C’est en soi une bonne nouvelle, qui vient pour le moins nuancer les discours récurrents sur le prétendu « déclin » du français. Le nombre de francophones est désormais évalué à 396 millions de personnes en 2026, contre 321 millions en 2022, vient d’annoncer l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Une croissance stratosphérique de 23 % !
Cette statistique place notre langue au quatrième rang des idiomes les plus parlés dans le monde derrière l’anglais (1,5 milliard), le mandarin (1,2 milliard), l’espagnol (600 millions). Elle devance désormais l’arabe standard (335 millions), mais aussi – dans cet ordre – le bengali, le portugais, le russe, l’indonésien, l’ourdou (parlé au nord de l’Inde et au Pakistan), qui, tous, se situent au-dessous du seuil des 300 millions.
Disons les choses autrement. Jamais, dans sa longue histoire, le français n’a compté autant de locuteurs. Mieux : cette progression va se poursuivre puisque, selon les projections, le nombre de francophones devrait être compris entre 500 et 800 millions en 2070.
Ces chiffres bruts sont toutefois à prendre avec prudence pour au moins trois raisons. Premièrement, il faut s’entendre sur ce que l’on appelle un locuteur. L’Organisation internationale de la francophonie comptabilise non seulement les individus qui ont le français pour langue maternelle, notamment en France, en Suisse, en Belgique, au Luxembourg et au Québec, mais aussi ceux qui l’ont appris ou l’apprennent comme langue seconde. Ce qui veut dire que tous les « francophones » n’ont pas forcément un excellent niveau de français…
Deuxièmement, la méthodologie a changé depuis 2022, année où seuls les élèves de plus de 10 ans étaient comptabilisés. En 2026 ont été ajoutés les enfants de 6 à 9 ans, ce qui contribue mécaniquement à embellir les chiffres. A méthodologie comparable, on serait passé non pas de 321 à 396 millions, mais à 348 millions – ce qui, entre nous, ne serait déjà pas mal. Au demeurant, cette nouvelle approche n’a rien de scandaleux puisque, concernant l’anglais ou l’espagnol, les « locuteurs » plus jeunes encore sont pris en considération.
Troisièmement, les projections varieront selon deux éléments majeurs : la démographie dans les pays francophones et les choix des différents Etats en matière de scolarité. Avec un critère décisif : la langue choisie pour l’enseignement en Afrique francophone. Si la Côte d’Ivoire, le Niger, le Mali, le Burkina Faso ou la République du Congo décidaient de chasser le français de leurs écoles, on se situera plutôt dans le bas de la fourchette. Si, en revanche, de nouveaux pays imposaient le français à l’école primaire, comme vient de le faire l’Angola (voir la rubrique « Du côté de la langue française »), la situation sera tout autre.
Ce qui est certain, c’est que l’avenir du français se jouera sur le continent noir. Alors que celui-ci accueille déjà la moitié des francophones de la planète, ce taux devrait s’élever à environ 70 % en 2050, en raison de la croissance de sa population, d’une part, et des progrès de la scolarisation, d’autre part.
Corollaire : la France sera à l’avenir de plus en plus minoritaire dans la francophonie, mais, contrairement à ce que l’on pourrait penser spontanément, il s’agit là d’une excellente nouvelle ! Cela signifie en effet que l’avenir du français est assuré, à l’inverse des idiomes qui figurent sur la (trop) longue liste des langues menacées de disparition.
Cette évolution permet par ailleurs au français de s’enrichir des imaginaires des autres peuples, qui emploient « argent-braguette » (« allocations familiales », Antilles) ; « battre le beurre » (« s’embrouiller », « être à côté de la plaque », Belgique) ; « adodoler » (« bercer un enfant », Suisse) ; « cirer ses bottes » (« se préparer à mourir », Québec) ; « faire chat noir » (« s’éclipser discrètement », Côte d’Ivoire) ; « alphabète » (« personne sachant lire et écrire », Afrique de l’Ouest et du Centre) « eau à ressort » (« eau gazeuse », République démocratique du Congo)… Un signe : depuis 30 ans, un lauréat du Goncourt sur cinq n’avait pas le français pour langue maternelle !
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Du côté de la langue française
Un effet « Emily in Paris » pour la langue française ?
C’est ce que pense Babbel, la plateforme d’apprentissage des langues, qui a enregistré la plus forte hausse de demande de cours pour notre langue après la sortie de la deuxième saison de cette série (avec des pointes au Royaume-Uni, en Italie, en Allemagne et au Canada). Selon Babbel, la culture populaire est l’une des motivations les plus puissantes d’apprentissage du français, à côté de la gastronomie, de la mode, du cinéma et de la littérature.
En Angola, le français devient obligatoire dès l’école primaire
En Angola, le français n’était jusqu’à présent qu’optionnel et enseigné à un nombre restreint d’élèves. Il est désormais obligatoire pour tous les élèves à partir de 10 ans. Il s’agit là d’une excellente nouvelle pour notre langue nationale puisque l’Angola devrait passer de 39 millions d’habitants aujourd’hui à 75 millions en 2050. Le gouvernement de Luanda a pris cette mesure afin de se rapprocher de ses voisins francophones, le Congo-Brazzaville et la République démocratique du Congo.
L’école des Chartes se dote d’une bibliothèque numérique
La bibliothèque de l’École nationale des chartes a ouvert sa nouvelle bibliothèque numérique patrimoniale. Plus de 12 000 documents (livres imprimés anciens, estampes, tirés-à-part, archives, photographies…) sont désormais accessibles en ligne.
Influence de l’anglais : la syntaxe aussi
« Le tourisme est météo-dépendant ». Ce tour de langue a tendance à remplacer la construction française « dépendant de la météo », note le grammairien Clément de la Vaissière. Cette nouvelle tournure syntaxique se répand sous l’influence de l’anglais, souligne-t-il, une langue qui utilise très fréquemment des constructions du type weather dependant.
Du côté des autres langues de France
Participez au deuxième festival des accents
Ce festival supervisé par des linguistes se présente sous la forme d’un événement à la fois scientifique, artistique et culturel. Rendez-vous à Aix-et-Provence et à Marseille du 9 au 11 avril.
La chanteuse Gwennyn élue brittophone de l’année
La 29e cérémonie des Prizioù (« prix » en breton) a récompensé différentes initiatives prises en faveur de la langue bretonne. Le prix de la brittophone de l’année a été remis à la chanteuse Gwennyn pour l’organisation d’un concert de soutien aux acteurs de la culture et de la langue bretonnes organisé à Carhaix en septembre 2025.
Fermeture du master d’études catalanes
L’Université de Perpignan a décidé de fermer le master d’Études Catalanes et Transfrontalières, à la prochaine rentrée 2026-2027. Les étudiants intéressés par des études de catalan en master peuvent contacter l’APLEC – [email protected] ou 04 68 66 22 11 – pour s’informer des possibilités de continuité et des modalités de fonctionnement (présentiel ou en ligne) et d’inscription.
Retrouvons-nous à Bayonne, à Sare et à Urt pour parler des langues de France
A Bayonne et dans les alentours se côtoient depuis des siècles le français, le basque, le gascon et le castillan. Il était donc tout naturel que j’y présente mon film « Une langue en plus », consacrée aux langues parlées historiquement en France (projection suivie d’un débat), l’ouvrage Florilanges et un quizz sur le même thème.
« Une langue en plus » : projection à la médiathèque de Bayonne le 4 avril à 16 heures. Entrée gratuite. Florilangues. De l’Alsace à Tahiti… Florilège des littératures en langues de France. Salon du livre de Sare, le lundi 6 avril en fin de matinée.Quizz : « Ce que l’on ne vous a jamais dit sur les langues dites régionales ». Rendez-vous à la médiathèque d’Urt le mardi 7 avril à 18h30. Entrée gratuite.
Du côté des langues du monde
Les langues soumises elles aussi au darwinisme ?
On le sait peu, mais Charles Darwin considérait en effet que sa fameuse théorie de l’évolution s’appliquait aussi aux comportements culturels. C’est en particulier le cas des langues, comme le souligne cet article du chercheur Jean-Charles Pelland sur le site The conversation.
A écouter
Comment intégrer les langues régionales à nos outils numériques ?
L’adaptation aux outils numériques constitue un enjeu majeur et un atout potentiel extraordinaire pour les langues dites régionales. Le projet Colaf (Corpus et Outils pour les Langues de France), piloté par Sam Bigeard à l’INRIA, permet aux assistants vocaux et aux correcteurs orthographiques de mieux comprendre et traiter ces langues, comme il l’explique sur France Culture au micro de Guillaume Erner.
A regarder
Ô Toulouse en occitan, par Guillaume Lopez
Le projet aurait sans doute plu à Claude Nougaro. Sa fameuse chanson, Toulouse, vient d’être traduite et réinterprétée en occitan par Guillaume Lopez, sur fond de jazz et de flamenco. Le chanteur et musicien est ici accompagné à la guitare par Serge Lopez et Jérémy Rollando.
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Source link : https://www.lexpress.fr/culture/non-la-langue-francaise-nest-pas-menacee-de-disparition-H2UIZZ7XCJADXGGHEVQSIE72KE/
Author : Michel Feltin-Palas
Publish date : 2026-03-31 04:15:00
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