L’opération américaine au Venezuela n’a pas fini de bouleverser l’ordre mondial, géopolitique et commercial. Après avoir enlevé et emprisonné le dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro le 3 janvier dernier, Donald Trump a répété ces derniers jours sa volonté de vouloir s’emparer du pétrole du pays, qui détient les plus importantes réserves stratégiques du monde (18 %).
Vendredi, le locataire de la Maison-Blanche promettait ainsi sur son réseau Truth social l’investissement de 100 milliards de dollars de la part des grandes compagnies pétrolière, qu’il s’apprêtait à rencontrer quelques heures plus tard dans le bureau Ovale. De quoi bouleverser le marché mondial du pétrole, au premier rang desquels l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), dont le Venezuela est l’un des membres fondateurs.
Déséquilibre de l’offre et baisse des prix
Selon les plus récentes analyses de l’Opep, Caracas disposerait des plus grandes réserves mondiales de pétrole brut, avec près de 300 milliards de barils, devant l’Arabie saoudite (267 milliards de barils) et l’Iran (208 milliards de barils pour l’Iran). Toutefois, faute d’investissements massifs et dans un contexte de crise économique, la production de l’or noir par le pays reste jusqu’à présent relativement faible. A peine un million de barils par jour, quand 105 millions sont quotidiennement produits par le reste des pays exportateurs. Ce qui explique la relative stabilité du marché depuis l’attaque du 3 janvier.
Mais vu le potentiel du pays en matière de ressources pétrolières, Donald Trump a annoncé dès la capture de Nicolas Maduro que les entreprises pétrolières américaines allaient « dépenser des milliards de dollars, réparer les infrastructures gravement endommagées et commencer à générer des revenus pour le pays ».
Derrière cette OPA, Donald Trump voudrait mettre en marche son plan, de longue date, pour établir un prix du baril fixé autour de 50 dollars (alors qu’il oscille actuellement autour des 60 dollars), raconte le journal économique The Wall Street Journal, auprès de qui plusieurs sources proches du dossier ont rapporté « l’initiative radicale » du président pour réhabiliter et commercialiser le brut vénézuélien. Or, si le projet de Donald Trump devait aller au bout, les États-Unis et leur force de frappe industrielle se retrouveraient bel et bien aux manettes de la production de la manne pétrolière la plus importante de la planète. Selon plusieurs analystes, interrogés par le Wall Street Journal, la relance de l’industrie vénézuélienne et l’augmentation de la production de barils, même modeste, pourraient bien déséquilibrer l’offre, déjà excédentaire depuis plusieurs années. Et de fait, faire baisser les prix et la rentabilité pour les pays membres de l’Opep.
Des entreprises moins enthousiastes
Déjà mardi, le président américain avait annoncé un accord avec Caracas visant à raffiner et à vendre près de 50 millions de barils de pétrole vénézuélien jusqu’à présent bloqués en raison du blocus américain. D’après certains observateurs cités dans la presse américaine, dont The New York Times et le Wall Street Journal, l’accord entre Caracas et Washington pourrait conduire à la production de 2 millions de barils supplémentaires par jour.
Quant à l’engagement des grandes holdings américaines au Venezuela pour moderniser et relancer les forages de l’or noir sur place, il semble que la retenue soit de mise. Après la rencontre vendredi des dirigeants des grandes compagnies pétrolières occidentales avec le président américain, ce dernier a une nouvelle fois répété qu’il souhaite que les majors du secteur investissent au moins 100 milliards de dollars « pour reconstruire les infrastructures nécessaires ». Et de prévenir : « nous allons décider quelles compagnies pétrolières seront autorisées à intervenir, lesquelles nous laisserons entrer ».
Mais face à la détermination du président américain, plusieurs géants du secteur, dont certains ont déjà été établis au Venezuela avant d’être chassés par le régime de Nicolas Maduro, demanderaient des garanties à Washington. C’est ce qu’a laissé entendre le PDG d’ExxonMobil, Darren Woods. « Nos actifs ont été saisis à deux reprises dans ce pays, vous pouvez donc imaginer que pour y revenir une troisième fois, des changements assez importants seraient nécessaires », a-t-il suggéré lors d’une conférence de presse faisant suite à la rencontre, estimant qu’il était « impossible d’y investir » en l’état. De quoi laisser le marché souffler encore quelques mois.
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Publish date : 2026-01-11 15:42:00
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