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L’Ukraine, « membre associé » de l’UE ? Pourquoi la proposition de Berlin risque de ne pas suffire à Kiev

L’Ukraine, « membre associé » de l’UE ? Pourquoi la proposition de Berlin risque de ne pas suffire à Kiev

Une nouvelle formule d’entrée dans l’Union européenne pourrait être proposée à l’Ukraine. Jeudi 21 mai, le chancelier allemand Friedrich Merz a proposé une étape intermédiaire vers l’adhésion du pays à l’UE. Plutôt que de pousser une adhésion complète et rapide, il a proposé de donner à Kiev un rôle direct au sein des structures européennes.

Dans une lettre adressée aux dirigeants de l’UE et consultée par Reuters, Friedrich Merz présente ce nouveau statut de « membre associé ». Il détaille les avantages dont l’Ukraine pourrait éventuellement bénéficier en créant cette catégorie qui n’existe pas dans les règles actuelles de l’UE. Ce nouveau statut pourrait selon lui permettre aux responsables ukrainiens de participer aux sommets de l’UE et aux réunions ministérielles — sans toutefois y avoir le droit de vote.

Kiev pourrait aussi nommer un commissaire associé ukrainien, sans droit de vote au sein de la Commission européenne, ainsi que des représentants sans droit de vote au Parlement européen. Y serait associé, détaille le dirigeant allemand, un engagement politique « de la part des membres de l’UE, d’appliquer à l’Ukraine la clause d’assistance mutuelle du bloc afin de créer une garantie de sécurité substantielle ».

L’Ukraine refuse « une adhésion symbolique »

Mais ce statut entre deux eaux pourrait ne pas suffire à l’Ukraine. À la fin du mois d’avril, son président Volodymyr Zelensky appelait une énième fois l’Union européenne à accorder à son pays la pleine adhésion. « Soyons justes. L’Ukraine n’a pas besoin d’une adhésion symbolique à l’UE. L’Ukraine se défend elle-même et défend sans aucun doute l’Europe (…), non pas symboliquement, mais réellement » en se battant contre l’invasion russe », plaidait le président dans un avion le menant à un sommet de l’UE à Chypre. « Nous méritons une pleine adhésion à l’UE », martelait-il encore, en réaction à un article du journal Financial Times selon lequel Paris ou Berlin souhaitaient encore à ce stade offrir à Kiev des avantages symboliques.

Pour le chancelier allemand Friedrich Merz, le nouveau statut intermédiaire qu’il propose pourrait aider à faciliter un accord visant à mettre fin à la guerre déclenchée par l’invasion russe. « Ma proposition reflète la situation particulière de l’Ukraine, un pays en guerre. Elle contribuera à faciliter les négociations de paix en cours dans le cadre d’une solution de paix négociée », a-t-il écrit, ajoutant que cela était « essentiel non seulement pour la sécurité de l’Ukraine, mais aussi pour celle de l’ensemble du continent ».

Selon les analystes pourtant, c’est plutôt une voie claire vers l’adhésion à l’UE qui permettrait au président Volodymyr Zelensky de faire accepter tout règlement de paix aux Ukrainiens. En particulier si — comme on s’y attend largement — l’Ukraine ne reprend pas le contrôle de l’ensemble de son territoire ou n’intègre pas l’alliance militaire de l’Otan.

Un « snap-back » en cas de non-conformité

D’après les sources de Reuters, certains responsables européens estiment néanmoins qu’il est irréaliste pour l’Ukraine d’obtenir une adhésion complète au bloc dans les prochaines années, même si la date de 2027 avait été inscrite dans un plan de paix en 20 points discuté entre les États-Unis, l’Ukraine et la Russie. La proposition de Merz représente une tentative de trouver une voie médiane entre une adhésion rapide et le statut actuel de pays candidat de l’Ukraine, au début du processus.

Le processus d’adhésion au bloc est généralement long et bureaucratique, impliquant des négociations détaillées et des réformes juridiques afin de satisfaire aux normes démocratiques et économiques de l’UE. Sans compter que l’adhésion à l’UE requiert le consentement et la ratification de chacun des 27 États membres du bloc, un processus susceptible de rencontrer des obstacles importants.

Dans sa lettre, le chancelier allemand ajoute qu’un mécanisme de réversibilité automatique (« snap-back mechanism ») ou une clause d’extinction pourrait être mis en place si l’Ukraine revenait sur les normes relatives à l’État de droit ou sur le processus d’adhésion. Il détaille que cette proposition n’affecterait pas les autres pays candidats et suggère que le bloc « examine des solutions innovantes » pour ceux qui travaillent depuis longtemps à rejoindre l’UE. « Mon objectif serait de parvenir rapidement à un accord et de mettre en place une Task Force dédiée afin d’en élaborer les détails », conclut-il, annonçant qu’il allait discuter prochainement de ces idées avec les autres dirigeants européens.



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Publish date : 2026-05-21 08:48:00

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