L’Express

Gabriel Attal en Une du « JDD » : de Kiev aux médias Bolloré, une stratégie assumée

Voilà Gabriel Attal « l’Ukrainien » entouré de prorusses. Dimanche 3 août, l’ancien Premier ministre pose fièrement en Une du JDD. Trois pages d’entretien et une promesse : « renverser la table ». Pas un mot, néanmoins, sur l’expulsion de Xenia Fedorova, ex-patronne de Russia Today et propagandiste du Kremlin – l’interview a été réalisée avant l’expulsion de Federova mais le journal la défendait déjà depuis plusieurs semaines. Tout le monde en parle, pourtant, dans ce journal. Philippe de Villiers, par exemple, interrogé par Régis Le Sommier – directeur du média prorusse Omerta – juge cette expulsion « illégale » et va jusqu’à comparer Xenia Fedorova à l’écrivain Alexandre Soljenitsyne.

« Laurent Nuñez copie les bonnes vieilles méthodes de l’Union soviétique qui faisait ses mauvais coups en pleines vacances », ajoute, très sérieusement, le fondateur du Puy du Fou. Dans la même double page, le maire de Béziers, Robert Ménard, juge cet arrêté d’expulsion « disproportionné ». Quelques pages plus loin, Iuliia Mendel, ex-porte parole de Volodymyr Zelensky, accuse, toute honte bue, le président ukrainien d’être « le principal bénéficiaire de cette guerre ». On n’avait pas vu de numéro aussi ouvertement prorusse depuis « l’appel au sursaut », en juin, dans le JDNews, avec cet appel on ne peut plus clair : « Pourquoi la France doit renouer avec la Russie ». L’ancien Premier ministre ne pourra pas dire qu’il ne savait pas.

Gabriel Attal ne recule devant rien. Il y a deux ans, alors qu’il était Premier ministre, Stéphane Séjourné portait plainte, au nom de son parti, Renaissance, contre le JDD, dénonçant les « fausses informations » et les « méthodes trumpistes » du journal contrôlé par Vincent Bolloré. En février, Attal réalisait un déplacement à Kiev ; ce dimanche, dans tous les kiosques de journaux, son visage apparaît aux côtés de relais de la propagande de Moscou. Le jour de l’annonce de l’expulsion de Xenia Fedorova, Gabriel Attal n’a pas réagi. Ses concurrents, Raphaël Glucksmann pour n’en citer qu’un, ont été plus clairs. « Xenia Fedorova est l’agent d’influence d’une tyrannie étrangère qui multiplie les opérations de déstabilisation de notre démocratie », rappelait par exemple sur X ce dernier.

Ce n’est pas un simple faux pas ; c’est une stratégie assumée. En novembre 2025, l’élu enchaînait déjà un entretien avec le JDD et une interview d’une heure sur CNews. « On ne peut pas faire campagne sans le groupe Bolloré », a récemment glissé Gabriel Attal à un proche. On comprend mieux, dès lors, qu’il ait dîné, selon L’Obs, avec le directeur général de Canal+, Gérard-Brice Viret, le 30 juin 2025, à l’hôtel d’Evreux. Sur la photo publiée par nos confrères, Attal pose tout sourire au milieu du fils Bolloré, Yannick, et du père, Vincent. Une campagne vaut bien quelques accommodements. « Trois pages d’exposition et une Une au milieu de l’été, ça ne se refuse pas. Sinon on ne parle à personne », se défend-on dans son entourage. Mais peut-on renoncer à ses valeurs, à la défense de l’Europe et à ses principes pour gagner en « exposition » ? Peut-on vraiment dîner en juin avec ceux qui défendent les intérêts russes et serrer la main, en septembre, de Volodymyr Zelensky ? Comment justifier ce grand écart ? Où est passé le candidat qui déclarait que « le combat des Ukrainiens est celui de tous les Européens » ? Gabriel Attal, de Kiev aux médias Bolloré.



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Author : Sébastien Schneegans

Publish date : 2026-08-03 14:00:00

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