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« Tomber en faillite, ce n’était pas possible » : la transformation d’Orpea racontée par son patron

« Tomber en faillite, ce n’était pas possible » : la transformation d’Orpea racontée par son patron

Le management, c’est une affaire de personnalité, de tempo. De décisions aussi évidemment. C’est pourquoi L’Express lance un nouveau podcast hebdomadaire dont l’objet est de passer à la moulinette une décision prise par un chef d’entreprise, un dirigeant politique, ou une figure de la société civile. Pour ce premier épisode, Laurent Guillot, le directeur général d’Emeis – ex-Orpea – arrivé à la tête de l’entreprise en juillet 2022, nous raconte ses premiers pas, en plein cœur de la tempête.

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L’Express : Remontons au le 1er juillet 2022. C’est officiellement votre premier jour dans l’entreprise. Vous arrivez au siège à La Défense et vous décidez ce jour-là de réunir tous les salariés de l’entreprise – au moins ceux qui restent – en visio. Qu’est-ce que vous leur dites ?

Laurent Guillot : Evidemment, nous avons parlé soins, éthique et santé au travail. Mais je leur ai surtout dit que je ne leur demandais pas de me faire confiance, que c’était prématuré. Mais que nous allions faire un bout de chemin ensemble et qu’au fil du temps, ils découvriraient que les actions prises sont conformes aux engagements.

Le contexte de défiance, on vient de le dire, est énorme à ce moment-là. Comment avez-vous fait aussi pour reconstituer des équipes alors qu’à cette époque-là, personne n’a très envie d’aller travailler chez Orpea ?

Vous n’avez pas totalement raison. Comme j’étais porteur d’un projet de renouveau, les personnes qui nous ont rejoints se sont dit très vite qu’au bout de deux, trois ou quatre ans, ils pourraient être fiers de ce qu’ils avaient accompli. De fait, nous avons réussi à attirer de très grands talents dès le premier jour. Après, ce qui a été plus compliqué, c’est de toucher en direct le management intermédiaire dans les établissements. C’est pour cela qu’il a fallu énormément communiquer. Régulièrement au début, presque tous les quinze jours. La pédagogie, c’est la répétition et la transparence.

Dans cette reconstruction, il y a un gros volet financier. Quand vous arrivez dans l’entreprise, elle est au bord de la faillite, les dettes sont astronomiques. Comment faites-vous aussi pour convaincre les partenaires financiers de vous suivre ?

Lorsque je prends les rênes de l’entreprise, nous n’étions pas en capacité de payer les salaires du mois de juin. Donc très vite, il a fallu prendre contact avec les banques pour leur expliquer la situation. Les convaincre qu’il n’était pas possible que l’entreprise, premier acteur français de maisons de retraite, mais qui a aussi 10 % de l’activité de psychiatrie en France et 10 % des soins de suite, ne peut pas tomber en faillite. Par chance, nous avions des actifs immobiliers relativement importants et nous avons obtenu des banques un prêt de 1,7 milliard d’euros pour gagner quelques semaines. Mais la profitabilité de l’entreprise était en chute libre. Or, la dette, elle, ne baissait pas. Au contraire, on « mangeait » le cash à un rythme relativement important. De l’ordre de 200 à 300 millions d’euros par mois. Dès septembre, on s’est aperçu qu’il fallait passer à une étape supplémentaire et lancer une grande restructuration financière, faire appel à des investisseurs extérieurs. Transformer en capital une partie de notre dette – 4 milliards d’euros – et puis lever à nouveau des financements.

Le 20 mars 2024, le nom Orpea disparaît pour devenir Emeis. Avez-vous là aussi dû batailler ?

Le nom d’Orpea était devenu synonyme de scandale. Dès le premier jour, j’ai su qu’il faudrait un jour changer de nom. Et j’ai reçu des pressions énormes pour le faire tout de suite – ce fut la même chose pour le passage de société à mission. J’ai refusé catégoriquement. Le changement de nom devait montrer que nous avions fait déjà suffisamment de progrès pour se reconnaître dans une autre image, dans une autre raison d’être.

Avec quatre ans de recul maintenant depuis votre arrivée, qu’est-ce que vous feriez différemment ?

Les erreurs les plus graves sont toujours des erreurs de recrutement. Quand je suis arrivé, j’ai dû faire partir une cinquantaine de personnes et j’ai dû en recruter entre vingt et trente dans un temps extrêmement court. Mon regret porte sur les quelques personnes à qui j’ai fait confiance et avec lesquelles cela n’a pas marché. Si j’avais choisi des personnes différentes, on aurait pu arriver un peu plus vite au niveau où nous sommes aujourd’hui.

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Author : Béatrice Mathieu

Publish date : 2026-05-04 15:00:00

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