Il y a la grande histoire, celle qu’a écrite la Ve République. Et il y a les petites histoires, ces secrets qui n’ont l’air de rien mais qui contribuent souvent de manière décisive aux résultats finaux. L’Express a choisi de raconter, en ce dernier été avant la grande bataille de 2027, ces épisodes méconnus des campagnes passées, de cette table qui ne se retrouve pas par hasard au débat de l’entre-deux-tours entre François Mitterrand et Jacques Chirac en 1988 jusqu’au placard qu’ouvre fortuitement François Hollande pour y faire une drôle de découverte sur Emmanuel Macron…
EPISODE 1 – Présidentielle 1988 : la table de François Mitterrand qui fit vaciller Jacques Chirac
EPISODE 2 – Le parking de Jacques Chirac : ces réunions clandestines qui ont changé la présidentielle de 1995
EPISODE 3 – Nicolas Sarkozy : le drapeau bleu-blanc-rouge qui bouscula la campagne de 2007
Dans le doute, mieux vaut être attentifs aux signes. François Hollande l’a appris à ses dépens. Est-ce à l’automne 2015 ? Peut-être à l’hiver ? Qui sait, début 2016 ? Qu’importe. Même si certains protagonistes de l’histoire peinent à replacer précisément l’anecdote dans la chronologie de l’ascension d’Emmanuel Macron, la toile de fond reste la même : à cette époque, le ministre de l’Economie, en place depuis un peu plus d’un an, a déjà la bougeotte. Même s’il n’évoque jamais publiquement ses ambitions, dans l’ombre, d’enthousiastes compagnons – Stanislas Guérini, Cédric O, Ismaël Emelien, Benjamin Griveaux, Julien Denormandie… – façonnent en secret ce qui est appelé à devenir En Marche!.
La petite entreprise avance bien ; si bien qu’ils viennent tout juste de trouver le nom du parti et même une ébauche de logo. Chut ! Tout cela doit rester confidentiel. Quoi de mieux que le « Paquebot » pour cacher les maquettes et essais graphiques ? Brigitte Macron, en lien constant avec le bataillon, range le carton et ses trésors dans un placard, chez elle, à Bercy. « Pour nous c’était une aventure bon enfant, on n’avait pas l’impression d’être une petite bande de comploteurs », glisse l’un de ces marcheurs des débuts. L’histoire a pourtant tout d’une conspiration et la scène d’un vaudeville de théâtre de boulevard.
Un soir, Emmanuel et Brigitte Macron invitent François Hollande et sa compagne Julie Gayet à dîner dans leurs appartements privés du ministère. Même lorsqu’on est habitué au faste de la vie culturelle parisienne, le lieu a de quoi fasciner l’actrice pendant le petit tour du propriétaire : le petit salon qui surplombe la Seine est exquis, la vue à 180 degrés sur la capitale une fois la nuit tombée captivante, le mobilier délicat. Amusée, Julie Gayet prend ses aises. Tiens, pourquoi ne pas ouvrir ce placard ? Celui qu’il ne fallait pas ouvrir, évidemment. Brigitte Macron manque d’avaler de travers : la compagne du président tombe nez à nez sur le carton et le logo d’En Marche!, qui n’est autre que les deux initiales de leur hôte. Heureusement pour lui, elle referme aussitôt le placard, sans comprendre qu’elle vient d’avoir sous les yeux la preuve de la future « trahison ». L’histoire aurait pu basculer ce soir-là. La frayeur d’un instant laisse place à la jubilation de ne pas avoir été « grillés » : peu après, Brigitte Macron ne résistera pas à l’idée de raconter aux lieutenants de son mari ces quelques secondes suspendues.
Plusieurs mois plus tard, même ministère, même salle à manger, même cachotterie, même angoisse d’être démasqué. Début juillet 2016, Emmanuel Macron a déjà officiellement lancé son parti mais jure encore ne pas vouloir participer à la course pour l’Elysée. Il convie ce soir-là François Hollande et Julie Gayet à visiter l’exposition Carambolages au Grand Palais, puis invite de nouveau le couple présidentiel à dîner dans ses appartements à Bercy. Ils sont rejoints par un joyeux trouble-fête, ami du ministre de l’Economie, qui le demeure encore aujourd’hui : l’animateur Stéphane Bern, amateur de têtes couronnées et, visiblement, de celles destinées à le devenir.
L’ex-chef de l’Etat se souvient encore très bien de la petite sauterie et, avec le recul, de la tension dans le regard de ses hôtes. C’est un François Hollande hilare et semble-t-il bien informé qui le raconte : « A un moment donné au cours du dîner, j’ai dû aller aux toilettes et ils avaient peur : ils ont craint que, sur le chemin, je m’amuse à ouvrir des placards et que je tombe sur les affiches de campagne ! » Heureusement pour le couple Macron, il n’en fut rien. Mais vous pouvez toujours compter sur Stéphane Bern pour mettre un peu de piment dans une soirée… En se tournant vers le patron de Bercy, il s’exclame, sans crier gare : « Alors, qui sera candidat à l’élection présidentielle !? ». Silence. Malaise. A défaut d’avoir ouvert le placard, le fou du roi, comme le surnomme Hollande dans son livre Les Leçons du pouvoir, a ouvert la porte au doute. Ce ne sera pas suffisant pour que François Hollande évite le parricide. Le destin avait pourtant tout tenté pour l’alerter.
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Author : Erwan Bruckert
Publish date : 2026-08-10 15:00:00
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