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« Combien de temps Starmer peut-il s’accrocher ? » : l’affaire Epstein vue par la presse britannique

« Combien de temps Starmer peut-il s’accrocher ? » : l’affaire Epstein vue par la presse britannique

Depuis la publication du dossier Epstein, le Royaume-Uni est en proie à une onde de choc. Les millions de pages déclassifiées par la justice américaine mettent en cause plusieurs personnalités britanniques. Parmi elles, Peter Mandelson, ancien ministre puis ambassadeur britannique à Washington – avant d’être limogé en septembre 2025 -. Celui dont l’amitié avec Jeffrey Epstein ne laisse plus planer l’ombre d’un doute est également mis en cause pour corruption, accusé d’avoir partagé avec le pédocriminel des documents internes au gouvernement britannique.

Une relation qui n’était pas étrangère au Premier ministre britannique. Keir Starmer est passé aux aveux le 4 février, lors d’une session de questions au gouvernement, mais il a assuré être étranger à la profondeur des relations entre son ex-ambassadeur et le délinquant sexuel. Il l’affirme, il n’est pas à l’origine de sa nomination, contrairement à Morgan McSweeney, son chef de cabinet. Une responsabilité que ce dernier a endossée en présentant sa démission ce dimanche 8 février. « Blame me » – traduisez, « blâmez-moi », titrait ce lundi le quotidien britannique The Mirror, visage du chef de cabinet en Une. A en lire la presse britannique, Keir Starmer est loin d’être tiré d’affaire.

Y a-t-il un Starmer sans McSweeney ?

« So how long can Starmer cling on ? » – comprenez : « donc, combien de temps Starmer peut-il s’accrocher ? » – imprimait le Daily Mail ce lundi matin.

Pour la BBC, le Premier ministre est dans un beau pétrin. « Quel genre de politique sera Keir Starmer sans l’homme que beaucoup voyaient comme son cerveau politique ? » se demande la chaîne. Selon le média, le Premier ministre n’a pas choisi son conseiller, c’est plutôt l’inverse. Car si – le presque invisible – Morgan McSweeney ne s’est jamais exprimé sur son rôle dans la politique britannique, son influence sur les gouvernements successifs, ne laisse aucun observateur dupe. Et quelle influence : l’homme de l’ombre aurait lui-même fait entrer Keir Starmer à Downing Street.

Mais le départ du conseiller ne sauve pas le Premier ministre par défaut. « Une règle veut que lorsque des conseillers sont évincés, leurs dirigeants ne soient souvent pas loin derrière », peut-on lire dans les colonnes du Times ce 9 février.

Les journalistes le rappellent, cette situation n’a rien d’inédit. Theresa May et Boris Johnson avaient tous deux tenté de se maintenir au poste de Premier ministre en sacrifiant leurs chefs de cabinet, en vain. Certes, cette fois, c’est bien Morgan McSweeney qui a soufflé le nom de Peter Mandelson au Premier ministre, et il en a « assumé la responsabilité », mais de là à lui en faire porter tout le poids… Il n’était pas responsable des « vérifications », et il n’était pas non plus « le seul conseiller », s’insurgent des habitués du numéro 10 auprès de la BBC. « Morgan a été dupé comme nombre d’entre nous. Il a sauvé le parti. Et beaucoup de députés et de ministres savent qu’ils lui doivent leurs postes ».

Une nouvelle crise à l’horizon ?

Le Telegraph, se pose à peine la question de la survie de Keir Starmer. « Les révélations étaient si graves et la réponse du gouvernement si nulle » que de nombreux acteurs financiers partent du principe que les jours du chef de l’Etat sont comptés, tranche le quotidien. Une crise politique dont le titre s’alerte des conséquences économiques. En cas de démission du Premier ministre, le Telegraph anticipe une réaction délétère des marchés, qui ne sont déjà pas « sous le charme » de l’homme politique.

Le Financial Times s’inquiète de voir son Premier ministre en « péril », ainsi que de constater que le cours de la livre chute de 0,5 % par rapport à l’euro.

Keep calm and carry on ?

Si la BBC ne s’inquiète pas de connaître le même destin que la France sur ce sujet, elle ne prédit pas non plus une accalmie au 10 Downing Street. La chaîne rappelle qu’il reviendra aux députés travaillistes de fixer la date de départ de Keir Starmer et prévient : ceux qui veulent la tête du Premier ministre ne se contenteront pas du sacrifice d’un inconnu du grand public. « Je doute que la plupart des gens dans le monde réel s’en aperçoivent », concédait un député aux journalistes de la BBC.

Même son de cloche dans le Times. Les députés travaillistes n’ont pas attendu la publication des dossiers Epstein pour en avoir après leur leader. Les élus ne sont tout simplement pas convaincus des compétences de Keir Starmer : il n’a pas « la capacité de redresser la situation du Parti travailliste » et voir son conseiller préféré faire ses cartons « ne changera rien à cette appréciation ».

La BBC s’est, elle aussi, fait son propre avis : « Si l’homme qui a donné le conseil doit démissionner, pourquoi pas celui qui a pris la décision ? »



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Author : Asia Dayan

Publish date : 2026-02-09 18:51:00

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