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« Un Smic à 1 690 euros serait une catastrophe » : quand Jean Peyrelevade fustige la « nullité » du PS

« Un Smic à 1 690 euros serait une catastrophe » : quand Jean Peyrelevade fustige la « nullité » du PS

Dans La France du populisme au chaos (Odile Jacob), qui vient de paraître, Jean Peyrelevade déplore la démagogie de la gauche qui, en 2024, avait proposé une augmentation du Smic à 1 600 euros. Quelques jours plus tard, le Parti socialiste surenchérissait en proposant une augmentation du salaire minium à 1 690 euros dans sa feuille de route pour 2027.

Pour L’Express, Jean Peyrelevade réagit à ce document de 144 pages qui confirme selon lui « la nullité » des responsables de la gauche dite modérée. Pour l’ancien directeur adjoint du cabinet de Pierre Mauroy (de 1981 à 1983) et ex-patron du Crédit Lyonnais, le Parti socialiste en est revenu à un anticapitalisme primaire qui serait une catastrophe pour un appareil productif déjà en crise, comme pour les finances publiques de la France.

L’Express : Le Smic à 1 690 euros est l’une des propositions phares du projet du Parti socialiste en vue de 2027. Dans votre livre, vous la qualifiez de pure démagogie. Pourquoi ?

Jean Peyrelevade : C’est une proposition qui va au-delà de la hausse du Smic prévue dans le programme du Nouveau Front populaire, qui ne prévoyait qu’une hausse de 14 % du Smic. Là, on est à 17 %. La première conséquence, qui ne semble pas perturber beaucoup le PS, c’est que ça cassera complètement l’appareil productif. Une telle hausse décrétée au sommet de l’Etat, cela rappelle la décision de Lionel Jospin sur le passage aux 35 heures. Cela veut dire que toutes les PME se prendront une augmentation instantanée de 17 % pour leurs salariés payés au Smic. Aucune d’entre elles ne pourra l’accepter. Elles auront le choix entre faire faillite ou partir. Quand on regarde soigneusement le document de 144 pages, on s’aperçoit que le PS veut aussi créer une conférence sociale pour augmenter toutes les échelles de salaires. C’est le rêve de la gauche anticapitaliste, et les entreprises n’ont qu’à faire avec.

Par ailleurs, il faut avoir conscience qu’il y a environ 2,5 millions de personnes au Smic dans ce pays, mais que les celles en situation de pauvreté, c’est-à-dire avec un revenu inférieur au Smic, sont autour des 10 millions. On élargirait donc la barrière entre ceux qui ont du mal à trouver un emploi suffisamment rémunérateur et les salariés. En comparaisons internationales, nous ne sommes que sixièmes en Europe pour le niveau du Smic, car nous avons beaucoup reculé en termes de PIB par habitant. En revanche, nous sommes toujours l’un des pays où le Smic est le plus proche du revenu moyen des salariés, à 66 %. Si l’on faisait la folie d’augmenter autant le Smic, on passerait à 75 %, ce qui serait un record mondial. Cela signifierait une pression terrible, au sein de l’entreprise, pour que la totalité des salaires monte. Et surtout, alors qu’on a déjà beaucoup de mal à faire entrer les jeunes sur le marché du travail, la barrière deviendrait encore plus haute. Une entreprise ne peut pas embaucher un jeune manquant de qualifications à 1 690 euros. L’entrée ou le retour à l’emploi deviendrait extrêmement difficile pour les jeunes ou ceux qui sont licenciés ou qui quittent leur entreprise. Il y aurait à la fois un développement extraordinaire du travail au noir, et la nécessité d’avoir encore plus de travailleurs immigrés, qui selon les métiers, représentent déjà 15 à 25 % des salariés non qualifiés. Ce serait donc une catastrophe économique, mais aussi sociale.

Enfin, ce qui est symbolique de la perte de tout raisonnement à gauche, on ne parle pas une seule seconde dans ce document des travailleurs indépendants et des microentrepreneurs, qui sont un peu plus nombreux que les smicards. Eux n’ont droit à aucune protection. Il y a une véritable focalisation politique sur les salariés. C’est l’unique préoccupation d’une gauche qui affirme explicitement qu’elle se détache de la social-démocratie, et qu’elle veut la disparition du capitalisme. On en est revenu à l’époque marxiste.

Cette feuille de route pour un « socialisme du XXIe siècle » défend toujours un âge de départ à la retraite à 62 ans…

Dans leurs 600 mesures, il n’y a de chiffres nulle part. C’est un document fait pour augmenter la popularité des socialistes auprès des salariés, mais ceux-ci se rendent compte que la bonne santé de leur entreprise est fondamentale. Les socialistes veulent maintenir la retraite à 62 ans, ce qui signifie qu’il n’y a aucune chance de rétablir les finances publiques. Et ils soutiennent la taxe Zucman, une folie absolue, anticonstitutionnelle de surcroît. Le ridicule absolu est atteint avec le passage où ils affirment que toute distribution de dividendes doit entraîner une distribution similaire d’intéressements et de participations aux salariés. Ces derniers doivent donc être rémunérés autant que les actionnaires. Si vous avez une entreprise qui distribue la moitié de ses profits en dividendes, avec cette règle, cela signifie que demain elle n’aura plus de possibilité d’investir. Ce serait vraiment la fin de notre appareil productif, d’autant plus que l’impôt sur les profits des entreprises doit être progressif, ce qui montre une détestation affirmée des grosses entreprises.

Boris Vallaud publie un livre dans lequel il vante la « démarchandisation ». Qu’en pensez-vous ?

C’est simplement un terme pour faire concurrence à Olivier Faure à l’intérieur du Parti socialiste. Sur le fond, c’est la même chose. L’un défend l’anticapitalisme, l’autre l’anti-marchandisation. Ils sont aussi nuls l’un que l’autre. La conclusion, c’est qu’il n’y a plus de gauche de gouvernement dans ce pays. Avec un programme pareil, Olivier Faure, c’est un Mélenchon non-violent dans ses propos, mais sur le plan économique, ils sont similaires.

Du côté du RN, Jordan Bardella se montre habile, mais le programme est tout aussi inexistant. Ils disent qu’ils vont tout faire pour l’appareil productif, à l’inverse du Parti socialiste. Mais avec quel argent ? Le RN défend toujours officiellement une retraite à 62, voire 60 ans. Aujourd’hui, notre avenir dépend donc totalement de la capacité – ou de l’incapacité – du centre et de la droite à fabriquer un programme de gouvernement digne de ce nom. Et c’est un social-démocrate qui vous dit ça…



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Author : Thomas Mahler

Publish date : 2026-04-30 16:00:00

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