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Langues régionales : et si la France s’inspirait de l’exemple incroyable de la Slovénie ?

Langues régionales : et si la France s’inspirait de l’exemple incroyable de la Slovénie ?

Et si France 2 diffusait à 21 heures des programmes en occitan sous‑titrés en français ? Et si les députés du Pays basque disposaient d’un droit de veto sur les lois concernant les minorités ? Et si tout fonctionnaire capable de s’exprimer en alsacien percevait une prime ? Oh, je sais bien que certains vont m’accuser d’écrire ces lignes au retour d’un stage intensif sur le thème « Che Guevara et les langues régionales ». Ce qui précède n’est pourtant que la simple transposition de ce qu’il se passe dans un Etat très proche géographiquement de la France.

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Bienvenue en Slovénie ! Ce pays de deux millions d’habitants, qui vient d’organiser ses élections législatives ce 22 mars, est à juste titre considéré comme un modèle en raison des droits qu’il accorde à deux « communautés nationales autochtones ». Elles ne sont pourtant pas très fournies numériquement puisque l’on recense respectivement 2 258 italophones et 6 343 magyarophones (1). Il n’empêche : chacune d’elles jouit de droits garantis par les articles 5, 11 et 64 de la Constitution. Des dispositions qui valent régulièrement à cet Etat des Balkans de recevoir les félicitations des observateurs internationaux. Le Comité d’experts du Conseil de l’Europe, qui suit l’application de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, salue ainsi « les efforts déployés par les autorités slovènes pour protéger les langues parlées dans leur pays ». Efforts qui, en pratique, se traduisent par des dispositions comme celles‑ci. Accrochez‑vous !

Statut. Le slovène est la langue officielle dans toute la Slovénie, mais l’italien et le hongrois disposent d’un statut de co‑officialité dans les communes où vivent ces deux minorités, le long des frontières avec l’Italie et la Hongrie.

Assemblée nationale. Celle‑ci est composée de 88 députés « normaux », auxquels s’ajoutent un député de la minorité hongroise et un député de la communauté italienne. Ces deux derniers peuvent s’exprimer dans leur langue au Parlement. Mieux : ils disposent d’un droit de veto sur tous les textes concernant les minorités !

Enseignement. Dans ces mêmes communes, l’éducation est bilingue en maternelle, en primaire et au collègue. Au lycée, les élèves qui poursuivent leurs études en dehors de leur territoire d’origine ont la possibilité de bénéficier de cours de langues hongroise et italienne. L’université fonctionne exclusivement en slovène.

Sécurité. Les policiers affectés dans les régions où vivent ces minorités sont censés être bilingues. Si tel n’est pas le cas, les citoyens italophones ou magyarophones ont droit à un interprète.

Justice. L’emploi de l’italien et du hongrois est autorisé dans les tribunaux.

Entreprises. Dans les communes où vivent les italophones et les magyarophones, le slovène et la langue locale sont toutes deux utilisées.

Commerces. Un double affichage langue nationale-langue locale est exigé dans les magasins, cafés et restaurants.

Administrations locales. Dans ces deux régions, « les formulaires, la signalétique, les actes d’état‑civil et l’ensemble des documents sont rédigés et en slovène et dans la langue locale. Quant aux fonctionnaires qui savent parler italien et/ou hongrois, ils perçoivent une prime », indique Daria Golez, déléguée permanente adjointe de la délégation de la République de Slovénie auprès de l’Unesco.

Administration centrale. Celle‑ci fonctionne principalement en slovène, mais autorise l’emploi du hongrois et de l’italien dans les territoires considérés. A Ljubljana, la capitale, un service de l’Etat a pour mission de veiller au respect des droits des minorités et de définir une stratégie en ce sens.

Médias. La télévision publique finance des programmes en italien et en hongrois. Ceux‑ci sont diffusés dans les zones concernées, mais aussi sur les antennes nationales, avec des sous‑titres en slovène.

Culture. L’Etat central finance des établissements et des postes de fonctionnaires pour organiser des événements culturels en hongrois et en italien. Des aides aux maisons d’édition publiant dans ces deux langues sont également prévues.

Incroyable ? Pour un esprit habitué au centralisme linguistique français, c’est certain.

Si cette énumération est impressionnante, il ne faut pas verser dans l’angélisme pour autant car, de la théorie à la pratique, il y a parfois un pas. A l’Assemblée nationale comme dans les tribunaux, il arrive que l’on manque d’interprètes (ceux‑ci préfèrent exercer leurs talents dans les entreprises, où ils sont mieux rémunérés). Les commerces ne respectent pas toujours le double affichage. Quant aux communautés rom, croate, allemande ou serbe, elles ne bénéficient pas du statut de « minorité » et, en conséquence, ne jouissent pas des mêmes droits que les italophones et les magyarophones. Il n’empêche. Pour un esprit habitué au centralisme linguistique français, de telles mesures paraissent tout bonnement inconcevables. Et de ce point de vue, bien des citoyens martiniquais, basques, picards, bretons rêveraient sans doute d’être rattachés à la Slovénie !

Cette ouverture d’esprit a des racines historiques. Ce pays des Balkans a notamment appartenu à l’Empire des Habsbourg et à la Yougoslavie avant d’accéder à l’indépendance, en 1991. Si le slovène dispose désormais d’un Etat, il a donc longtemps été lui‑même un idiome fragile. D’où, sans doute, l’attention portée à ses propres langues minoritaires.

Reste la question qui fâche et à laquelle, j’en suis sûr, certains d’entre vous pensent depuis le début : une telle tolérance ne menace‑t‑elle pas l’unité de ce jeune Etat ? « C’est exactement l’inverse, répond Daria Golez en souriant. Grâce aux droits dont ils disposent, les italophones et les magyarophones se sentent respectés en Slovénie et n’ont aucune raison de vouloir quitter le pays ». Un signe : à ce jour, ni le député italien ni le député magyarophone n’ont utilisé leur véto. Et cela pour une raison simple : les droits des minorités n’ont jamais été mis en cause.

(1) Lors des recensements, chaque citoyen décide de se revendiquer comme appartenant ou non à une communauté nationale autochtone.

Du côté de la langue française

On compterait 396 millions de francophones dans le monde

C’est du moins le nombre revendiqué par l’Organisation internationale de la francophonie, qui vient de publier cette statistique. Selon cette enquête, le nombre de locuteurs du français aurait crû spectaculairement de 72 millions de personnes en seulement 4 ans, ce qui en ferait la quatrième langue la plus parlée au monde. Un bond qui s’explique en partie par des raisons méthodologiques, dû au dénombrement des enfants de 6 à 9 ans scolarisés en français dans les pays où il est langue officielle et/ou d’enseignement. A méthodologie inchangée, le nombre de francophones serait néanmoins en progression, à 348 millions.

Participez à la campagne « Je suis Molière »

Vous aimez la langue française et souhaitez faire quelque chose pour elle, que ce soit dans votre vie personnelle ou professionnelle ? La campagne « Je Suis Molière 2026 », lancée conjointement par les associations Avenir de la Langue Française, France‑Québec et Réseau International des Maisons de la Francophonie, est faite pour vous !

Découvrez le « débusqueur d’anglicismes« 

Heureuse initiative de Nicolas Leroux. Le fondateur du média independant sur la langue française (https://www.lalanguefrancaise.com) vient de lancer le « débusqueur d’anglicismes ». Un outil malin qui surligne les anglicismes présents dans un texte et propose des équivalents français. Essayez et vous verrez : on peut dire « vérifier » au lieu de checker ; « tendance » au lieu de trend et « classement » au lieu de ranking sans avoir à sortir dans la rue en portant des lunettes noires !

Le français en 100 fiches illustrées

Différencier « ça » et « sa ». Savoir accorder les participes passés. Maîtriser le pluriel des noms composés… Cet ouvrage, sérieux sur le fond, ludique et illustré sur la forme, vise à consolider les bases de la langue française des élèves de CM2 et des collégiens. Il peut être utilisé aussi bien en classe qu’à la maison.

Le français en 100 fiches illustrées, par Alix Fèvre. Editions Hachette.

La force de la rhétorique

Lorsque l’on doit intervenir en public, il est essentiel de maîtriser le fond de son sujet, mais aussi la forme. Cet ouvrage multiplie les conseils pour dominer l’art de la rhétorique.

La force de la rhétorique, par Thomas Grimaux. Editions Ellipses.

Du côté des langues de France

Peut‑on faire de la politique sans avoir l’accent standard ?

On s’en souvient : Jean Castex fut moqué lors de son arrivée à Matignon en raison de ses intonations gasconnes. Grégory Miras, professeur en didactique des langues, se penche sur la glottophobie que manifestent un certain nombre d’élus et de journalistes à l’endroit des personnes qui ne parlent pas comme eux.

L’alsacien, une langue qui s’écrit

L’alsacien, qui correspond à l’évolution spécifique qu’a connue l’allemand dans cette région est longtemps resté une langue orale, l’allemand standard gardant l’exclusivité de l’écrit. Persuadés que seul le passage par l’écrit est nécessaire à la sauvegarde de l’alsacien, les auteurs de cet ouvrage proposent une méthode permettant de rédiger en alsacien, et cela, tout en respectant les variantes locales.

L’alsacien, une langue qui s’écrit, par Edgar Zeidler et Thierry Kranzer. Editions Yoran.

Participez à ce concours de nouvelles en breton

L’association Ti ar vro Kemper invite les jeunes et les adultes à s’exprimer autour du thème de la forêt. La fiction, courte, doit être envoyée au plus tard le lundi 13 avril 2026 par courriel à cette adresse : [email protected].

Retrouvons à Rennes le 1er avril pour voir mon film « Une langue en plus »

« Une langue en plus », le documentaire de 52 minutes consacré aux langues dites régionales que j’ai conçu pour France 3, sera diffusé ce 1er avril à 18 heures à l’université Rennes 2 à l’initiative du sociolinguiste Philippe Blanchet et de l’unité de recherche CELTIC-BLM. Je serai sur place afin de poursuivre les échanges. Entrée gratuite à cette adresse : université Rennes 2, place du recteur Henri Le Moal, Amphi T1.

Du côté des langues du monde

Menaces sur le tibétain

La nouvelle loi chinoise dite de « promotion de l’unité ethnique » impose le mandarin comme seule langue officielle. Une mesure qui menace à terme le tibétain, « langue de civilisation, dotée d’une littérature philosophique, poétique, médicale et cosmologique d’une richesse et d’une complexité qui n’ont rien à envier aux grandes traditions intellectuelles de l’humanité », estime cet article publié sur un blog accueilli par Médiapart.

A écouter

Comment évolue la langue française ?

J’étais le 20 mars l’invité de Thomas Sotto, sur RTL, pour répondre à cette question, en compagnie de la grammairienne Anne Abeillé et de l’humoriste québécois Philippe-Audrey Larrue Saint-Jacques.

A regarder

« Le superpouvoir des mots » »

C’est sous ce titre que TV Monde et l’INA ont choisi de mettre en valeur huit discours ou prises de parole célèbres prononcées en langue française, qu’analyse ensuite le spécialiste de l’éloquence Bertrand Périer. De Robert Badinter à Jeanne Balibar, en passant par Denise Bombardier ou Grand Corps Malade.



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Author : Michel Feltin-Palas

Publish date : 2026-03-24 05:15:00

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