Le suspense demeurait quant à la sanction qui pourrait frapper les nations européennes ayant refusé, ces dernières semaines, d’envoyer leurs marines dans le détroit d’Ormuz afin de soutenir l’initiative américaine de réouverture forcée de ce passage stratégique. Le début des représailles est tombé mercredi 29 avril, lorsque Donald Trump a annoncé que son administration envisageait de réduire le nombre de troupes américaines en Allemagne. « Les États-Unis étudient et examinent une possible réduction des troupes en Allemagne, une décision devant être prise dans un avenir proche », a assuré le président américain sur Truth Social.
Auprès de l’agence de presse Reuters, un haut responsable de la Maison-Blanche avait déjà indiqué plus tôt ce mois-ci que Donald Trump évoquait la possibilité de retirer une partie des troupes américaines d’Europe. Selon les données du Defense Manpower Data Center, plus de 68 000 militaires étaient stationnés en Europe fin 2025, dont plus de la moitié en Allemagne.
Les critiques du chancelier allemand
Les raisons de cette punition ciblée ? Donald Trump s’est opposé ces derniers jours au chancelier allemand au sujet de la guerre en Iran. Mardi, le dirigeant américain a affirmé que Friedrich Merz ne savait pas de quoi il parlait après que ce dernier a déclaré que les Iraniens humiliaient les États-Unis dans les négociations visant à mettre fin à un conflit qui dure depuis deux mois.
Comme le souligne le New York Times, l’Allemagne et son chancelier ont beaucoup investi dans leur relation avec Donald Trump. Depuis son arrivée au pouvoir en mai dernier, Friedrich Merz s’est rendu à plusieurs reprises à la Maison-Blanche, notamment depuis le début de la guerre avec l’Iran. « Il flatte Trump devant les caméras et lui envoie souvent des messages. Merz a fait presque tout ce que le président demandait concernant l’Iran, notamment en autorisant les États-Unis à utiliser pleinement leurs bases militaires en Allemagne pour lancer des attaques et en engageant des dragueurs de mines pour patrouiller le détroit d’Ormuz une fois la guerre officiellement terminée », détaille le journal américain.
Mais le chef du gouvernement allemand est aussi connu pour s’écarter de son discours dans des contextes moins formels, notamment lorsque le contexte politique est tendu. « Les Américains n’ont manifestement pas de stratégie », a-t-il déclaré lundi devant des étudiants lors d’une assemblée dans un lycée de l’ouest de l’Allemagne. « Et le problème avec ce type de conflits, c’est qu’il ne suffit pas d’y entrer, il faut aussi savoir en sortir (…). Donc cette situation est au minimum mal réfléchie », a-t-il poursuivi.
Contre-attaque immédiate de Donald Trump — connu pour s’en prendre à ses alliés lorsqu’ils le critiquent en public — qui a en réponse accusé Friedrich Merz de soutenir les ambitions nucléaires de Téhéran. Cet échange a provoqué un certain émoi médiatique en Allemagne, les journalistes politiques se demandant si Friedrich Merz avait gaspillé la bonne volonté durement acquise auprès du président. « Il a aussi révélé à quel point la patience de l’Europe s’est amenuisée face à une guerre que ses dirigeants n’ont pas choisie et pour laquelle ils n’ont pas été consultés », souligne encore le New York Times.
Berlin veut devenir la plus grosse armée d’Europe
Le message de Donald Trump est intervenu quelques heures après que le plus haut gradé allemand, Carsten Breuer, a rencontré le sous-secrétaire à la Défense Elbridge Colby et d’autres responsables américains mercredi. Au centre des discussions, l’ambition de Berlin de devenir « la plus grosse force conventionnelle d’Europe » et de mettre en place, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, une stratégie militaire en dehors de l’Otan.
Une annonce d’abord bien accueillie par le secrétariat de la Défense américain, qui a salué « une voie claire à suivre ». « Le président Trump a clairement indiqué que l’Europe devait prendre davantage ses responsabilités et que l’Otan ne devait plus être un tigre de papier », a déclaré Elbridge Colby sur X. « L’Allemagne joue désormais un rôle de premier plan dans ce domaine. Après des années de désarmement, Berlin passe à l’action. »
Selon le haut gradé allemand Carsten Breuer, Elbridge Colby aurait même exprimé une « grande appréciation » pour la stratégie militaire de l’Allemagne, son ambition d’assumer un rôle de leadership accru au sein de l’Otan et son engagement financier pour atteindre cet objectif. Donald Trump critique depuis longtemps l’Allemagne et d’autres pays européens pour leur manque de dépenses en matière de défense, même s’il a salué la décision des membres de l’Otan d’augmenter ces dépenses à 5 % du PIB. Qu’il considère que l’Allemagne est prête à s’autonomiser ou que la nouvelle l’ait vexé encore un peu plus, cette annonce pourrait avoir joué dans l’ire de Donald Trump.
Des menaces dans le vide ?
Il est néanmoins possible que la dernière menace de Donald Trump puisse se noyer au milieu des autres proférées à longueur de journée, sans qu’elle ne soit véritablement mise à exécution. « Il lui arrive parfois de passer à d’autres griefs sans donner suite à ses menaces », remarque ainsi le New York Times. Avant d’ajouter que « sa colère envers l’Otan, et son hostilité particulière envers Merz, rendent probable une initiative destinée à exprimer son mécontentement ». Durant son premier mandat, Donald Trump avait déjà cherché à réduire fortement le nombre de troupes américaines en Allemagne, sans que cela ne se concrétise.
Cette fois néanmoins, les tensions sont exacerbées après une année aux multiples oppositions sur la politique extérieure. Outre le refus des alliés de l’Otan d’apporter à Donald Trump le soutien qu’il exigeait pour la guerre contre l’Iran, le souhait du dirigeant d’acquérir le Groenland auprès du Danemark, membre de l’Alliance, a également tendu les relations politiques.
Selon Jeff Rathke, président de l’American-German Institute à l’université Johns Hopkins, l’armée américaine tire toutefois de grands bénéfices de sa présence avancée sur des bases à l’étranger, notamment à Ramstein. « Les forces américaines en Europe ne sont pas une contribution caritative à des Européens ingrats — elles sont un instrument de la portée militaire mondiale des États-Unis », a-t-il affirmé. Auprès de Reuters, des responsables militaires américains et allemands indiquent par ailleurs que leur relation de travail reste solide malgré les publications sporadiques et menaçantes de Donald Trump.
Source link : https://www.lexpress.fr/monde/amerique/apres-son-clash-avec-friedrich-merz-donald-trump-menace-de-retirer-certaines-troupes-dallemagne-TNHARQD5VVC25LZX22KMP2PP6U/
Author : Enola Richet
Publish date : 2026-04-30 06:23:00
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