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LFI plutôt que le RN ? Gabriel Attal rattrapé par son choix de 2024

LFI plutôt que le RN ? Gabriel Attal rattrapé par son choix de 2024

Jordan Bardella n’est pas venu seul ce mercredi 18 février sur Cnews. Le président du Rassemblement national a exhibé lors de son interview matinale un cliché de Gabriel Attal, pris le 3 juillet 2024 dans les locaux de France Inter. Ce jour-là, l’ancien Premier ministre appelait les Français à faire « barrage », selon son terme, au Rassemblement national au second tour des élections législatives, quitte à déposer un bulletin La France Insoumise dans l’urne. « Quand on fait élire par dizaines des députés LFI (…), on a une responsabilité dans ce climat de violence », a lancé le leader d’extrême droite, après le meurtre du militant nationaliste Quentin Deranque. L’implication présumée de militants de la Jeune Garde – association antifasciste dissoute en 2025 et proche de LFI – dans l’agression du jeune homme a mis la formation de gauche radicale au ban de la vie politique. Et fait rejaillir cette déclaration de Gabriel Attal, épinglée par ses contempteurs comme une indulgence coupable envers Jean-Luc Mélenchon.

« Plutôt Ruffin qu’un 290e député RN »

Gabriel Attal ne peut être surpris. Son appel au barrage est exhumé à intervalles réguliers par ses adversaires, y compris au sein du bloc central. Les médias du groupe Bolloré, partisans de l’union des droites, ne lui ont jamais pardonné. L’intéressé s’évertue en retour à ôter toute teinte idéologique à sa déclaration du 3 juillet 2024. Elle visait à priver le RN de la majorité absolue à l’Assemblée nationale, seule formation capable de l’emporter après le premier tour des législatives. « A l’issue de ce deuxième tour, soit le pouvoir sera entre les mains d’un gouvernement d’extrême droite, soit il sera au parlement. Je me bats pour ce deuxième scénario », expliquait le Premier ministre sur France Inter.

Du simple pragmatisme, donc. L’élection de quelques députés LFI ? Un moindre mal. « J’assume de préférer que Ruffin soit le 70e député LFI plutôt qu’avoir un 290e député RN qui leur offre la majorité », confiait-il cet automne. Dans un exercice d’uchronie, il anticipe le scénario du pire : sans cet appel et les désistements de candidats macronistes, la gauche aurait pu prendre des mesures de rétorsion réciproques. Au risque d’accoucher d’une Assemblée nationale frontiste.

Dix-huit mois plus tard, la marginalisation de LFI rend cette interrogation plus brûlante, tant le « cordon sanitaire » a changé de nature pour de nombreux Français. D’arme contre l’extrême droite, il a mué en outil de relégation de LFI. Ainsi, les opposants historiques à la doctrine Attal se réjouissent de leurs réticences initiales. « Je n’ai jamais appelé à voter LFI contre quiconque », a lancé lundi 16 février Gérald Darmanin sur Cnews… omettant de rappeler qu’il avait attendu le dépôt des candidatures au second tour – et le retrait de son adversaire insoumise Leslie Mortreux – pour exprimer son hostilité au barrage. « Ça rattrape Attal, note un cadre Renaissance. L’électorat de droite saura s’en souvenir. » « De la popol sur un truc qui n’existe pas dans l’opinion », veut croire un fidèle de l’ancien chef de gouvernement.

Cas de conscience

L’intéressé, lui, compense son choix électoral de 2024 par des attaques redoublées contre LFI. Gabriel Attal rappelle à chaque intervention combien le parti mélenchoniste est une « menace » pour éviter tout procès en collusion. Le compte X de Renaissance a publié une vidéo d’une confrontation verbale entre lui et le cofondateur de la Jeune Garde Raphaël Arnault, à Avignon, lors des législatives. Pourrait-il aujourd’hui lancer le même appel que le 3 juillet 2024 ? « Je ne pense pas qu’on pourrait refaire la même chose aujourd’hui », assurait-il en novembre sur CNews, sans plus de précisions.

Là réside l’ambivalence de la doctrine Attal. Peut-on voter pour une formation qu’on juge dangereuse au nom d’un danger plus immédiat, comme l’accession au pouvoir du RN ? Ou faut-il refuser cet arbitrage pragmatique au nom des « valeurs », comme le professe Edouard Philippe ? Ce cas de conscience appelle une position de principe. Gabriel Attal en a livré une à l’été 2024. Il semble aujourd’hui s’en éloigner, sans livrer de stratégie claire. Il n’a pourtant que deux options : réaffirmer sa ligne originelle, quitte à braquer une partie de l’électorat qu’il convoite. Se dédire au nom de l’hostilité croissante envers LFI, au risque de donner raison à ses contempteurs.



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Author : Paul Chaulet

Publish date : 2026-02-18 15:25:00

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