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Face au missile Orechnik, l’Europe dans une phase périlleuse

Face au missile Orechnik, l’Europe dans une phase périlleuse

Donald Trump s’adonne à un jeu dangereux en émoussant la garantie de sécurité accordée par les Etats-Unis aux alliés européens. Ceux-ci, lancés dans une course contre la montre pour se réarmer face à l’impérialisme russe, ne sont pas encore prêts, collectivement, à assumer seuls leur défense. Si Vladimir Poutine avait l’intention, comme le craignent des chefs militaires occidentaux, de mettre à l’épreuve la solidité de l’Otan, le moment le plus favorable pour lui approche très vite.

Les Européens ont plaidé en vain pour que le redéploiement des forces conventionnelles américaines hors d’Europe se fasse en ordre et en concertation, afin de leur laisser le temps de se préparer. Les sautes d’humeur du président américain – qui peste, ces temps-ci, contre le refus européen de l’aider dans sa guerre contre l’Iran – ont mis à bas ce projet. Washington a annoncé le retrait imprévu de 5 000 hommes sur les 35 000 stationnés en Allemagne, puis l’annulation du déploiement dans ce pays de missiles de croisière Tomahawk. Ceux-ci devaient justement rééquilibrer la dissuasion conventionnelle, après le déploiement par la Russie, dans l’enclave de Kaliningrad, de missiles menaçant Berlin et Varsovie.

La vulnérabilité de l’Europe est à son maximum après la cure d’amaigrissement imposée à ses armées au début du siècle, puis le délestage partiel de leurs arsenaux au profit de l’Ukraine dans la foulée de l’invasion russe de 2022. Leurs lacunes restent criantes, que ce soit dans le renseignement satellitaire, la défense antimissile ou la frappe dans la profondeur. Les augmentations de leurs budgets de défense mettront quelques années avant de se traduire sur le terrain. Par exemple, l’initiative Elsa (European Long-Range Strike Approach) qui vise, autour de l’Allemagne, de la France et du Royaume-Uni, à développer des missiles européens de longue portée, ne devrait pas porter ses fruits avant 2030.

En face, l’objectif stratégique du Kremlin est inchangé : Vladimir Poutine ne cherche pas seulement à asservir l’Ukraine et à enrayer son aspiration démocratique. Il vise aussi, comme le souligne la chercheuse à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (Irsem) Céline Marangé dans un livre qui vient de paraître*, à fracturer le camp occidental et à imposer une révision complète des arrangements de sécurité en Europe, dans le but d’affirmer la domination russe sur le continent. Moscou pourrait par exemple tenter une agression limitée contre un pays de l’Est ou du Nord de l’Europe, afin d’effrayer les opinions européennes, de mettre la solidarité occidentale à l’épreuve et de prouver que l’Otan n’est qu’un « tigre de papier ».

Outre l’affaiblissement du lien transatlantique causé par la politique erratique de Donald Trump, plusieurs facteurs peuvent inciter Poutine à passer à l’action. Son économie bénéficie de la hausse des prix du pétrole due à la guerre d’Iran. Son industrie de défense tourne à plein et produit désormais plus de missiles et de munitions que l’armée n’en consomme en Ukraine. Pourquoi devrait-il attendre que les Européens soient prêts à lui résister ? La fragilité politique simultanée des trois plus grands pays européens, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni, où les partis populistes nationalistes ont le vent en poupe, peut lui donner l’impression que le moment est propice.

Depuis quatre ans, les Européens ont maintenu une remarquable unité en soutien à l’Ukraine et la défaite électorale du Hongrois Viktor Orbán ce printemps l’a encore renforcée. Néanmoins, la crise énergétique et l’inflation induite accentuent la « fatigue de la guerre » en Europe occidentale, où l’arbitrage entre besoins des armées et dépenses sociales est de plus en plus complexe à maintenir. Le Kremlin ne cache pas que des escalades sur le terrain sont possibles : c’est le sens de l’emploi, le 24 mai, de son missile balistique à capacité nucléaire Orechnik contre la région de Kiev. Pour l’Europe, le vrai test est peut-être encore à venir.

(*) La guerre d’Europe a commencé, éditions Les Arènes, 22 euros



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Author : Luc de Barochez

Publish date : 2026-05-25 14:00:00

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