Cela ne s’appelle pas un conseil des ministres, mais cela y ressemble. Même lieu, l’Elysée, même chef : le président. Emmanuel Macron convoque de nouveau autour de lui, ce jeudi 3 avril, des membres importants du gouvernement avec une idée en tête, accélérer pour trancher.
Cela s’appelle un Premier ministre, et lui n’a pas l’intention de renoncer aux prérogatives d’une fonction qu’il a conquise de haute lutte. François Bayrou n’aime pas davantage se faire marcher sur les pieds que se faire tordre le bras. Les réunions se multiplient autour du chef de l’Etat ? « Il a le temps !, sourit-on à Matignon. Avoir un Premier ministre qui fait le boulot c’est quand même mieux. » Deux salles, deux ambiances… Car la pression est maximale : c’est rapidement qu’il s’agirait de faire le boulot. « Le risque, c’est que le président se lasse », reconnaît un proche de François Bayrou.
Le 5 mars, Emmanuel Macron dans une allocution solennelle n’y allait pas par quatre chemins, promettant des « investissements supplémentaires » en matière de défense, « compte tenu de l’évolution des menaces » : « Nous aurons à faire de nouveaux choix budgétaires, et des investissements supplémentaires qui sont désormais devenus indispensables. » Le lendemain matin, François Bayrou annonçait qu’il aurait « l’occasion de [s]’exprimer dans les jours qui viennent sur les choix que le gouvernement a l’intention de porter ». Apparemment, l’occasion ne s’est pas présentée…
C’est qu’il veut prendre son temps, au risque d’entretenir l’impatience élyséenne. Le week-end dernier, après y avoir travaillé avec des ministres, François Bayrou confie à un ami : « Le budget 2026 est impossible. » Il a donc décidé d’ambiancer, fort de son ancienne conviction qu’il faut faire partager aux Français la conscience exacte des finances publiques. Cela fait longtemps que le Palois le dit : « Les gosses devraient être dans la rue ! On leur met comme charge 3 200 milliards d’euros… » Mardi, devant le Cese, il a dénoncé le « scandale moral » qu’est le surendettement de la nation – mais qui l’a entendu ?
« Reprise en main totale de l’Elysée »
« La question, c’est la légitimation », insiste-t-on à Matignon. Mercredi, c’est le président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, qui a été reçu puisqu’il aura un rôle à jouer pour attester de la situation. François Bayrou prépare en effet pour la mi-avril ce qui doit être à ses yeux un grand événement pédagogique. Cette fois, il faut être entendu, il faut être compris. Et une fois n’est pas coutume, il prend comme exemple son meilleur ennemi, Edouard Philippe, avec sa grande conférence de presse sur le Covid : pendant plus d’une heure et demie, le Havrais, tableaux à l’appui, avait présenté en mars 2020 la stratégie du gouvernement et sensibilisé l’opinion à ce nouveau danger. Ce jour-là avait marqué les Français.
Le contexte international, « les étoiles noires » qui se multiplient jusqu’à la guerre commerciale décrétée par Donald Trump, avec ses risques récessifs importants, est de nature à sensibiliser l’opinion. Mais François Bayrou veut à tout prix éviter deux écueils : faire passer l’exigence d’efforts qui seront demandés aux Français comme une réponse au financement de l’effort militaire ; miser sur la seule habileté alors que la lourdeur des décisions à prendre exige de ne pas finasser.
Emmanuel Macron, redevenu omniprésent, n’a pas attendu 24 heures pour réagir aux déclarations du président américain, lors d’une réunion avec les filières concernées par la hausse des tarifs douaniers retransmise en direct sur plusieurs chaînes d’info. « Les ministres nous racontent la reprise en main totale de l’Elysée », souligne-t-on à Renaissance. « Le président joue avec une épée de bois, il fait des annonces mais il n’y a pas un rond », relativise un fidèle du Premier ministre.
Dans ce nouveau jeu de rôles, François Bayrou entend faire du Bayrou. « Soyez vous-mêmes, les autres sont déjà pris », disait Oscar Wilde. Le Premier ministre n’a aucune intention d’être différent de ce qu’il est. S’il s’est parfois étonné de voir le président changer d’avis à une vitesse grand V, il ne se laissera pas aller à une bataille ouverte avec l’Elysée. Le départ du secrétaire général Alexis Kohler ne le chagrinera pas tant celui-ci n’a jamais été son allié, l’arrivée d’Emmanuel Moulin le réjouit. Mais que chacun reste sur sa rive et la scène sera bien gardée : lui veut choisir son rythme et son chemin. Il a toujours aimé la scène du film d’Alain Resnais, L’année dernière à Marienbad. Devant un jeu de cartes, Sacha Pitoëff remarque : « Tu peux perdre. Mais je ne perds jamais. » Il en a fait une maxime : « Gagner ou perdre je m’en fous, pourvu que je gagne. »
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Author : Eric Mandonnet
Publish date : 2025-04-03 17:00:00
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