« Ma belle-fille a été acceptée dans plusieurs grandes universités aux Etats-unis ainsi qu’à McGill. Nous sommes venus visiter les lieux avant de faire notre choix », explique ce père de famille new-yorkais, au cours d’une présentation destinée aux futurs élèves. En cette froide journée d’avril, Val, l’étudiante qui fait office de guide, déroule les atouts de la prestigieuse institution fondée en 1821 : bibliothèques accessibles jour et nuit pendant la période des examens, service d’accompagnement pour la recherche de stages et d’emplois, vaste pelouse centrale où se tiennent événements sportifs et culturels, sans oublier le bâtiment des arts, dont la façade XIXe siècle en pierre grise est devenue l’un des symboles des lieux. « Le vendeur de hot-dogs, qui ne vient qu’aux beaux jours, fait partie des figures incontournables ici, plaisante Val. S’il réapparaît dans les allées, c’est bon signe : ça veut dire que l’hiver – particulièrement rigoureux cette année – est derrière nous ! »
L’immense campus situé en plein cœur de Montréal est loin d’être son seul atout. L’établissement doit avant tout sa réputation à son excellent niveau académique. Il occupe la 27e place du classement mondial QS World University Rankings, et accueille une forte proportion d’étudiants étrangers. Ces derniers représentent environ 30 % des près de 40 000 inscrits et sont majoritairement originaires des Etats-Unis, de Chine et de France. « Dans son fonctionnement, McGill présente de nombreuses similitudes avec les grandes universités du Nord-Est américain appartenant à l’Ivy League. On la surnomme d’ailleurs souvent la ‘Harvard du nord' », souligne Arnaud Bernadet, professeur au département des littératures de langue française. Elle compte aussi parmi les rares établissements québécois entièrement anglophones, avec Concordia à Montréal et Bishop’s, près de Sherbrooke. « Toutefois, la législation en vigueur permet aux étudiants de rendre leurs devoirs en français s’ils le souhaitent », précise l’enseignant.
Les 2 700 étudiants français de McGill bénéficient par ailleurs de tarifs préférentiels par rapport aux autres internationaux : une année de bachelor leur revient à environ 8 000 euros par an, contre plus de 25 000 euros pour leurs camarades issus d’autres pays. Un écart significatif qui explique en partie la forte présence française dans les couloirs de l’université. « Particulièrement dans les départements de sciences politiques et de management », précise Inès Abddaim, qui terminera son Bachelor of Arts cet été. Née à Neuilly-sur-Seine, la jeune fille a obtenu son bac au lycée international Georges Pompidou de Dubaï avant de poser ses valises au Canada. « J’apprécie particulièrement la flexibilité du cursus, qui nous permet de combiner les disciplines que l’on souhaite, même si elles semblent a priori très éloignées », explique la jeune fille de 21 ans, également séduite par la richesse de la vie associative. En s’engageant au sein du programme McGill-Ifad, le Fonds international de développement agricole, elle a notamment pu découvrir les missions de cette agence spécialisée de l’ONU.
A une trentaine de kilomètres du centre de Montréal, le campus Macdonald, deuxième site de McGill, est consacré aux cursus liés à l’agriculture et à l’environnement. « Un endroit verdoyant et paisible, en bordure d’un lac. On y trouve même une ferme avec des animaux », décrit Anthony Mittermaier, vice-prévôt adjoint chargé de la vie étudiante. La réputation de McGill repose également sur l’intensité de ses activités de recherche à l’international. « Nous collaborons sur la filière laitière, ainsi que sur les questions liées à l’impact de la nutrition sur la santé mentale », confirme Gema Herrero-Corral, chargée de coopération internationale à l’Inrae. Fin 2025, l’institut de recherche français a d’ailleurs lancé un nouveau Laboratoire International Associé avec l’université canadienne, consacré à l’exposition humaine aux contaminants chimiques dans les aliments.
Chercheurs, responsables politiques, sportifs de haut niveau, écrivains… L’université revendique un réseau de plus de 300 000 diplômés exerçant dans 185 pays. Enzo Constantin, aujourd’hui consultant, a rejoint les bancs de McGill en 2014 après deux années de classes préparatoires dans un grand lycée parisien. « J’avais envie de découvrir un autre univers, plus anglo-saxon et sans doute plus ouvert d’esprit. C’était aussi l’occasion de poursuivre mes études de lettres tout en suivant des cours d’histoire, de philosophie ou de langues étrangères », raconte-t-il. McGill lui aura aussi permis de partir à Kyoto, au Japon, dans le cadre d’un échange d’un an. « Je ne sais pas si j’aurais eu cette opportunité en restant en France », ajoute-t-il. Il a ensuite enchaîné sur un Master 2 en communication à Sciences Po.
L’université québécoise compte plus de 130 partenariats internationaux et quelque 140 programmes d’échanges étudiants à travers le monde. « Pour des raisons géopolitiques, et au regard de ce qui se passe actuellement aux Etats-Unis, nous souhaitons mettre davantage l’accent sur la France et l’Europe dans les années à venir », confie Anja Geitmann, vice-rectrice aux relations internationales de McGill. La responsable évoque notamment les accords conclus avec l’emlyon business school, ainsi qu’avec les universités de Grenoble, Strasbourg et Montpellier, ou encore CentraleSupélec. En 2019, l’école d’ingénieurs et McGill ont lancé leur Bachelor of Global Engineering. La première cohorte est arrivée à Montréal en septembre dernier pour suivre la seconde moitié de ce programme commun, après deux années d’études sur le campus de Paris-Saclay.
Passer ainsi de la capitale française à Montréal représentait une opportunité rêvée pour Sofia Molinaro, ancienne élève du lycée français de Florence, en Italie. « Ici, au Canada, l’organisation est très différente de celle de CentraleSupélec, puisque nous avons beaucoup moins d’heures de cours et davantage de travail personnel. Cet emploi du temps nous permet de nous organiser pour pratiquer un sport à côté ou nous investir dans des associations », explique l’étudiante italienne très engagée dans la défense de la place des femmes en ingénierie. « J’ai notamment participé à l’organisation d’une conférence annuelle au cours de laquelle des alumni de McGill sont venues témoigner de leurs parcours et encourager les étudiantes à suivre leur exemple », ajoute-t-elle.
Clara Gallot, ancienne de McGill, diplômée d’un Bachelor of Arts en 2024, garde un excellent souvenir de ses études à Montréal. « Ces années m’ont appris à vivre seule, à m’organiser, tout en répondant aux exigences académiques », confie cette Franco-Américaine, aujourd’hui inscrite en master de gestion internationale de ressources humaines au Ciffop à Paris. « Mais attention, tout le monde n’a pas forcément la maturité nécessaire pour partir aussi loin juste après le bac. C’est un élément à prendre en compte avant de faire le choix de s’envoler pour le Canada », met-elle en garde. Selon Anja Geitmann, la politique de restriction de permis d’études, mise en place par Ottawa depuis 2024, n’a pas eu d’impact significatif sur le volume de candidatures annuelles enregistrées par McGill. « Grâce à notre réputation, nous continuons à attirer le même nombre d’étudiants étrangers. Y compris les Français qui sont évidemment les bienvenus ! », souligne la vice-rectrice. A condition de présenter des résultats scolaires à la hauteur car les conditions d’admission restent ultra-sélectives.
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Author : Amandine Hirou
Publish date : 2026-05-02 08:00:00
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