Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a souhaité transmettre, ce samedi 14 février, un message d’unité aux Européens, affirmant que Washington ne cherchait pas à abandonner l’alliance transatlantique. Le discours de Marco Rubio, axé sur la cohésion et l’héritage commun avec l’Europe, a été plutôt bien accueilli par les diplomates réunis à la Conférence annuelle sur la sécurité de Munich.
Mais le chef de la diplomatie américaine a également repris certaines critiques de l’administration Trump visant l’Europe, notamment sur l’immigration de masse et le changement climatique, et a parfois visé les responsables européens. Son intervention contraste toutefois nettement avec celle du vice‑président J.D. Vance prononcée un an plus tôt au même endroit, dans laquelle il affirmait que le principal danger pour le Vieux Continent venait de la censure et du recul démocratique, plutôt que de menaces extérieures comme la Russie.
« À une époque où les gros titres annoncent la fin de l’ère transatlantique, qu’il soit clair pour tous que ce n’est ni notre objectif ni notre souhait, car pour nous, Américains, notre foyer est peut‑être dans l’hémisphère occidental, mais nous restons toujours un enfant de l’Europe », a déclaré Marco Rubio. « Pour les États-Unis et l’Europe, nous sommes ensemble. »
« Nos plus anciens amis »
Alors que l’agenda « America First » (l’Amérique d’abord) de Donald Trump est de plus en plus perçu par les alliés et adversaires comme « America Alone » (l’Amérique seule), et que les treize premiers mois de son deuxième mandat ont été marqués par des dissensions avec l’Europe, Marco Rubio a cherché à appeler à l’unité. « Je suis ici aujourd’hui pour préciser que l’Amérique trace la voie d’un nouveau siècle de prospérité, et que, de nouveau, nous voulons le faire ensemble, avec vous, nos alliés précieux et nos plus anciens amis », a-t-il affirmé.
Le discours était cependant notablement avare en détails. Marco Rubio n’a pas mentionné la Russie – principal adversaire géopolitique de l’Europe – durant les quelque trente minutes de son intervention, ni même cité l’Otan, principal bloc de sécurité du continent, ou a exprimé un soutien américain à la sécurité européenne.
Soulagement et prudence chez les Européens
Le fait que le message général de Marco Rubio ait été perçu comme un soulagement par les responsables européens illustre l’évolution du paysage transatlantique de ces dernières années. Alors que la grande majorité des responsables et parlementaires américains affichaient un engagement indéfectible envers l’Europe avant la montée en puissance de Donald Trump, l’administration actuelle a bousculé cette norme.
Dans le document présentant la stratégie de sécurité nationale des Etats-unis publiée en décembre, Washington avertissait que l’Europe risquait un « effacement civilisationnel » et pourrait perdre un jour son statut d’allié fiable. Plus récemment, Donald Trump a menacé d’imposer des droits de douane aux alliés européens pour ne pas l’avoir soutenu dans sa volonté d’arracher le Groenland au Danemark, même si la crise transatlantique autour de l’île semble aujourd’hui en partie retombée.
« Le discours semblait apaisé et c’est une bonne chose », a déclaré un haut diplomate européen sous le sceau de l’anonymat. « Il reste beaucoup de questions en suspens, mais je pense qu’utiliser ces notes émotionnelles est un signal qu’il est encore possible d’être ensemble, sous une forme différente. » D’autres diplomates et élus américains se montrent plus sceptiques, affirmant que le discours comportait les mêmes sous‑entendus que celui de J.D. Vance. « Il n’a pas eu la virulence de Vance, mais il a abordé beaucoup des mêmes thématiques, tout en n’évoquant pas les principaux défis de sécurité auxquels nous sommes confrontés », a déclaré à Reuters le sénateur démocrate Andy Kim. « Il aurait pu parler de l’Ukraine, de la Russie, de la Chine, d’autres sujets. À la place, il a parlé d’immigration de masse et de questions internes liées à la honte de notre propre histoire. »
De fait, tout au long de son intervention, Marco Rubio a mêlé compliments et critiques subtiles. Il a notamment évoqué ses propres ancêtres européens et les trésors culturels et architecturaux du continent, tout en suggérant que les dirigeants européens s’étaient parfois détournés d’éléments précieux de leur passé.
« Nous voulons des alliés fiers de leur culture et de leur héritage, conscients que nous sommes les héritiers d’une même grande et noble civilisation, et qui, avec nous, sont prêts et capables de la défendre. Et c’est pourquoi nous ne voulons pas d’alliés qui cherchent à rationaliser un statu quo brisé », a-t-il affirmé.
Les discours des dirigeants européens à la conférence de Munich ce vendredi ont montré qu’ils s’efforcent de tracer une voie plus indépendante après une année de bouleversements sans précédent dans les relations transatlantiques, tout en cherchant à préserver leur alliance avec les Etats-Unis. Dans son intervention, le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré que Berlin avait entamé des discussions avec la France au sujet d’une dissuasion nucléaire européenne, tandis que le président Emmanuel Macron a affirmé que l’Europe devait devenir une puissance géopolitique, la menace russe n’étant pas appelée à disparaître.
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Publish date : 2026-02-14 12:01:00
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