Donald Trump avait promis qu’il pourrait amener la paix en Ukraine en 24 heures. Plus d’un an plus tard, les frappes russes se poursuivent toujours sur Kiev. L’Ukraine a aussi subi la diminution de l’aide militaire américaine. D’après l’institut de recherche allemand Kiel Institute, les Européens en fournissent désormais l’essentiel. Ils compensent à grand-peine la diminution des deniers américains. Dans le renseignement, aussi, l’aide de Washington se révèle toujours indispensable. Elle reste l’un des piliers solides de la relation entre les deux capitales… Conditionné au bon vouloir de l’hôte de la Maison-Blanche.
Washington coupe le signal
« Vous devez comprendre une chose : tout dépend de Washington », martèle un ancien du SBU, le service de renseignement ukrainien. Aujourd’hui reconverti dans le conseil, cet homme lutte contre le froid glacial de Kiev. En ce début janvier 2026, Moscou multiplie les frappes sur la capitale. « Les agents de la CIA à Kiev sont comme des transpondeurs branchés sur les Etats-Unis. Ils peuvent être en Ukraine, parler à des officiels, récolter du renseignement. Mais si la Maison-Blanche décide de couper brusquement le signal, nous ne recevons plus rien », décrit-il.
Début mars 2025, Kiev a vécu plusieurs jours en apnée, coupée du soutien militaire américain, et d’une grande partie des précieuses informations de la CIA. Une « pause » consécutive à la violente altercation entre Volodymyr Zelensky, Donald Trump et le vice-président J.D. Vance dans le bureau Ovale. Pendant six jours, l’Ukraine doit surtout s’appuyer sur des renseignements venus des services européens. La coupure dure jusqu’au 11 mars, quand Kiev s’engage à reculons dans la proposition américaine d’un cessez-le-feu de 30 jours avec la Russie. « La Maison-Blanche a instauré un rapport de force : à chaque fois que Zelensky ne baisse pas la nuque, il menace de fermer le robinet du renseignement », analyse un ancien haut responsable de la DGSI.
Difficile de se passer des réseaux de l’agence américaine dans le pays, vieux de plus de dix ans. En février 2024, une enquête du New York Times révélait qu’une douzaine de bases entièrement financées par l’Agence avaient été installées le long de la frontière russo-ukrainienne. Des notes de la CIA datant de novembre 2022, que L’Express a pu consulter, montrent l’extrême précision des renseignements fournis. Dans ces « mémos », les Américains alertent sur les « menaces » sur les équipements militaires, détaillent des mouvements de troupes près de la frontière, livrent les coordonnées de navires russes en mer Noire.
Informations stratégiques
Autant d’informations que le renseignement américain délivre désormais avec davantage de parcimonie. La France a pris le relais, grâce notamment à une réallocation d’une partie des moyens militaires jusqu’ici concentrés en Afrique, et à l’excellence de son renseignement spatial. Le 6 mars 2025, la France a mis sur orbite le CSO-3, dernière composante d’une « constellation » de trois satellites optiques militaires. Elle bénéficie d’une partie des satellites d’Airbus Defense and Space. Mais ses moyens sont moins importants en comparaison du millier de satellites lancé par les Etats-Unis. « Un satellite CSO peut passer une ou deux fois par jour en orbite au-dessus du même point », explique Christophe Gomart, patron de la DRM de 2013 à 2017, quand les Américains, eux, « peuvent rafraîchir des images quasiment en continu aux quatre coins du monde », décrit Jean-François Ferlet, également ex-directeur du renseignement militaire, entre 2017 et 2021.
En termes d’efficacité, le renseignement français n’égale donc pas son homologue américain. « On raisonne à l’inverse des Américains : on programme une opération lorsque l’on sait que des satellites vont passer avant et après des frappes sur des cibles », expose le général Ferlet. Une contrainte pour l’Ukraine. « Comparer le renseignement européen à celui des Américains, c’est un peu comme mettre en concurrence une Mercedes-Benz et une Seat. Les deux véhicules roulent, mais on préférera toujours la première à la seconde. Elle a plus d’options ! », plaisante un cadre du renseignement ukrainien.
Certes, le renseignement ukrainien, longtemps formé par la CIA, est désormais capable de prouesses. Le 1er juin, cent drones introduits illégalement en Russie frappent en profondeur des bases ukrainiennes. Le monde est ébahi devant « l’opération Spiderweb ». Les Etats-Unis grincent des dents. « Les Américains étaient furieux qu’on ne les ait pas prévenus davantage », rigole l’ancien du SBU. Reste que sur le terrain, la CIA se montre indispensable. « Elle continue de fournir une part du renseignement technique aux côtés des Européens », explique-t-on à Kiev. Cet été, des informations américaines ont permis à l’Ukraine d’élaborer une campagne de frappes pour toucher les raffineries russes. « Les Américains donnent aussi de précieuses informations stratégiques sur les orientations internes du Kremlin », poursuit-on en Ukraine. Le puissant réseau humain qui a permis à l’Agence d’annoncer l’imminence de l’invasion russe est toujours actif.
>> Rendez-vous ce mercredi 4 février à 17 heures pour la troisième partie de notre grand récit.
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Author : Alexandra Saviana
Publish date : 2026-02-03 17:00:00
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