Quatre jours après le décès du militant d’extrême droite Quentin Deranque, 23 ans, à Lyon, vraisemblablement tabassé à mort par des militants d’extrême gauche, la presse européenne ne mâche pas ses mots. « La haine politique en France a tué », s’exclame ainsi Le Quotidien luxembourgeois. Et d’ajouter : « Mais est-ce vraiment une surprise ? Le pays s’embourbe dans les excès depuis des mois maintenant et aujourd’hui les mots sont éclipsés par les actes ».
Mardi 17 février, l’enquête a progressé alors que plusieurs suspects ont été interpellés. Onze au total, dont six soupçonnés d’avoir participé directement à la scène la plus violente, survenue rue Victor-Lagrange, dans le 7earrondissement de Lyon, à quelques centaines de mètres des locaux de Sciences Po. Selon les premiers éléments de l’enquête, la plupart des suspects sont considérés par les services de police comme des militants d’ultragauche, plus ou moins actifs.
« Instrumentalisation en vue de la présidentielle »
Parmi les personnes arrêtées figurent également des membres du groupe antifasciste d’extrême gauche la Jeune Garde. Un mouvement dont le ministère de l’Intérieur avait annoncé la dissolution à l’été 2025, affilié au parti d’extrême gauche La France Insoumise. La mort de Quentin « met en lumière la place prise en France par des groupuscules extrêmes aux postures de plus en plus violentes. Des collectifs chauffés à blanc par des partis qui les instrumentalisent en vue de l’élection présidentielle », écrit de son côté le journal suisse Le Temps.
De part et d’autre, la presse européenne relate l’appartenance des militants à des mouvances proches du parti de Jean-Luc Mélenchon, « devenu l’objet de la colère des autres formations politiques », écrit El Paìs. Tandis que la chaîne britannique BBC note que la « mort de l’étudiant met la gauche française sous pression ». Dans une atmosphère politique tendue avant d’importantes élections municipales le mois prochain, « tous les regards se sont tournés lundi vers le parti de gauche La France Insoumise et une équipe de sécurité interdite, la Jeune Garde, qui, dans le passé, a contribué à assurer la protection lors de ses rassemblements », poursuit le média.
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« Du discours de haine à la violence politique »
Pour nos voisins européens, le drame de Lyon reflète un climat politique de plus en plus délétère. Pour El Paìs, il est « le reflet de la polarisation croissante dans laquelle la France s’enfonce de plus en plus. Un saut qualitatif qui transfère le discours de haine à la violence politique ». Dans un éditorial cru, Le Quotidien pointe notamment les débats à l’Assemblée nationale : « Il suffit de regarder comment se déroulent les séances publiques : les partis s’invectivent sans cesse, l’actualité brûlante alimente les débats et chacun cherche à contester la légitimité de l’autre ». Le journal estime par ailleurs que « la politique française a perdu pied. Et la faute est collective. Chacun essaie de servir sa cause et de détruire le camp d’en face ».
“Depuis des mois, le climat politique français connaît une radicalisation du conflit entre les extrêmes, qui trouve son origine dans la situation à Gaza”, abonde le titre italien Corriere della Sera. Selon Le Temps en Suisse, il est par ailleurs important de rappeler que « ces affrontements entre mouvances antifascistes et identitaires lyonnaises ont eu lieu en marge d’une conférence donnée à Sciences Po Lyon par l’eurodéputée Insoumise Rima Hassan, dont les déclarations sur le massacre de Gaza ont été très médiatisées et souvent taxées d’antisémitisme ». « Sa simple présence, compte tenu des manifestations qu’elle suscite régulièrement, aurait dû susciter une surveillance accrue », juge en Italie Il Fatto quotidiano, d’après qui « l’affrontement » entre extrême gauche et extrême droite « ne fait que commencer ».
Le jour de sa mort, Quentin Deranque était venu soutenir une manifestation devant Sciences Po du mouvement identitaire d’extrême droite Némésis, composé de femmes se proclamant féministes, ouvertement opposées à l’islam et à la transsexualité. « Convaincues que leur présence pourrait provoquer des tensions, elles avaient recruté un groupe de personnes idéologiquement apparentées, dont Quentin Deranque, au cas où elles auraient besoin d’aide en cas d’affrontements », rappelle El Paìs. Avant de conclure que « l’événement de Lyon est déjà devenu une question politique de premier plan en France », à quelques semaines seulement des élections municipales et un peu plus d’un an de la présidentielle.
Source link : https://www.lexpress.fr/france/est-ce-vraiment-une-surprise-la-mort-de-quentin-deranque-vue-par-la-presse-etrangere-BENUPC66SVDCTJXLE6JUS3UKOU/
Author : Célia Cuordifede
Publish date : 2026-02-18 11:20:00
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