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Elections municipales à Paris : le retrait calculé de Sarah Knafo

Elections municipales à Paris : le retrait calculé de Sarah Knafo

Une fois n’est pas coutume. En ce début de semaine, Sarah Knafo, la très volubile candidate d’extrême droite à la mairie de Paris a soudainement fait vœu de silence. Toujours si prompte à répondre aux sollicitations des journalistes, les nombreux appels restent sans réponse. Finalement qualifiée sur le fil, avec 10,4 % des voix, va-t-elle se maintenir au second tour des élections municipales ? L’information fuite dans le Canard enchaîné, elle se retirerait. Ses équipes démentent à grands cris. Sarah Knafo aime contrôler son timing. Elle le confirme quelques heures plus tard dans les colonnes du Parisien. L’eurodéputée Reconquête! renonce à déposer une liste dans l’espoir de « battre la gauche ». Le ton est grandiloquent, la dimension sacrificielle largement surjouée. « N’importe quel politique aurait refusé de se retirer. Mais je ne suis pas n’importe quel politicien, assène-t-elle modestement. Je ne veux pas être comme eux : regardez où en est le pays, avec leurs petits calculs. » Elle sera aussi reçue, ce mardi soir, sur le plateau de Pascal Praud (CNEWS), consacrée comme celle qui a préféré le choix de la raison pour sauver son camp.

En interne la décision a fait débat. Plusieurs voix se sont levées pour réclamer le maintien de sa liste, brandissant les avantages d’un groupe au Conseil de Paris, ou des bénéfices médiatiques d’une campagne de second tour. Et que dire de railleries attendues du Rassemblement national qui ne manquera pas de la dépeindre comme « la béquille du centrisme à Paris » ?

Apparaître une nouvelle fois comme l’enfant gâtée de son camp

Mais continuer vers le second tour comportait aussi son lot de désagréments. D’abord : être victime du vote utile en faveur de Rachida Dati et réaliser un score plus faible qu’au premier tour. Ensuite : apparaître une nouvelle fois comme l’enfant gâtée de son camp qui, par refus de se retirer, pourrait être identifiée comme responsable de la défaite de la droite. Sarah Knafo a donc consulté à outrance pendant de longues heures. Son entourage, ses contacts à droite, quelques journalistes aussi, pour finalement choisir la porte de sortie.

Sarah Knafo érigeait sa campagne parisienne en laboratoire de l’union de droites. Las, ses offres d’alliance se sont heurtées au refus constant de Rachida Dati, consciente des effets délétères d’un tel choix. Qu’à cela ne tienne. En se retirant, la candidate Reconquête! met en scène une union par la base, loin des appareils. « S’ils veulent être la droite la plus bête du monde, je décide d’être plus intelligente qu’eux », assure-t-elle au Parisien. Après tout, la « droite », camp dont elle se revendique, ne sera pas divisée ce dimanche 22 mars. Le patron de LR Bruno Retailleau a ainsi salué sur X (ex-Twitter) la décision « sage et responsable » de l’eurodéputée d’extrême droite. Cela n’a pas la valeur d’une adoption dans la grande famille de la droite, obsession de Sarah Knafo, mais dénote d’une considération minimale.

Le casse-tête de Sarah Knafo reste intact

Plusieurs ténors LR anticipaient ce retrait, inévitable au vu des intérêts de la jeune femme. Vote utile oblige, elle risquait de subir une fuite de son électorat vers Rachida Dati et d’obtenir un score famélique au second tour. Peut-on incarner la droite en faisant gagner la gauche à Paris ? « Si elle veut sauver sa candidature en 2027, elle doit retirer sa candidature », confiait récemment un cadre LR. Bruno Retailleau estimait en privé qu’un maintien serait une « faute majeure » dans son jeune parcours politique. La stratégie d’intégration de Sarah Knafo au sein de la droite commandait ce geste.

La droite souffle. Le casse-tête de Sarah Knafo reste intact. La campagne parisienne a mis en lumière le caractère radioactif de son parti Reconquête!. La droite parisienne n’a pas rejeté les offres d’alliance de Sarah Knafo en raison de sa campagne acidulée et dopée à l’intelligence artificielle, mais en raison de l’ADN radical de sa formation politique. Deux mois de campagne « heureuse » n’ont pas effacé ces traits, constitutifs de l’identité de la jeune femme. La droite et le centre rejettent ses mains tendues. Le Rassemblement national, engagé dans une course solitaire, toise l’élue. Sans alliés, Sarah Knafo mise pour l’heure sur sa seule popularité – réelle – pour poursuivre son ascension. Paris a consacré un phénomène médiatique. Il ne l’a pas fait sortir de la marginalité.



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Author : Paul Chaulet, Marylou Magal

Publish date : 2026-03-17 17:17:00

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