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Le blocus, cette option que la Chine envisage pour prendre le contrôle de Taïwan

Le blocus, cette option que la Chine envisage pour prendre le contrôle de Taïwan

Selon les informations du Wall Street Journal (WSJ), les forces armées chinoises mettent en place depuis des années une stratégie qui permettrait de prendre le contrôle de l’île de Taïwan. Le tout, sans affrontement direct entre les troupes. Cette stratégie, selon le journal, consisterait à encercler l’île et la couper du monde, afin de « l’étrangler jusqu’à la soumission ».

Si l’armée chinoise a été agrandie et modernisée sous la présidence de Xi Jinping, elle n’a encore jamais été soumise à un véritable conflit armé. La plupart des experts estiment que les forces armées chinoises ne sont pas prêtes pour une invasion amphibie à travers le détroit de Taïwan, large de 177 kilomètres, rendu difficilement navigable par des conditions maritimes difficiles, des falaises et des marécages qui compliqueraient un débarquement. « De plus, les systèmes de missiles antinavires taïwanais, certains fournis par les Etats-Unis, constituent un important facteur de dissuasion », pointe le WSJ.

Un blocus ne présenterait pas ces difficultés. L’armée a d’ailleurs déjà montré à plusieurs reprises qu’elle en était capable, en encerclant l’île de ses navires. « Plus la Chine se prépare, plus le risque augmente que Pékin décide de passer sans préavis des manœuvres militaires à la guerre », juge-t-il désormais.

Des simulations inquiétantes déjà en cours

Différentes stratégies auraient ainsi été imaginées par le Pentagone américain, les experts internationaux ainsi que l’exécutif taïwanais, dont la présidente aurait récemment présidé des simulations grâce à des « jeux de guerre sur table », selon le journal. Pour les experts, les exercices militaires chinois donnent notamment des indices sur la stratégie à laquelle Pékin procéderait. En octobre dernier, un nombre record de 125 appareils militaires chinois, dont des chasseurs, des hélicoptères et des drones ont participé à des exercices aéronavals de grande envergure simulant un blocus de Taïwan, l’encerclant totalement, selon le ministère taïwanais de la Défense. Parmi eux, 90 navires militaires et garde-côtes, accompagnés de plusieurs milliers de soldats.

L’armée chinoise a décrit ces manœuvres comme des exercices de préparation au combat, incluant des frappes terrestres et maritimes ainsi que des blocus portuaires. « Dans les scénarios de blocus envisagés par les Etats-Unis, Taïwan et d’autres, dès que l’assaut aérien chinois commence, sa marine – la plus grande du monde, avec plus de 370 navires – est déjà en mouvement », détaille le Wall Street Journal. Selon le Pentagone, six sous-marins nucléaires lanceurs de missiles balistiques seraient aussi susceptibles de participer à un conflit direct avec la marine taïwanaise.

La Chine dispose largement des ressources militaires pour encercler Taïwan : environ 1 900 chasseurs, 500 bombardiers et 3 000 missiles capables d’atteindre l’île. Sans parler des drones, identifiés comme une force en expansion dans l’armée chinoise et source d’inquiétude pour le gouvernement taïwanais.

Dépendances énergétique et alimentaire

La faille principale de Taïwan réside dans sa dépendance énergétique et alimentaire à l’extérieur : l’île dépend des importations pour 96 % de son énergie, incluant le pétrole, le charbon et le gaz naturel. Elle importe aussi 70 % de son alimentation. L’interception des navires transportant les ressources vitales de Taïwan, et le sabotage de ses lignes d’approvisionnement énergétique constituerait ainsi une voie royale pour Pékin, afin de forcer l’île à se soumettre à son autorité. « Une telle quarantaine débuterait probablement par l’annonce par Pékin de nouvelles règles imposant des inspections aux navires entrant à Taïwan, ciblant potentiellement le port de Kaohsiung, le plus grand de l’île », imagine le Wall Street Journal.

Autre angle d’attaque probable, pointe cette fois le Economic Times, principal quotidien économique indien : la cyberguerre. « Chaque grand exercice militaire chinois à proximité de Taïwan s’est accompagné de vagues de cyberattaques visant les systèmes gouvernementaux et les réseaux de communication », pointe le journal. Avant de souligner la mise en évidence de la vulnérabilité taïwanaise « lorsque des câbles Internet sous-marins ont été mystérieusement sectionnés en 2024 ».

Taïwan peut-elle se défendre ?

Pour tenter de riposter en cas d’encerclement, Taïwan a organisé en mars un exercice militaire de cinq jours, « et une prochaine simulation se basera sur l’hypothèse que la Chine prépare une invasion pour 2027 », détaille encore le média américain. Pourtant, le sort de l’île et de ses habitants ne se jouera peut-être pas sur le champ de bataille. Car plus que la préparation de l’armée taïwanaise, c’est l’attitude du président américain, allié de la petite république, qui influencera les calculs de Pékin. Car pour le journal américain, aucun doute : une telle manœuvre militaire « provoquerait une réponse militaire de Taïwan, obligerait le président Trump à décider si l’armée américaine doit aider à défendre l’île, perturberait le commerce mondial et pousserait les nations européennes à imposer des sanctions sévères contre Pékin ».

La réponse des Etats-Unis est néanmoins plus qu’incertaine, selon le Economic Times, qui relève que la position de Washington sur Taïwan a toujours été délibérément ambiguë. « La politique étrangère imprévisible de l’ancien président Donald Trump a ébranlé les alliances », soulève le journal à propos de la récente suspension du soutien américain à l’Ukraine. Dans le cas de Taïwan, une décision similaire sur Taïwan pourrait enhardir Pékin.



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Publish date : 2025-03-24 19:16:00

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