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Les revenus pétroliers de la Russie, moteur de sa machine de guerre, sont en chute libre

Les revenus pétroliers de la Russie, moteur de sa machine de guerre, sont en chute libre

Alors que la Russie et l’Ukraine ont récemment repris leurs négociations pour aboutir à un accord de paix à Abu Dhabi, l’économie russe montre de sérieuses difficultés, sous l’effet conjugué de la chute des prix du pétrole, des nouvelles sanctions occidentales et d’un effort de guerre de plus en plus coûteux. Selon le ministère russe des Finances, les recettes pétrolières et gazières de la Russie ont reculé de près de 25 % l’an dernier, privant le Kremlin de sa principale source de financement du conflit. Le Financial Times estime de son côté que les seuls revenus énergétiques du pays ont chuté d’environ 20 % en 2025.

Si les pressions budgétaires sont peu susceptibles de modifier les objectifs militaires de Poutine, elles commencent à se faire sentir. « Le déficit budgétaire est clairement un sujet important pour Poutine en ce moment », estime Janis Kluge, expert de la Russie à l’Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité, cité par le quotidien économique britannique. Car la population russe devra supporter une part croissante du coût d’une guerre dont les dépenses dépassent déjà 170 milliards de dollars par an. Or, le dirigeant russe s’est toujours enorgueilli de la stabilité qu’il a apportée à une économie russe en chute libre après l’effondrement de l’Union soviétique, en réduisant la dette, en rationalisant la fiscalité et en maîtrisant l’inflation.

De nouvelles sanctions occidentales

Plusieurs raisons expliquent ces difficultés. Le pétrole, d’abord, représente depuis longtemps une part plus importante des recettes énergétiques que le gaz, un écart encore accentué par la perte du marché gazier européen en 2022, rendant les finances russes plus vulnérables aux variations des cours. Problème : les prix ont justement reculé depuis avril dernier, après que l’Opep a décidé d’augmenter progressivement sa production après des années de restrictions. En outre, l’industrie pétrolière russe a récemment été touchée par de nouvelles sanctions occidentales et par une application plus stricte des mesures existantes. En octobre 2025, le président Donald Trump a par exemple imposé des sanctions contre les deux plus grandes compagnies pétrolières russes, Rosneft (publique) et Lukoil (privée), réduisant considérablement leur capacité à vendre du brut.

A cela s’ajoute un renforcement de la lutte contre la « flotte fantôme » de pétroliers utilisée pour contourner les sanctions. Rien que ce mois-ci, l’armée américaine a saisi dans l’Atlantique Nord un pavillon russe qui transportait du pétrole vénézuélien, tandis que la marine française a également intercepté en Méditerranée un tanker soupçonné d’utiliser un faux pavillon pour dissimuler son appartenance à une flotte russe. Dans un contexte de surabondance mondiale, les acheteurs disposent surtout de nombreuses alternatives au pétrole russe, pouvant s’en détourner totalement, ou exiger des rabais nettement plus élevés pour compenser les risques liés aux sanctions, explique Sergueï Vakoulenko, expert énergétique au Carnegie Endowment for International Peace, cité par le New York Times.

Un recours à l’endettement

Pour pallier cette situation compliquée, le Kremlin a de plus en plus recours à l’endettement et à des hausses d’impôts. D’après le média américain, les taxes ont été relevées non seulement pour les grandes entreprises, mais aussi pour les petites structures comme les boulangeries et les commerces, suscitant un mécontentement inhabituel chez les entrepreneurs. Le gouvernement a aussi interdit temporairement les exportations de produits pétroliers, en raison des frappes ukrainiennes menées par des drones depuis novembre contre des raffineries russes, engendrant des pénuries de carburant dans plusieurs régions.

Paradoxalement, la situation est aggravée par un rouble fort. Selon le New York Times, la monnaie russe s’est appréciée d’environ 45 % face au dollar en 2025, réduisant les recettes budgétaires en roubles pour chaque baril exporté. Le Financial Times précise que le rouble est actuellement 17 % au-dessus du taux retenu dans le budget, ce qui pourrait entraîner un manque à gagner allant jusqu’à 3 000 milliards de roubles si les prix bas persistent.



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Publish date : 2026-02-02 18:52:00

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