au scrutin majoritaire uninominal (le candidat le plus voté gagne) et 63 % au scrutin proportionnel (les sièges sont répartis entre les partis selon le nombre de votes, avec un seuil minimum pour entrer au parlement). Le système encourage les coalitions avant l’élection, et avait d’ailleurs largement profité à la coalition à trois partis de Giorgia Meloni en 2022, qui avait alors remporté une large majorité des sièges par scrutin majoritaires, ses candidats ayant facilement battu les rivaux issus d’une opposition divisée.

Mais avec le Parti démocrate de centre-gauche et le Mouvement Cinq Étoiles envisageant une alliance pour le prochain scrutin, Giorgia Meloni et ses alliés craignent de ne pas obtenir une majorité solide, surtout au Sénat. Auprès du FT, Lorenzo Pregliasco, fondateur du cabinet de sondages YouTrend et analyste politique, souligne qu’en « 2022, le centre-droit était uni et le centre-gauche ne l’était pas… Le centre-gauche essaie de s’unir — cela change la dynamique ».

Les détails du nouveau système ne sont pas encore révélés. Mais il serait basé sur la représentation proportionnelle avec un « bonus de majorité » accordé au parti ou à l’alliance gagnante si elle atteint un seuil de 40 à 45 % des suffrages exprimés, selon les informations du journal économique. Le député Malan insiste sur le fait que toute réforme servirait l’intérêt de l’Italie, pas seulement la coalition au pouvoir. Mais pour la dirigeante de l’opposition, Elly Schlein du Parti démocrate, cette initiative reflète la « peur de perdre » de Giorgia Meloni face à la nouvelle « coalition progressiste », et dénonce un timing trop proche des élections pour être bien réfléchi.

Une nouvelle reforme difficile à justifier

Les électeurs italiens semblent se montrer peu enthousiastes face à une nouvelle modification des règles. Un récent sondage YouTrend indique que seulement 28 % des personnes interrogées soutiennent un changement de la loi électorale, contre 53 % d’opposants, rapporte le FT. Son fondateur Lorenzo Pregliasco avertit : « tous ceux qui sont au gouvernement sont essentiellement prêts à changer le système pour se faciliter la vie — c’est l’histoire de nombreuses réformes électorales… le parti de Meloni va dans cette direction ».

En Italie, les lois électorales peuvent être modifiées par une simple majorité au parlement. S’il aboutit, ce changement serait d’ailleurs le cinquième du système électoral depuis les années 1990, une période durant laquelle les gouvernements italiens ont régulièrement ajusté les règles pour favoriser leurs propres partis.

Mais Giorgia Meloni, au pouvoir depuis plus de trois ans, pourrait avoir du mal à justifier ces changements comme nécessaires à la stabilité politique, alors qu’elle se vante de diriger un des gouvernements les plus stables de l’après-guerre. Matteo Renzi, ancien Premier ministre et auteur de l’Italicum, soulignait récemment la contradiction auprès de la presse locale : « Le Rosatellum a garanti l’un des gouvernements les plus durables de l’histoire de l’Italie », tranche le prédécesseur de l’actuelle cheffe du gouvernement. « Il y a une contradiction entre ce qu’ils disent sur le fait que Giorgia est compétente, ayant créé un gouvernement stable, et la loi électorale, qui ne donne pas de stabilité. C’est l’un ou l’autre. »



Source link : https://www.lexpress.fr/monde/europe/reforme-electorale-giorgia-meloni-redessine-les-regles-a-son-avantage-QOVQBPZB35E23F75OSV42SAAVQ/

Author :

Publish date : 2026-01-07 17:32:00

Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

Tags : L’Express