Les incendies massifs en Gironde et dans les Landes ont suscité d’importantes craintes pour la santé des habitants, au-delà de la seule question des très importantes destructions matérielles. Les données publiées depuis par Santé publique France se sont finalement révélées rassurantes, notamment parce que les évacuations ont permis de limiter l’exposition de la population non seulement aux flammes, mais aussi aux fumées toxiques. Laurent Filleul, responsable de la cellule régionale de Santé publique France en Aquitaine, détaille les constats faits par ses équipes, tout en appelant les habitants qui retournent chez eux à éviter de s’exposer aux poussières toxiques.
L’Express : Les incendies ont suscité d’importantes craintes en matière sanitaire. Mais finalement, les données publiées par Santé publique France se révèlent – heureusement – très rassurantes…
Laurent Filleul : Nous avons réactivé dès l’apparition des premiers feux le dispositif de surveillance qui avait été mis en place dans la région lors des incendies de 2022. Nous nous appuyons sur le suivi de l’ensemble des passages aux urgences et sur l’ensemble de l’activité des associations SOS médecins dans la région. Nous regardons aussi les diagnostics, en nous focalisant sur plusieurs indicateurs qui peuvent être liés aux feux de forêt, avec notamment les crises d’asthme, et d’autres affections respiratoires.
Effectivement, nos données montrent que, globalement, il n’y a pas eu de hausse d’activité. Le nombre de passages aux urgences toutes causes confondues a même très légèrement diminué. Nous avons certes observé une hausse des consultations pour asthme et pour d’autres syndromes respiratoires chez SOS médecins, mais elle demeure très mesurée, puisqu’on parle d’une trentaine de consultations par jour au maximum sur la période.
Il a été fait état aussi d’une augmentation des consultations pour des crises d’angoisse. Qu’en est-il ?
Nous surveillons les indicateurs liés à la santé mentale car il est bien établi que les crises environnementales peuvent générer beaucoup d’angoisse. Et il faut bien reconnaître que la situation, totalement inédite, était très anxiogène, y compris jusque dans Bordeaux, où nous nous trouvions par moments totalement dans le brouillard des fumées. De fait, les consultations pour anxiété ont augmenté. Mais là aussi d’une façon finalement très limitée, puisque nous avons enregistré seulement de 20 à 30 consultations supplémentaires par jour pour ce motif. Mais comme pour les crises d’asthme, au-delà du chiffre en lui-même car nos données ne sont pas exhaustives, ce sont les tendances qu’il faut retenir c’est-à-dire une tendance à l’augmentation de certains indicateurs sanitaires pouvant être associés aux émissions des feux de forêts.
Comment expliquez-vous le décalage entre les craintes qui se sont manifestées pendant la crise et vos données ?
Il y a eu beaucoup d’évacuations, qui avaient pour but de protéger les populations du feu, mais aussi, dans une certaine mesure, de l’exposition aux fumées. Donc il y a plusieurs hypothèses : soit le nombre de consultations a diminué du fait de la fermeture des cabinets médicaux dans les zones évacuées ; soit les personnes déplacées ont consulté ailleurs, en dehors de la région ; soit les mesures de prévention ont été efficaces ; soit l’épisode, bien qu’impressionnant, n’a pas eu d’effet majeur sur la santé du fait de sa durée relativement courte.
Il peut y avoir un décalage avec les discours d’un certain nombre de soignants sur le terrain, qui ont pu se sentir sous tension. J’y vois plusieurs raisons. D’abord, la clinique d’Arès, qui accueille en temps normal des urgences, a été évacuée : son activité habituelle a pu se reporter sur d’autres établissements. Et au niveau du CHU de Bordeaux, il a fallu en plus se mobiliser pour organiser l’accueil et le relogement des personnes âgées évacuées des Ehpad situés dans les secteurs concernés par les incendies, aux côtés des autorités sanitaires et de l’ensemble des établissements de santé de la région.
Pourrait-il malgré tout y avoir des conséquences sanitaires à plus long terme ?
Les effets de la pollution de l’air dans les zones urbaines sont bien connus. Il existe des conséquences documentées : maux de tête, problèmes oculaires, cardiovasculaires, respiratoires, etc. Cela peut aller jusqu’au décès pour les personnes les plus fragiles. Mais on parle là d’une exposition continue à des produits chimiques et des particules fines liés essentiellement aux transports. Avec ces incendies, les polluants sont différents, et concentrés sur une courte période.
Spontanément, on pourrait se dire qu’une fois le pic de pollution passé, et les problèmes de santé aigus traités, il n’y aura pas d’effets à long terme, mais cela demande à être confirmé par des études, vu les niveaux de particules qui ont été observées. Nous allons donc continuer à surveiller l’état de santé des populations en lien avec ces feux, car c’est la première fois que nous sommes confrontés à un phénomène d’une telle ampleur.
Y a-t-il des conseils spécifiques pour les personnes qui rentrent chez elles, en particulier dans les zones les plus exposées à l’incendie ?
Leurs maisons ont été exposées aux fumées. Il y a donc eu des dépôts de particules, et même si les logements n’ont pas été détruits, il va forcément y avoir une phase de nettoyage. Dans ce cas, il faut porter des gants, un masque FFP2, des vêtements longs. Il faut éviter au maximum de remettre en suspension les particules en nettoyant à l’eau, avec des linges humides, sans aspirateur ni nettoyeur à haute pression. Il faut aussi éviter de secouer le linge, par exemple. Tous les aliments qui n’étaient pas emballés doivent être soigneusement nettoyés, voire jetés, tout comme les fruits et les légumes des jardins. Attention aux œufs également, puisque les poules picorent le sol. De même, la consommation de l’eau des puits est interdite, dans l’attente des analyses menées par l’Agence régionale de santé. Les particules se sont déposées partout et elles contaminent toutes les surfaces ainsi que les aliments exposés, par leur simple présence mais aussi par les substances chimiques qu’elles transportent. Le nettoyage et le rinçage sont donc essentiels pour ne pas se contaminer.
Quelques études nord-américaines avaient fait état d’un risque spécifique lié aux incendies pour les femmes enceintes. Qu’en est-il ?
Nous connaissons ces publications, mais en l’état, les personnes concernées ont été évacuées. Nous ne nous pensons pas qu’il puisse y avoir un impact ici, avec les incendies que nous avons connus, car les expositions ont été relativement limitées. Néanmoins, comme pour l’ensemble de la population, nous surveillerons cela avec une grande vigilance et nous rappelons que les femmes enceintes comme les personnes les plus fragiles, ne doivent pas contribuer au nettoyage des retombées des feux de fumées.
Source link : https://www.lexpress.fr/sciences-sante/incendies-il-y-a-eu-un-decalage-entre-les-craintes-et-la-realite-des-consequences-sur-la-sante-V3TRXNFYGJFNJKOLMCPASQUWGI/
Author : Stéphanie Benz
Publish date : 2026-08-07 14:00:00
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