L’Arctique est devenu le théâtre d’une nouvelle guerre froide qui devient chaque jour plus brûlante, et pas seulement sur le plan climatique. Polar War: Submarines, Spies, and the Struggle for Power in a Melting Arctic, le nouvel ouvrage du reporter de guerre américain Kenneth R. Rosen, paru aux États-Unis ce 6 janvier (Simon & Schuster, non traduit), en témoigne. Fruit de centaines d’interviews et de trois années de reportages aux quatre coins du Grand Nord, cette enquête, très fouillée, montre avec brio comment le changement climatique, les ambitions militaires et les opportunités économiques transforment l’Arctique en l’épicentre d’une nouvelle guerre froide. « Et ce n’est que le début », explique dans un entretien à L’Express ce journaliste maintes fois récompensé pour ses reportages en Ukraine, en Syrie ou encore en Irak.
Alors que l’ombre de Donald Trump plane de plus en plus sur le Groenland, que la Chine gagne en influence dans la région et que les Russes ont déjà une longueur d’avance sur leurs rivaux, Kenneth R. Rosen se montre particulièrement inquiet du retard américain dans cette partie du monde. Ce qu’il décrit n’est pas rassurant…
L’Express : « Pour ceux d’entre nous qui observons l’Arctique depuis environ cinq ans, la possibilité d’un conflit dans la région semble aujourd’hui inévitable », écrivez-vous. Quelle forme pourrait prendre un tel conflit ?
Kenneth R. Rosen : J’évoque dans le livre ce concept d’escalade horizontale, l’idée qu’un événement survenant dans l’Arctique pourrait déclencher une guerre ou un conflit ailleurs. Et c’est ce sur quoi beaucoup de gens se concentraient à l’époque où j’ai écrit le livre. Aujourd’hui, dans la réalité qui est la nôtre, il semble que le président Trump menace d’une véritable invasion, d’un conflit réel – peut-être même d’une guerre, si on l’entend au sens large – au Groenland, même si un conflit se déroulant directement dans l’Arctique, à proprement parler, reste peu probable.
Les Etats-Unis ont perdu la compétence arctique qu’ils avaient pendant la guerre froide
Cela n’a toutefois pas empêché les pays scandinaves – la Finlande, la Suède, la Norvège -, surtout depuis l’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’Otan, de se préparer à une telle éventualité. Et encore une fois, la définition de la guerre évolue chaque jour. Imaginer qu’une simple escarmouche à la frontière entre la Finlande et la Russie puisse dégénérer n’est pas seulement possible, c’est hautement probable.
Vous n’êtes pas tendre avec les Etats-Unis, votre propre pays, dont vous déplorez le « manque de préparation et d’investissement » dans la région. Vous expliquez par exemple comment, lors d’un exercice récent, l’armée américaine « a mis trop de temps à récupérer un engin ennemi à cause de son inexpérience dans les jours sombres et les vents glacés du Grand Nord ». Des lacunes opérationnelles qui contrastent fortement avec la rhétorique de domination affichée par Donald Trump dans le dossier du Groenland…
Oui, et l’une des principales raisons de cette critique, c’était que je voudrais voir mon pays faire mieux. Je souhaiterais le voir se développer et prospérer dans une région où il a pris du retard. Le but de ma démarche n’est pas de dénigrer les forces qui y opèrent ou qui s’y entraînent. Mais lorsque j’ai été intégré aux forces armées suédoises, aux unités norvégiennes ou aux gardes-frontières finlandais, j’ai réalisé que les Etats-Unis avaient perdu la compétence arctique qu’ils avaient pendant la guerre froide. Ce n’est pas uniquement la faute des Américains. C’est d’abord le fruit d’une réalité géopolitique : depuis environ trente ans, la région a été dédiée à la coopération, à la recherche scientifique, aux missions de recherche et de sauvetage. Mais petit à petit, au fil du temps, l’Arctique est devenu une sorte d’échiquier où les nations ont commencé à rivaliser pour les ressources, ou à envisager d’y déployer davantage d’actifs militaires. La Russie a rouvert plus d’une douzaine d’installations datant de la guerre froide. Sa flotte de brise-glace compte plus de 50 navires. Il y a donc eu une certaine provocation et des réponses à ces provocations. Quelqu’un ouvre une base quelque part, alors le reste du monde se dit : eh bien, il faut qu’on en ouvre une pour contrebalancer cela. C’est une sorte de jeu de réaction.
L’Amérique a pris du retard parce qu’elle n’avait pas anticipé cela. Alors que les pays scandinaves et les nations nordiques ont compris que cette région représente une part importante de leur territoire, contrairement à l’Alaska, qui ne représente qu’une petite partie du nôtre. C’est une région très importante pour notre nation, et il faut l’aborder de manière plus stratégique. C’est aussi pour cela qu’on a vu les États-Unis développer lentement leurs capacités là-bas. Le président Trump semble désormais se concentrer sur l’Arctique. Cependant, je ne suis pas encore convaincu que ce soit de la manière la plus constructive.
Vous qualifiez son approche du Groenland et de l’Arctique de « naïveté dangereuse ». Pourquoi ?
Parce que s’emparer du Groenland est le moindre de nos problèmes dans l’Arctique. Le Groenland est stratégique, mais les États-Unis disposent déjà de tout ce dont ils ont besoin sur place, notamment la base spatiale de Pituffik, la base américaine la plus septentrionale. Il y a peu d’autres choses que nous pourrions tirer du Groenland dans les dix, voire vingt prochaines années. En Arctique, Donald Trump se concentre sur tout sauf sur les bons enjeux, car ce qu’il veut en réalité du Groenland, ce sont ses minéraux critiques.
Or, dans le même temps, il y a plein d’opportunités en Alaska pour renforcer nos défenses. J’étais justement dans une petite communauté de la péninsule de Seward en septembre. J’ai échangé avec des responsables à Washington qui étaient frustrés que l’administration Trump diminue ou annule les projets d’énergie renouvelable, alors qu’en Alaska, ces projets fonctionnent réellement. Il y a beaucoup de vent, beaucoup de potentiel hydroélectrique, des opportunités géothermiques mais ce sur quoi cette administration se concentre, c’est l’exploitation minière.
A la place, on regarde vers le Groenland, qui ne représente aucune menace pour les Etats-Unis. Nous sommes déjà alliés au Danemark, et donc indirectement au Groenland par le biais du Danemark. Comme je l’explique dans le livre, on sait que les forces navales danoises sont actuellement incapables de défendre le Groenland. Dès lors, pourquoi ne pas en tirer un bénéfice domestique en disant : « On va vous vendre l’équipement, et on va vous aider à construire les infrastructures pour protéger le Groenland, car c’est dans notre intérêt », plutôt que de dire : « Achetons l’île ». Est-ce que nos entreprises de défense et notre industrie militaire ne préféreraient pas construire des navires, des fusées, des systèmes de défense aérienne pour le Groenland, pour le Danemark, plutôt que d’envoyer des troupes sur place ? Pourquoi ne pas chercher à coopérer au lieu d’être dans l’affrontement ? Il existe une opportunité pour les États-Unis de nouer un partenariat avec le Groenland afin de renforcer la sécurité de l’île tout en en tirant des bénéfices sur le plan intérieur, sans avoir à l’envahir. L’administration Trump était d’ailleurs déjà en train de le faire ! Le mois dernier, le Département d’État américain a autorisé le Danemark à acheter trois avions de patrouille maritime P-8A Poseidon du groupe Boeing, pour un montant total de 1,8 milliard de dollars, afin de renforcer sa défense maritime.
Si le Groenland passait sous pavillon américain, qu’est-ce que cela impliquerait, concrètement, pour les Etats-Unis et l’Arctique ?
Je ne vois pas les États-Unis faire un meilleur travail que le Danemark du jour au lendemain. Le Danemark verse au Groenland plus d’un demi-milliard de dollars américains par an. Cela représente 10 000 dollars américains par habitant pour les quelque 56 000 habitants du Groenland, afin de soutenir le pays. Si nous devions prendre le contrôle de l’île demain – et que le Danemark était d’accord, hypothétiquement – nous assumerions immédiatement un fardeau financier d’un demi-milliard de dollars. Notre dette nationale est déjà colossale, et avec le second mandat du président Trump, sa première année a déjà ajouté 2 000 milliards de dollars de dette supplémentaire. Ce serait un poids énorme pour les contribuables américains, à un moment où ces derniers sont déjà très préoccupés par de nombreuses questions domestiques. Je serais donc surpris qu’ils accueillent cela favorablement. Je ne sais pas vraiment ce qui changerait concrètement pour les Groenlandais. Ce serait plus ou moins la même chose, à moins qu’ils perdent cette subvention annuelle de plus d’un demi-milliard de dollars.
Vous affirmez que l’Arctique américain n’a jamais été aussi vulnérable.
C’est plus large que ça. Cette vulnérabilité touche l’Arctique nord-américain dans son ensemble. Il faut inclure le Canada, puisque nos défenses reposent en grande partie sur lui, étant donné qu’il couvre nos frontières nord. Mais tout cet anneau de systèmes d’alerte précoce que nous avons installé pendant la guerre froide – la ligne DEW, que je mentionne aussi dans le livre – est totalement obsolète technologiquement. Au cours des deux dernières années, les États-Unis ont lancé un projet de plusieurs milliards de dollars pour repenser et recalibrer nos défenses nucléaires. Trump a parlé d’un dôme d’or (NDLR : il a promis que son système de défense futuriste Golden Dome serait « pleinement opérationnel » d’ici la fin de son mandat présidentiel), mais au moment où nous parlons, les Etats-Unis ne sont pas prêts à intercepter ou à nous protéger contre les nouvelles technologies qui émergent ailleurs dans le monde, comme les missiles hypersoniques développés par la Russie, la Corée du Nord, ou encore ceux que l’Iran cherche à développer. Nous avons laissé la région dans une telle inertie que la technologie n’a pas suivie.
Mettre la main sur le Groenland, c’est donner carte blanche à Poutine
Un ancien commandant canadien me disait que certaines pièces des ordinateurs et des systèmes d’alerte précoce ne sont même plus fabriquées, donc si elles tombent en panne, on ne peut même plus les réparer. C’est dire à quel point ces équipements sont anciens – ils datent des années 1950-1960. D’un côté, je ne sais pas s’il faut vraiment faire étalage de tout ça, car je n’ai pas envie d’être vulnérable en tant que citoyen américain. Mais je crois qu’il faut en parler dans le sens où nous devons réévaluer l’état actuel des menaces à l’échelle nationale et mondiale, et nous demander si nous sommes prêts à y faire face. Concernant le rôle du Groenland dans tout cela, la base de Pituffik est très bien placée pour défendre la côte est américaine, et peut-être aussi les régions nord du Canada et des États-Unis. Mais je ne comprends pas pourquoi il y a des avions de chasse de cinquième génération en Alaska, et qu’il n’y en a pas au Groenland. Nous devrions avoir les bonnes capacités aux bons endroits, mais cela n’a pas été réparti de manière adéquate.
Selon vous, la Russie mène la course dans l’Arctique. « Elle dispose de plus de bases militaires, d’une plus grande expérience des opérations par temps froid, et d’une flotte de brise-glace bien supérieure à celle de toutes les autres nations réunies. » Dans ce contexte, les ambitions de Donald Trump au Groenland représentent-elles une menace pour Vladimir Poutine ?
Il y a, je crois, deux façons d’interpréter comment Poutine pourrait percevoir la rhétorique de Trump sur le Groenland. D’un côté, Si nous avions plus de littoral arctique, cela pourrait être perçu comme une menace par la Russie. Nous aurions plus d’influence dans l’Arctique, plus de territoire arctique. D’un autre côté, Si j’étais Poutine, je serais très satisfait de voir Trump agir de la même manière que moi : envahir des pays, chercher à conclure des accords pour envahir une nation souveraine, et dire – en quelque sorte – qu’il établit un précédent dangereux : « Ce que j’ai fait doit être acceptable si toi aussi tu le fais. »
Par conséquent, je pense qu’il y a deux façons de voir les choses : d’un côté, cela pourrait servir les objectifs de Poutine, mais d’un autre côté, cela pourrait aussi leur nuire. Apparemment, il ne respecte aucun traité, et si Trump décidait de déployer des troupes au sol ou de procéder à une prise de contrôle hostile du Groenland, il annulerait le traité des Antilles danoises que nous – que les Américains – avons avec signé avec le Danemark en 1916. Il ferait donc exactement la même chose, établissant un nouveau précédent dangereux, ce qui, en quelque sorte, donnerait à Poutine une carte blanche pour faire tout ce qu’il veut, sans qu’on puisse lui dire qu’il n’en a pas le droit, puisque les Américains l’ont fait eux-mêmes.
Quelles sont, selon vous, les véritables intentions de Vladimir Poutine dans l’Arctique ?
Son souhait, c’est que la Russie soit la puissance dominante du moment, justement en ouvrant la route maritime du Nord et en rendant le commerce dépendant de son territoire. Ouvrir la Route maritime du Nord, qui longe la côte nord de la Russie, dans l’océan Arctique, en passant par la mer de Laptev permettrait de réduire les trajets commerciaux des navires en provenance d’Asie de l’Est vers l’Europe – qui passent actuellement par le canal de Suez – de 10 à 12 jours, ce qui représenterait des économies de plusieurs milliards de dollars. Il a le sentiment qu’il y a là une opportunité de croissance économique pour son pays, mais il veut aussi être perçu comme un acteur mondial. Depuis la dissolution de l’Union soviétique, la Russie a perdu sa place sur la scène internationale, et maintenant, elle cherche à la reconquérir.
Vous décrivez comment la Russie procède à l’acheminement de migrants aux frontières finlandaises et norvégiennes pour déstabiliser ses voisins, tandis que, dans la mer Baltique, les tensions de ces pays avec Moscou sont devenues la norme. Cette pression russe pourrait-elle encore s’intensifier dans les mois à venir ?
Cela va s’intensifier de différentes manières. Plus on voit des troupes américaines et de l’Otan s’entraîner en Scandinavie, plus on observe des perturbations, notamment avec des brouilleurs GPS. En Norvège et en Suède, on a fait dérailler des trains sur une ligne ferroviaire spécifique qui relierait le port de Narvik à la Finlande – une infrastructure majeure, un axe stratégique important pour les forces arrivant en Scandinavie depuis les États-Unis. Il y a donc une campagne de déstabilisation en cours, et je pense que l’objectif de la Russie est aussi de tester les vulnérabilités dans l’ensemble de l’Arctique, afin d’identifier les zones où elle pourrait gagner du terrain. Mais, encore une fois, pour revenir à ce que nous disions plus tôt, il semble que Poutine apprécie beaucoup toute cette rhétorique de Trump, parce qu’elle détourne l’attention de la Russie pour la focaliser sur Trump et le Groenland.
À propos de la montée en puissance de la Chine dans l’Arctique, vous rappelez qu’en à peine deux décennies, Pékin a « lancé des satellites militaires dédiés uniquement à l’Arctique et déployé des sous-marins et des véhicules sous-marins autonomes dans les régions polaires ». Sans parler de ses ambitions économiques au Groenland. Dans ce contexte, entre la Russie et la Chine, qui représente aujourd’hui la plus grande menace pour la stabilité de l’Arctique et les intérêts des pays occidentaux dans la région ?
Dans l’Arctique en particulier, je continuerais à dire que la principale menace, c’est la Russie, mais à Washington, la Chine est considérée comme une menace « en progression » à l’échelle mondiale. Donc, partout où elle opère, elle est perçue comme une menace. Et lorsque les Américains observent la présence de la Chine dans l’Arctique, ils y associent également ce que la Chine fait en mer de Chine méridionale, ce qu’elle fait avec Taïwan, ou encore l’envoi de ballons météo, scientifiques ou de surveillance en Alaska, perçus comme des menaces, mais inscrites dans une menace plus large à l’échelle mondiale.
Les forces navales danoises sont incapables de défendre le Groenland
Je ne pense pas que Washington craigne la Russie de la même manière. Elle est plus contenue en Europe de l’Est et dans certaines parties de l’Arctique. Donc, la plus grande menace dépend de la personne à qui vous posez la question. Si vous me demandez, en tant qu’Américain, je dirai que la Chine est la plus grande menace dans l’Arctique. Si vous demandez aux Scandinaves, ils vous répondront la Russie.
Vous êtes allé à la rencontre des Groenlandais. « Pour l’instant, ceux que je rencontre à travers le pays expriment autant d’espoir que de frustration, notamment face à l’incapacité du Danemark à défendre le Groenland », rapportez-vous.
Le Danemark a la responsabilité de soutenir les Groenlandais dans leur quête d’indépendance. C’est une discussion délicate, car il y a un passé colonial que le Danemark tente encore de réparer, que ce soit par rapport au traitement des jeunes femmes ou à celui des Inuits eux-mêmes. Il doit aussi composer avec le fait qu’il dépense énormément pour maintenir ce qui est, au fond, une colonie. Dans le même temps, les Groenlandais, eux, souhaitent en grande partie le statu quo. Un sondage récent a d’ailleurs montré qu’ils étaient favorables à l’indépendance, à condition de continuer à recevoir la subvention importante versée par le Danemark. Il y a donc là une contradiction complexe.
Le Danemark pourrait aussi offrir un meilleur soutien naval dans la région. Je donne un exemple dans mon livre : un navire s’était retrouvé bloqué au large de la côte est du Groenland, dans le détroit du Danemark, et la marine danoise n’a pas pu arriver à temps. Ce sont finalement des navires locaux et un navire de recherche qui sont venus prêter main-forte. Le Groenland est un immense territoire, très vaste, mais si l’on affirme vouloir assurer la sécurité d’un pays, si l’on supervise sa défense, alors il faut le faire réellement. Le Danemark conserve le contrôle de la défense et de la politique étrangère du Groenland, et pratiquement rien d’autre. Mais il n’assume pas vraiment cette responsabilité correctement. Et cela nous ramène à notre discussion précédente : les États-Unis pourraient offrir leur soutien, envoyer davantage de navires ou renforcer l’industrie de défense groenlandaise.
Les Européens ont-ils les moyens de repousser les ambitions de Donald Trump au Groenland ?
Le Royaume du Danemark dispose de nombreux leviers pour riposter face à la rhétorique belliqueuse de Trump. Quant à l’Union européenne, elle se trouve dans une position difficile. Comme je l’ai dit, les défenses de l’Otan reposent principalement sur les États-Unis, et tout le monde le sait, Trump aussi. Par ailleurs, le soutien militaire et financier à l’Ukraine dépend fortement des fonds américains, même si l’Allemagne et la France font un excellent travail dans leur soutien à l’Ukraine. Donc, l’Europe est coincée.
Je me demande toutefois s’il n’y a pas un calcul politique des Européens dans tout ça : est-ce que Trump passera les élections de mi-mandat ? Est-ce que le Sénat et la Chambre des représentants basculeront du côté démocrate et permettront alors une opposition plus forte à Trump ? Il est possible que les Européens parient sur cette hypothèse : si on attend assez longtemps, Trump finira peut-être par se discréditer lui-même, et le pouvoir reviendra aux démocrates. À ce moment-là, il serait possible de reprendre un dialogue plus sincère et apaisé avec les États-Unis, afin d’éviter de nouvelles tensions et une rhétorique hostile envers les Européens et le Groenland.
L’Arctique sera-t-il le point chaud des prochaines années sur la carte géopolitique ?
Oui. Et ce n’est que le début. Si la pression continue de monter sur le Groenland et dans l’ensemble de la région circumpolaire nord, alors oui, ce sera une région de plus en plus centrale dans les dynamiques géopolitiques. Et à mesure que la région – qui se réchauffe 4,5 fois plus vite que le reste du monde – continue de se réchauffer, nous verrons de plus en plus d’activité là-haut.
La recherche scientifique semble être la principale victime de cette nouvelle guerre froide.
La Russie est le principal acteur dans la région arctique, et l’absence de cette pièce du puzzle climatique mondial est dévastatrice pour notre compréhension de l’évolution du climat, aussi bien dans l’Arctique que dans le reste du monde, et pour savoir ce que nous pouvons faire pour y remédier. Relancer la coopération scientifique devrait être la priorité des nations. Ce n’est pas que rien n’est fait, ce n’est pas qu’aucun effort n’est fait, mais que ceux-ci sont entravés par les sanctions et le manque de coopération au sein du Conseil de l’Arctique. Si nous voulons survivre en tant qu’humanité, en tant que planète, alors que la Terre se réchauffe, nous devons travailler ensemble. Ne pas se concentrer sur ce qui est en train de changer dans l’Arctique sera catastrophique pour le reste du monde.
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Author : Laurent Berbon
Publish date : 2026-01-11 07:45:00
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