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Chômage en hausse en France : ce que nos voisins européens ont fait pour l’enrayer

Chômage en hausse en France : ce que nos voisins européens ont fait pour l’enrayer

Qu’avons-nous raté ? Alors qu’Emmanuel Macron avait érigé en priorité le retour au plein-emploi, les derniers chiffres publiés par l’Insee révèlent une nouvelle envolée du chômage, qui a atteint fin 2025, 7,9 %, soit le niveau le plus élevé depuis 2021. Sans surprise, les jeunes sont les premiers impactés. Avec 21,5 % des 15-24 ans au chômage, ces derniers accusent une hausse de 2,8 % sur un an.

Ces dernières années, plusieurs de nos voisins européens ont connu des périodes de forte recrudescence de leur nombre de demandeurs d’emplois. Certains peinent encore à s’en dégager. D’autres y sont arrivés. Revue de détail.

L’échec du redressement espagnol

Après plus d’une décennie à rester piégée dans les fonds du classement européen, l’Espagne est arrivée à descendre sous la barre symbolique des 10 % l’an dernier. Mais en dépit d’une embellie, le chômage chez les moins de 25 ans reste très élevé, autour de 23–25 % – bien au-dessus de la moyenne européenne de 14,5 %. A fortiori, un grand nombre d’entre eux sont embauchés en contrats temporaires et subissent une rotation fréquente d’emplois de faible qualité. Les données détaillées par région montrent également d’importantes disparités régionales. Dans certaines communautés autonomes, comme en Andalousie, le chômage a tutoyé jusqu’à 20 %, comme en 2023, et dépasse régulièrement 30 % chez les moins de 25 ans.

Parmi les explications de ces mauvais résultats, plusieurs études pointent une mauvaise adéquation entre formation et besoins du marché. D’autres soulignent le redressement difficile de la crise de 2008, après laquelle de nombreuses entreprises ont substitué les CDI par des contrats temporaires. Ce phénomène, qu’ont tenté de contenir plusieurs réformes – a progressivement figé le marché du travail espagnol en deux blocs étanches : d’un côté, des salariés en emploi stable, protégés par des contrats à durée indéterminée ; de l’autre, une génération de travailleurs précaires, souvent jeunes, enchaînant les contrats courts, avec peu de perspectives d’évolution vers un emploi durable.

Le succès de la méga-réforme italienne

Ce qui distingue le plus l’Italie de ses voisins, c’est probablement la persistance d’un net écart entre les sexes. Le taux d’emploi des femmes reste l’un des plus faibles en Europe occidentale, inférieur de près de 19 points de pourcentage à celui des hommes. A ce déséquilibre s’ajoutent de fortes disparités régionales entre le Nord industriel où le chômage oscille autour de 4 %, proche du plein-emploi, et le Mezzogiorno, où il reste structurellement élevé, dépassant régulièrement 15 %.

Reste que la Botte compte parmi les pays de l’UE qui ont connu la plus spectaculaire réduction du chômage. A plus de 8 % en 2010 – avant de culminer à plus de 12 % au milieu des années 2010 – il est tombé à 5,6 % fin 2025, un plancher inédit depuis 2004. Une reprise qui tient moins à une amélioration du contexte économique qu’à une réforme progressive du marché du travail engagée au milieu des années 2010, qui a assoupli l’embauche en CDI, simplifié les règles de licenciement injustifié, ou encore ajusté le système d’indemnisation chômage. Couplée à des exonérations ciblées, cette flexisécurité à l’italienne a favorisé une hausse graduelle de l’emploi, sans toutefois parvenir à corriger l’intégralité les fragilités structurelles du modèle transalpin, parmi lesquels le chômage des jeunes, parmi le plus élevé du Vieux Continent.

Les Pays-Bas, champions de la flexibilité

Avec un taux de chômage en dessous des 4 %, le Royaume compte parmi les meilleurs élèves d’Europe. Le taux d’emploi des 15-64 ans y est d’ailleurs l’un des plus élevés de l’OCDE (près de 80 % contre 69 % dans l’UE). Et même si les jeunes sont les plus touchés aux Pays-Bas par le chômage (10,8 %), ces derniers restent relativement épargnés eu égard de leurs camarades continentaux. Mais alors quel est le secret du pays des tulipes ? La flexibilité, d’abord, avec une forte mobilité entre emplois, la possibilité de cumul d’emplois, des allocations-chômage flexibles, et un recours décomplexé au temps partiel, à l’image de l’Allemagne. Plus de 40 % des personnes employées travaillent à temps partiel, bien au-dessus de la moyenne européenne qui gravite autour des 18 %. Le recours aux contrats à durée limitée est également plus élevé que dans beaucoup de pays européens. Près de 20 % des Néerlandais sont salariés sous l’égide d’un contrat temporaire, contre 11 % dans l’ensemble de l’Union européenne.

Pologne, le miracle conjoncturel

Combien d’autres au sein de l’Union européenne peuvent revendiquer un taux de chômage tutoyant les 3 % ? Les Polonais ont de quoi faire rougir le couple franco-allemand qui ne parvient pas à descendre en dessous la barre des 5 %. Oscillant autour de 12 %, le taux de chômage des jeunes reste lui aussi relativement modéré par rapport à beaucoup de pays européens. Ces performances sont d’autant plus impressionnantes que la Pologne a connu des taux de chômage supérieurs à 10 % après la crise financière de 2008, et que celles-ci ne sont pas dopées par le recours massif aux contrats précaires, à rebours de l’Allemagne ou des Pays-Bas.

Cette baisse du chômage ne résulterait pas non plus d’une grande réforme « anti-chômage » comparable au Jobs Act transalpin, mais plutôt d’une accumulation de mesures pragmatiques : des politiques actives d’emploi renforcées, un cadre du travail suffisamment souple pour faciliter l’embauche, et surtout une économie en rattrapage génératrice d’emplois. A cela s’ajoutent des facteurs démographiques — vieillissement et pénurie de main-d’œuvre — qui poussent les entreprises à s’adapter en augmentant les salaires ou en réorganisant le travail par exemple, plutôt qu’en supprimant des emplois.



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Author : Ambre Xerri

Publish date : 2026-02-10 13:42:00

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