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Réindustrialisation : ce que cachent les investissements record en France

Réindustrialisation : ce que cachent les investissements record en France

Depuis 2017, Emmanuel Macron en a fait la colonne vertébrale de sa présidence. Pour relancer la compétitivité de la France et rattraper nos voisins européens, il s’est fixé un objectif : faire grimper à 15 % la part de l’industrie manufacturière dans le produit intérieur brut français à l’horizon 2035. Année après année, de sommet « Choose France » en sommet « Choose France », l’Elysée se gargarise des promesses d’investissements européens et internationaux et cette année, le montant de ces annonces a atteint un record assez remarquable. Mais attention à ne pas crier victoire trop vite ! Dans la nouvelle édition de son rapport annuel, le cabinet Trendeo, qui collecte des données sur l’investissement et l’emploi depuis 2009, évoque un « résultat trompeur ».

67 des 125 milliards d’euros d’investissements annoncés – plus de la moitié, donc – sont destinés à la création de data centers au sein de l’Hexagone. « C’est une bonne nouvelle de voir la France ainsi positionnée sur cette catégorie de projets, elle qui s’était fait doubler par les Etats-Unis ou l’Allemagne dans le secteur des semi-conducteurs notamment », remarque David Cousquer, le fondateur de Trendeo, avant de tempérer, « mais il nous manque encore une vraie dynamique dans le secteur industriel. »

Une timide reprise de l’emploi industriel

Concrètement, entre 2024 et 2025, les annonces d’investissements dans l’industrie se maintiennent à un bon niveau, mais l’installation de data centers ne peut pas être apparentée à une relance de l’industrie manufacturière. Certes, l’ouverture de ces centres pourrait avoir un impact positif sur le secteur, mais encore faut-il que le déploiement de ces grands projets fasse vivre un certain nombre sous-traitants locaux, condition primordiale pour la création d’emplois.

Dans son rapport d’ailleurs, Trendeo note une timide reprise de l’emploi industriel après une année 2024 catastrophique. Avec un solde net d’environ 51 000 emplois créés, on est encore très loin des niveaux atteints juste après la pandémie de Covid-19 (plus de 100 000 emplois créés en 2021 et en 2022).

Cette relative atonie de l’emploi industriel s’observe aussi par une hausse massive du ratio entre l’investissement et le nombre d’emplois créés. Concrètement, cela signifie que si les promesses de financement augmentent, elles ne permettent pas nécessairement de créer de l’emploi. Une fois encore, cela s’explique en partie par l’ouverture prochaine de plusieurs data centers qui ont besoin de beaucoup de capital et de peu de main-d’œuvre pour fonctionner.

Mais cette explication est loin d’être suffisante : cette tendance s’observe aussi dans les secteurs traditionnellement moins capitalistiques. D’après David Cousquer, cela peut s’expliquer par « la hausse des investissements liés à la décarbonation. « Ainsi, une entreprise industrielle qui souhaiterait « remplacer son four à gaz par un four électrique ne fera que maintenir le niveau de l’emploi, sans créer de postes supplémentaires. »

Faut-il alors craindre la concentration des investissements dans une poignée de projets menés par des grands groupes au détriment des PME et des entreprises de taille moyenne ? « A terme, cela peut être bénéfique, appuie le fondateur de Trendeo, si ces grandes entreprises ne sont pas trop coupées du tissu économique local, comme on peut le voir en Allemagne ou en Italie, ces investissements peuvent faire vivre d’autres sociétés plus petites qui, elles, embauchent. »

Reste qu’en 2025, le solde entre les ouvertures et les fermetures d’usine en France s’est sévèrement dégradé. Il a même atteint son plus bas niveau depuis 2013. « Toutes les catégories d’entreprises ouvrent moins d’usines qu’en moyenne [sur la période 2009-2025], avec un décrochage particulièrement marqué chez les PME », explique ainsi Trendeo. Côté fermetures d’usine, plusieurs grandes entreprises ont annoncé des restructurations importantes qui aggravent ce solde.

Vers une crise industrielle en 2026 ?

La situation industrielle de la France reste donc assez préoccupante, d’autant que la tendance est plutôt mal orientée : en effet, les premiers mois de l’année 2025 ont connu plus de promesses d’investissements et de créations d’emploi que les derniers.

Le premier mois de l’année 2026, quant à lui, est le plus mauvais mois de janvier depuis la période du Covid-19, plombé par de nombreuses suppressions d’emplois tant par les grands groupes (Capgemini, Société Générale…) que par le secteur public. Impossible de crier à la catastrophe pour le moment, ces indicateurs étant particulièrement volatils d’un mois sur l’autre. Pour l’instant, les compteurs sont au rouge.



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Author : Mathias Penguilly

Publish date : 2026-02-05 21:00:00

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